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Y a pas le feu

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79 oeuvres d´artistes pein-tres et sculpteurs algériens ont été détruites à Marseille dans un incendie qui s´est déclaré dans un bâtiment de quatre étages abritant une exposition organisée dans le cadre de l´Année de l´Algérie en France. On pourrait commenter sur un ton sentencieux en disant que ce sont des choses qui arrivent. C´est ce que déclare en l´occurrence Abdelhamid Laroussi, président de l´Unac, qui précise que les artistes sont vivants et membres de l´Unac, avant d´ajouter que les oeuvres ne sont pas classées dans le patrimoine culturel national,
et que de toute manière, elles
sont assurées pour une valeur de 50.000 DA pièce.
Sur ce, nous partons de l´idée que les artistes seront remboursés par les assurances et qu´il n´y a pas photo! Reste que les oeuvres sont perdues et bien perdues ! Ce n´est certainement pas la faute de M.Laroussi, puisqu´il n´était pas présent sur les lieux du sinistre et qu´il n´en est pas l´auteur. Il n´y a pas de doute là-dessus.
En revanche, il est bon de souligner que ce n´est pas la première fois que ce genre d´incidents regrettables arrive.
Au cours des années 80, la presse avait rapporté un fait assez insolite. Grave, mais insolite. Une exposition de tableaux algériens de grande valeur, dont certains classés dans le patrimoine culturel national, était organisée dans un pays européen. Au terme de la manifestation culturelle, les oeu-vres furent bien évidemment rapatriées.
Jusque-là, rien d´anormal, d´autant plus qu´aucun des spécialistes algériens en la matière ne s´était enquis de ce qui s´était passé. Personne n´avait vu la supercherie: en fait, on nous avait fourgué des faux. La galerie d´art européenne avait à sa disposition une armée de faussaires qui avait réalisé un travail si ressemblant qu´on n´y avait vu que du feu. Jusqu´à ce jour, on ne sait pas où en est l´affaire.
Ces deux exemples ne sont que la partie visible de l´iceberg. En réalité, le pillage du patrimoine culturel et archéologique algérien est organisé à une très grande échelle. Toutes les époques sont concernées par ce phénomène. Les mesures de protection ne sont pas suffisantes, ni sur le plan réglementaire ni en termes de moyens. Au niveau idéologique, il y a une tendance auprès de certains responsables locaux ou même nationaux, à considérer comme péché ou immoral tous ces bustes, statues, mosaïques, sur la base d´une mauvaise interprétation de la religion et des enseignements du Livre Saint. Tout un pan de notre culture est vu au prisme déformant des croyances qui visent le fétichisme, le paganisme, l´idolâtrie. C´est oublier que des pays arabes et musulmans, comme l´Egypte, le Maroc, la Jordanie, savent tirer le meilleur parti du patrimoine séculaire qui peut concerner aussi bien l´époque pharaonique, babylonienne, romaine, grecque, punique.
Les Algériens sont-ils plus musulmans que les Egyptiens? Les fresques et gravures rupestres du Tassili, les ruines romaines si bien conservées à Timgad, M´daourouch ou El Djemila, pour tous les trésors de la civilisation islamique, les mesures de protection sont insuffisantes. Des pièces archéologiques d´une valeur inestimable sont laissées à l´abandon et à la discrétion des pilleurs qui s´adonnent à un tourisme sauvage : des outils et ustensiles des différents âges de la pierre, des poteries, statuettes, objets domestiques divers sont dilapidés et passent allègrement les frontières. C´est que le comportement inconscient et faussement dévot de nombreux responsables encourage les réseaux mafieux qui eux, savent exploiter ce climat de je-m´en-foutisme ambiant pour faire des affaires en or.
Les explications de M.Laroussi sont certes les bienvenues, mais elles n´éclairent qu´un aspect du problème. Non seulement elles sont incomplètes, mais elles ne tirent pas la sonnette d´alarme sur le sort désastreux qui est celui du patrimoine culturel national.

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