Les égoïsmes nationaux

Le chassé-croisé diplomatique dont Alger a été le carrefour ces derniers jours, n´a pas manqué de mettre au premier plan l´affaire du Sahara occidental, qui est en passe de battre tous les records de longévité pour un conflit lié à la décolonisation. Depuis le retrait de la puissance colonisatrice l´Espagne et le début de la marche verte initiée par le roi Hassan II en 1975, le moins qu´on puisse dire est que les différentes instances qui ont eu à gérer ce problème ont manqué d´imagination. Le monde a beaucoup évolué. La carte géographique de la planète a été profondément modifiée depuis la fin des années 80 et le début des années 90. L´Algérie qui était sous le parapluie de l´Union soviétique et du pacte de Varsovie, alliance militaire de l´Est qui a depuis volé en éclats, ses principaux membres ayant rejoint le giron de leur ennemi d´antan l´Otan, continue de faire comme si le monde est toujours le même. Mais si la terre tourne, il faut tourner avec. La globalisation dont tout le monde parle n´est pas une simple vue de l´esprit. Elle existe dans les faits, malgré les efforts légitimes qui sont faits par les uns et les autres pour un monde multipolaire, plus juste, plus représentatif des aspirations des peuples de la terre. Mais même dans ce dernier cas de figure, la nouvelle configuration est celle des grands ensembles, la puissante Europe ayant donné l´exemple en créant un vaste marché unique et une monnaie commune, l´euro, qui est en train de damer le pion au dollar. Dans plusieurs domaines, l´Union européenne, qui vient de s´élargir à l´Est en portant le nombre de ses membres à 25, mène une politique supranationale : l´agriculture, la monnaie, les visas, la lutte contre la pollution, la déréglementation de l´économie, pour ne citer que ces secteurs, sont gérés directement à partir de Bruxelles, et bientôt, selon la nouvelle Constitution, la vieille Europe ira vers plus d´intégration et de cohésion, avec des instances élues au suffrage universel. On peut dire la même chose des Emirats arabes du Golfe qui ont mis au point un conseil de coopération très efficace. En Afrique, en Asie avec les dragons, en Amérique, des entités supranationales sont créées pour concrétiser des politiques économiques et de défense communes et pallier le manque de moyens humains et financiers. Tout ce maillage fait ressortir les jeux d´intérêts régionaux et intercontinentaux, auxquels l´Algérie échappe malheureusement, se contentant de faire dans la monoexportation d´hydrocarbures. Les négociations avec l´OMC piétinent. Et tous nos accords de coopération sont au point mort. Que ce soit le processus de Barcelone, l´Union du Maghreb arabe, la Ligue arabe voire même l´Union africaine.
A l´échelle du Maghreb, avec l´affaire du Sahara occidental, qui est effectivement un problème de décolonisation à parachever, dans le respect du droit des peuples à l´autodétermination, il est certainement possible d´aller vers des solutions consensuelles entre toutes les parties, pour tirer tous les avantages de la concertation régionale sous l´égide de l´ONU. On continue cependant à traiter cette affaire sous l´angle du nif, comme si les relations entre Etats, qui sont basées sur les intérêts mutuels et le respect du droit international, devaient encore en référer à un principe ancestral qui n´a pas de traduction sur le terrain du droit positif. Pendant ce temps, depuis pratiquement les années 80, les Etats algérien et marocain ont pratiquement négligé leur rôle social. Comment un gouvernement peut-il prétendre remplir encore son rôle d´Etat Nation, alors que tout autour de lui plaide pour des regroupements régionaux et qu´il est lui-même incapable tout seul de lutter contre l´avancée de la pauvreté (voir le dernier rapport du Pnud) et du chômage? Les dangers de l´isolationnisme qui est pratiqué à grande échelle par les pays du Maghreb, notamment par le Maroc et l´Algérie, peuvent se retourner contre les peuples du Maghreb et le peuple sahraoui lui-même, qui risque de se retrouver piégé par les égoïsmes nationaux.