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La dame en noir

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La victime d´abus de confiance, toute de noir vêtue, avait perdu le souffle face à la juge...

Pour du fric et des bijoux d´une valeur de plus de quatre milliards de centimes, la famille Djoughlel a explosé en mille morceaux. Cette famille a plutôt implosé car les débuts ont été plutôt sereins grâce à la bonne prise en main de l´audience par cette sacrée Naïma Dahmani, la présidente de la section correctionnelle du tribunal de Chéraga (cour de Blida). De quoi s´agit-il en fait? Houria se dit victime d´abus de confiance de la part de sa soeur qui lui aurait pris une valise contenant des bijoux achetés en...30 ans aux Emirats ainsi qu´une forte somme d´argent. La soeur détenue nie farouchement la version faite malheureusement, en dialecte émirati, au grand dam de la juge qui n´a pas probablement pas apprécié qu´une Algérienne, interprète à l´étranger, perde son bel accent constantinois comme usité par ses parents présents à l´audience. En effet, l´habit déjà montrait la couleur de la victime. Elle parlait en tremblant de toute sa carcasse. Elle semble avoir été poignardée dans le dos par sa soeur qui rejette du revers de la main les allégations de sa frangine. «A chaque voyage, je ramenais des lots de bijoux que je prenais soin de remettre à ma défunte mère qui me les a gardés jusqu´à sa mort. Et en 2006, j´ai cru bon de remettre tous mes bijoux à ma soeur aînée qui a trahi ma confiance et abusé de ma confiance», a-t-elle débité alors que son avocat exhibe une photo prise lors d´un mariage et donc Houria portait une partie de son lot de bijoux. Et le fait même de montrer la photo à la présidente voulait exprimer une preuve supplémentaire que la soeur avait fait son coup et donc le délit y était. Effectivement, cette photo allait permettre à Dahmani d´être un peu mieux fixée pour les suites à donner à ce dossier lors de la mise en examen de l´affaire. Elle demandera, à l´issue des débats, juste avant que l´inculpée détenue ne dise le dernier mot que la loi conférait à la victime si, à chaque visite familiale au pays, elle se rendait aux fêtes: «Oui, Mme la présidente, a chaque cérémonie, ma soeur me remettait un lot de bijoux à porter avant que je ne les lui rende dans la valise qu´elle dit aujourd´hui n´avoir jamais reçue!» Et cette réponse démontrait l´intelligence de la présidente qui avait vu juste pour ce qui est de la relation soeur-soeur avant que n´éclate le conflit. D´ailleurs, le papa et la troisième frangine ont tout raconté. La stricte vérité est dite selon eux. Et le père ira plus loin: «Mon coeur est brisé. Il est entre les dents d´un étau et cela m´éprouve beaucoup. Mais Houria a dit vrai. Elle a été abusée par sa soeur. C´est plus qu´éprouvant. C´est tuant et dommage que l´or puisse briser les liens du sang.» Le tout articulé dans une atmosphère lourde et seule la légèreté de la présidente dans la conduite des débats semble être là pour rappeler aux sceptiques, à ceux qui parlaient de «pièce cousue de fil blanc» par l´inculpée qui cherche à sauver sa liberté, que la justice peut plier mais jamais casser! Zaïm, le représentant du ministère public suit sans trop se mouiller, laissant le soin à Dahmani de démêler l´écheveau. Un écheveau justement facile à démêler car les parents ont bien voulu se mêler de cette histoire en se déplaçant à la barre pour dire la stricte vérité. L´instruction est royalement menée par Dahmani. Cela a permis à l´assistance d´avoir une nette idée sur le «parcours» du lot de bijoux de Houria. Et cette dernière qui rumine mal le fait d´être la pauvre victime de sa propre soeur ne cesse de jeter des mots, des verbes, des sujets, des adjectifs, des pronoms et surtout des sanglots, les seuls «sons» compris par tous car le vocabulaire émirati n´était pas à portée de tous les présents. Le comble de toute cette triste affaire, reste l´incarcération de la frangine de la frangine. C´est arrivé en 2010, les débats en plein mois de juillet et vers les onze heures cinquante! En 2010, une soeur se plaint de sa propre soeur. La famille se mêle de l´affaire. Et tout cela parce que madame la victime comme la grosse majorité des... émigrés et même de riches nationaux, évite la banque et ses coffre-forts! Evoquez maintenant l´insécurité! La preuve? Dans le classement des pays dont les ressortissants expédient leurs économies vers la mère patrie, l´Algérie est bon dernier! Les Marocains, les Tunisiens, les Gabonais, les Comoriens aiment-ils leurs pays plus que les Algériens? Mystère et boule de gomme! C´est une honte lorsqu´un parent poursuit une autre pour du fric! Que penser alors d´une femme qui déplume sa propre soeur et expédie en cellule l´auteur de l´abus de confiance? C´est triste et malheureux. Naïma Dahmani, la juge n´allait pas se suicider, elle joue son rôle de magistrate chargée d´aller à la vérité. Elle mettra une semaine avant de décider de mieux examiner le dossier. Ce qui est en soi permis par la loi, la juge du siège étant souveraine et donc la poursuite de la mise en examen ne nuit à personne. Au contraire, la précipitation n´est pas le fort de Naïma Dahmani qui avait été longtemps sur le siège du ministère public et sait donc ce que veut dire le siège du président de l´audience et celui du poursuivant.

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