L’arbitrage en question

Dans les discussions, souvent enflammées, portant sur le football, l´arbitrage occupe une place de choix. Souvent, c´est même le sujet principal. L´homme en noir, appellation encore usitée alors que la tenue vestimentaire a évolué et a pris des couleurs, est rendu responsable de pratiquement toutes les défaites. En fait, le directeur de jeu est crédité de bons ou de mauvais points selon le résultat de l´équipe chérie. Dans un groupe, l´unanimité ne se fait que pour condamner un personnage censé être neutre et assurer le bon déroulement sportif et technique d´une rencontre sportive. Il est souvent accusé d´avoir une «sympathie» pour l´équipe qui «reçoit». Des chercheurs de la célèbre université américaine de Harvard, dans une de leurs études, ont étudié ce penchant. Pour eux, l´«arbitrage à la maison» n´est ni une vue de l´esprit ni une notion défendue par quelques supporters aigris. L´équipe qui joue à domicile est souvent favorisée par les décisions arbitrales qui prennent souvent la forme de penalties sifflés contre les visiteurs. L´étude des chercheurs américains se fonde sur l´examen de plus de 5 000 matches du championnat anglais de première division entre 1992 et 2006 arbitrés par 50 directeurs de jeu différents.
Certes, le directeur de jeu est un «être humain exposé à la faute», d´autant qu´il est souvent mal formé ou mal protégé. Mais il est doté de ce fameux pouvoir discrétionnaire qui lui permet d´interpréter et d´agir en fonction de ce qui est appelé «l´esprit des lois», cette possibilité d´appréciation, en toute «indépendance», qui protège l´arbitre et couvre aussi ses erreurs éventuelles. Elle est encore âprement défendue par l´International board, autorité morale incontournable du football mondial, face aux avancées que tente la FIFA, beaucoup plus pragmatique et matérialiste. Mais face aussi à l´incompétence, aux erreurs flagrantes et inacceptables et aux intérêts mis en jeu, la résistance de l´International board ressemble de plus en plus à un combat d´arrière-garde en ce siècle d´avancées technologiques majeures dans les domaines de l´informatique et de l´audiovisuel notamment.