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Une fin de règne sans gloire pour le système

Place à la IIe République

« Un politicien pense aux prochaines élections, un homme d’Etat pense aux prochaines générations. » James Freeman Clarke

Ces deux phrases résument à elles seules le fossé qui sépare les politiciens algériens de la norme. Pour la petite histoire, un chef de parti sanafir s’est lâché dans une vidéo adressée au pouvoir central après le coup de force du 4e mandat : « Nous avons aidé le président, nous avons milité, mais vous nous avez oubliés ! » Il cite pour son plaidoyer le Prophète (Qsssl) qui, d’après lui, après chaque bataille, partage le butin, « la ghanima » pour être précis. Ce politicien véreux demande sa part ! Voilà le système dans lequel a vécu l’Algérie pendant « cette double décennie du mépris et de la corruption systémique ».

La justice que nous voulons
L’incarcération, de Ahmed Ouyahia puis de Abdelmalek Sellal a eu l’effet d’un véritable tremblement de terre politique dans le pays. Loin d’être une simple décision judiciaire, le séisme provoqué par cette détention provisoire a été ressenti aussi bien par les partis politiques que par le peuple. Aucun Algérien n’est resté insensible à ce développement de la situation politico-judiciaire. Il y a un avant et un après-22 février 2019, Il y a un avant et un après-12 juin 2019. Pour la première fois, les hommes politiques sont des justiciables comme les autres Algériens. Pour la première fois, les ministres et les dirigeants sont jugés sur leur gestion et sur les enrichissements personnels, les corruptions, bref ce qui était de l’ordre de l’impunité acceptée et subie par le peuple algérien qui s’est installé dans la résignation.
L’impact sur la société est du même ordre que la démission de l’ancien président. L’arrestation de celui qui a symbolisé le régime Bouteflika et avant lui, le système durant les années 90, a interpellé les Algériens qui chacun à sa façon à des choses à lui reprocher. Une phrase parmi tant d’autres a fait mal au peuple. Avec sa morgue qui repose sur du vent, il s’est permis avec un sourire infect de déclarer : « Djaou3e kelbake itabe3ak » « Affame ton chien, il te suivra » Cette phrase le peuple l’a prise en plein coeur, venant de quelqu’un qui a jailli du néant, et qui a réussi à force de compromission à se faire une place dans le microcosme politique dont le moins que l’on puisse dire ne brille pas par sa performance mais par sa capacité de nuisance, ses coups bas et son insatiable lucre en mettant en œuvre toutes les combines que la morale réprouve.
si ce premier pas a donné satisfaction, sans préjuger de la suite, et dans le cadre d’une justice que nous voulons sereine qui dicte le droit sans esprit de vengeance ni laxisme, même si par la suite, les prévenus arrivent à sortir des griffes de la justice, le moins que l’on puisse revendiquer est qu’il y ait une récupération totale de tout ce qui a été pris au peuple. La suite de ces interpellations peut encore durer eu égard aux prévenus potentiels qui devraient s’expliquer, la grande leçon à tirer est que faire de la politique propre, nécessite de rendre compte, d’être irréprochable, avant toute fonction déclarer ses revenus avant et après la fonction. Il existe pourtant un texte de loi qui commande à chaque responsable de faire sa déclaration de biens. Ce texte n’a jamais été appliqué !
C’était absolument inouï, il fallait se pincer pour y croire ! Il y a une justice en Algérie qui touche aussi les puissants. C’est à se demander comment nous avons laissé faire ! Du fait d’un pouvoir sans partage, du refus de l’alternance. C’est à être convaincu qu’il y a une justice qui tôt ou tard, demande des comptes. Les milliers de travailleurs licenciés, les dizaines de cadres jetés en prison sans pitié, pour les libérer ensuite sans que l’Etat ne reconnaisse sa faute et les dédommage pour les préjudices moraux et matériels subis. A ces cadres morts sans avoir été réhabilités, la justice post-22 février leur restitue leur honneur.
Le renouveau des chants révolutionnaires que les jeunes se sont réappropriés est beau à voir. On se prend à rêver de construire l’Algérie avec la vigueur d’antan. Les jeunes et les moins jeunes découvrent la grandeur de la Révolution de Novembre en la prolongeant 57 ans après. « Ce jour-là, j’étais présent » diront-ils pour avoir participé au Hirak, pour avoir défilé, « Djazair Horra démocratia » pour avoir redécouvert chanté « Ikhouani la tansaou acchouhadaakoum Saoutouhoume min koubour inadikoume ». On se prend naîvement à rêver que nos martyrs peuvent dormir en paix maintenant que le train de la liberté pour laquelle ils se sont battus va prendre un nouveau départ après la confiscation de l’été 1962 et les 57 ans d’anomie.

Le rôle d’arbitre de l’armée
Au fil des vendredis on remarque des choses insolites comme l’apparition de slogans nouveaux, mais aussi de panneaux, drapeaux et autres pancartes bien élaborées bien maturées et qui certainement ont coûté à ceux qui les mettent dans le circuit… A. Djerrad a raison d’écrire qu’il ne faut pas scier la branche sur laquelle on est assis. : « Certains, écrit-il, ne savent plus ce qu’ils font et à quoi cela va aboutir. Les véritables hirakistes semblent se retirer à mesure que les slogans contre l’armée se multiplient ! Il ne restera d’ici peu que les suivistes sans vrai but. Ces citoyens ne se rendent pas compte que s’il n’y a pas l’assistance de l’Armée, dans les conditions actuelles, rien de positif ne se fera. Ils suivent naïvement en exhibant (le temps d’une photo) des pancartes contre l’armée ! L’inverse de ce que vise le Hirak. (…) C’est triste de voir certains parler, refuser, proposer et décider au nom du Hirak en s’affichant, subitement, comme les figures de proue de la contestation populaire actuelle ; certains depuis… l’étranger. Ces prêcheurs des pseudo-Hirak font dans la tromperie, voire dans la subversion ! Il nous semble qu’ils usent d’artifices pour « casser » le véritable hirak - dont les revendications sont, initialement, claires, réalistes et légitimes - en multipliant les manifestations et les exigences, dans la semaine, afin de pousser à l’affrontement, en s’évertuant à mettre dos-à-dos le peuple et l’armée. Ils leur font accroire qu’une frange de l’ANP « protège le régime » ! Veulent-ils que ces ex-hauts responsables et ces entrepreneurs, décriés par la foule hirakiste, ne rendent pas des comptes à la justice si, bien entendu, leurs méfaits sont avérés ? Nous avons remarqué que plus la justice interpelle ou arrête les personnes décriées et dont la responsabilité est engagée dans des faits, plus ces manipulateurs accentuent sournoisement les provocations ! Les changements ne semblent pas arranger les intérêts de certains milieux…» (1)

Gare à la manipulation
« La manipulation, poursuit A. Djerrad, est entrée furtivement en action à partir du huitième Hirak en y ajoutant des pseudo-Hirak, hors vendredi, déviant les véritables revendications du peuple que l’ANP a adoptées solennellement ! On a vu alors des pancartes (élaborées et coûteuses) sortir discrètement, puis s’attaquant ouvertement à Gaïd Salah (en faisant croire qu’il ne représente pas l’armée), alors qu’il représente l’état-major et parle en son nom et donc au nom de l’armée algérienne, en conformité avec les missions que lui impose la Constitution ! (…) On peut comprendre facilement que c’est l’armée, dans son ensemble, qui est visée pour son patriotisme passé et actuel ! Tout cela n’est que mascarade ! Le processus de changement profond du système nous paraît irréversible au vu de l’évolution des événements. Il suffit de laisser travailler les hommes de bonne volonté en leur donnant du temps, accompagnés par l’armée, pour amener l’Algérie vers le bien-être, la stabilité et les aspirations que réclame le peuple, tout en restant vigilant. Il est certain que l’ANP, comme toujours, en conformité avec ses missions constitutionnelles, ne ménagera aucun effort pour accompagner les changements souhaités tout en veillant à la stabilité du pays, quelle que soit l’adversité !». (1)

Les interférences dangereuses
Chacun sait que les interférences externes n’ont jamais cessé et c’est de bonne guerre. Trois acteurs principaux, les Etats-Unis dont la doctrine est plus franche, il s’agit d’avoir accès aux richesses de l’Algérie sans contrainte et enfin les pays du Golfe, qui ont une capacité de nuisance proportionnelle à leur compte en banque qui ne veulent surtout pas d’une Algérie qui leur échappe en terme de projet de société ouvert sur l’universel. Plus proche de nous, la France dont le rôle permanent, qui se croit toujours tutrice des pouvoirs en Algérie, «n’arrête pas de ne pas s’occuper et de nous donner des bénédictions à travers ses communiqués». C’est elle qui a le plus à perdre si elle perd la partie par l’émergence d’une Algérie fascinée par l’avenir qui, non seulement, n’est plus vassale, mais qui, à terme, s’émancipera scientifiquement, économiquement, bref qu’elle pourra aspirer à être un acteur dans le Bassin méditerranéen.
Une contribution du docteur Arab Kennouche permet d’expliquer justement la sollicitude de la France vis-à-vis du pouvoir algérien en tant que système ayant régné pendant une double décennie du mépris et de la corruption, nous lisons : «Une chose est certaine : ce rapprochement avec la France, jamais vu auparavant, ne s’est sans doute pas fait sans de sérieuses contreparties économiques, voire stratégiques au profit d’une grande puissance qui a toujours su monnayer ses faveurs. (…) Il s’agirait de la possibilité pour les grands groupes pétroliers français, dont Total, de prospecter le gaz de schiste algérien en échange de quoi, Bouteflika se maintiendrait au pouvoir par un soutien massif de nature politique au cinquième mandat de la part de la France. (…) Mais il se trouve que le gaz de schiste algérien, tant convoité par Total n’a toujours pas fait l’objet d’une interdiction formelle dans le code minier algérien alors qu’en France, depuis la loi de 2011, la fracturation hydraulique est interdite. Ce que la France s’est interdit chez elle, elle le recherche en Algérie.» (2)

Ce que je crois
Le problème est de savoir si la France veut continuer à avoir une politique à la petite semaine,où si elle veut avoir un partenaire avec une égale dignité, un partenaire incontournable dans cette partie du monde qui a besoin de stabilité. Dans tous les cas, plus vite elle fera son aggiornamento, plus vite, on pourra parler de partenariat non plus basé uniquement sur le commerce, l’énergie, mais plus globalement sur une réelle coopération winn winn.
Nous sommes à une croisée des chemins et une avalanche de bonnes nouvelles aidera certainement à l’émergence d’une IIe République en se défaisant de tout ce qui a fait que la Révolution de Novembre, qui a vu la fine fleur de ce pays se sacrifier a pris un mauvais départ en 1962, rejoindre, il faut l’espérer, et se remettre sur les rails de la vraie nature du peuple. Quand on apprend que l’Organisation des moudjahidine demande à restituer au FLN sa vraie dimension icône de tout un peuple, non exploitable par une évanescente famille révolutionnaire qui compte en son sein des enfants de moudjahidine ou de chahids à l’âge d’être grand-père toujours émarger au râtelier de la République au sein d’un ministère des Moudjahidine dont les effectifs sont mystérieux et dont le budget est du même ordre que celui de l’enseignement supérieur ! D’un côté, des faux moudjahidine qui ont parasité les vrais, les martyrs, de l’autre, 1,5 million de jeunes étudiantes étudiants et avides d’instruction avec des moyens dérisoires. Une fois que le FLN sera restitué, il ne pourra plus être squatté comme un parti politique, autant d’ailleurs que son clone le RND et la soixantaine de partis qui devraient être réétalonnés.
Au risque de me répéter, il est nécessaire que la solution pour aller vers l’élection présidentielle émerge rapidement. Toutes les initiatives sont à encourager en prenant simplement la précaution d’être inclusif. Il me semble que l’armée pourrait solliciter des personnalités ayant une bonne crédibilité pour gérer cette transition de quelques mois afin organiser l’élection... Nous perdons du temps, nos finances sont dans le jour et la communauté internationale attend des signaux qui montrent que nous sommes dans la bonne direction.

Une jeunesse qui veut montrer ce qu’elle sait faire
Les vrais défis du pays sont d’avoir une vision, et de lui indiquer le devoir envers le pays, par la contribution de chacun. Seuls le travail, la sueur, l’effort, la créativité et les nuits blanches, permettront de sortir de l’ornière Le vrai bonheur est dans la conviction d’avoir été utile et d’avoir contribué à l’édification du vivre ensemble et à la protection du bien commun. Imaginons pour rêver, cette jeunesse en panne de cap, fascinée par l’avenir et prête à se défoncer pour le pays, c’est au nouveau président de lui donner du grain à moudre au lieu de l’habituer à la pente dangereuse de la facilité, porteuse de tous les dangers. Jusqu’à quand nous ne comprendrons pas qu’il faut faire la place rapidement à la compétence, aux légitimités du neurone, seules capables de donner une visibilité au pays quand la rente ne sera plus qu’un souvenir ? Notre système éducatif a atteint son seuil d’incompétence ! Les chantiers sont immenses Nous devons aller rapidement vers une organisation pour le développement des talents brillants. C’est un chantier difficile, mais les générations futures seront reconnaissantes de leur avoir indiqué la seul vraie voie qui permet de projeter l’Algérie dans la modernité. Il faut faire émerger dans le pays des vocations scientifiques qui ont disparu (à peine 2% d’élèves en classe maths contre 25 % en Iran). La science est la seule défense immunitaire du pays dans un monde qui ne fait pas de place aux faibles et aux incompétents.
Tout ceci peut être mis en place après l’élection d’un président, après la mise en place rapide d’une Constitution acceptée par le peuple et dans laquelle seront confortées dans le marbre, les libertés individuelles, l’alternance, en un mot un projet de société fédérateur où seule compte la valeur ajoutée, loin de toute açabya, régionalisme, allégeance religieuse ou autre. Alors, la IIe République que nous appelons de nos vœux verra l’émergence de la Nation algérienne, legs indivis que nous partageons depuis toujours.

1. https://www.legrandsoir.info/ algerie-le-peuple-et-l-armee-face-a-la-reaction.html
2.https://algerie7.com/contribution-du-dr-arab-kennouche-le-5e-mandat-la-france-et-le-gaz-de-schiste/?

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