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Offensif, Maître Djediat

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Constitué en faveur d´une mère de quatre enfants, Maître Djediat a opté pour l´offensive à outrance...

Défendant une divorcée, mère de quatre fillettes que la papa ignore totalement depuis plus de trente mois, Maître Mohammed Djediat n´avait pas pris de gants pour tomber sur ce père dont le comportement est tout simplement à la limite de l´incorrection citoyenne.
Auparavant, Radja Bouziani, la présidente de la section correctionnelle du tribunal d´El Harrach (cour d´Alger) avait rappelé l´inculpation, en l´occurrence l´article 331 (loi n°06-23 du 20 décembre 2006) qui va sur l´abandon de famille.
«Un père de famille peut-il oublier ses enfants plus d´une journée? Cela n´existe pas, vous, vous les avez ignorés durant plus de huit cents jours!» gronde, d´emblée, la magistrate qui ne laissera aucun espace au détenu si toutefois il avait une de ces folles envies de...dribbler dans la surface de réparation. Bouziani n´aime pas ça! Elle n´aime pas non plus reconduire un père en taule pour abandon de famille. Alors elle cherche surtout à tendre la perche et sauver les fillettes de la faim et du dénuement.
Madame la présidente, elle ment. Mes enfants se portent bien...
-Attendez, ôtez de vos lèvres le terme: "elle ment", dites plutôt qu´elle ne dit pas la vérité!
»
-Oui, Mme la présidente. Elle n´a jamais dit la vérité. (Maître Djediat a l´oeil qui brille de satisfaction devant l´excellent comportement de la présidente qui parle doucement, lentement comme pour prouver à Djamel.S, la quarantaine largement entamée, qu´elle est disposée à réhabiliter les enfants, allant jusqu´à aller à une peine de prison assortie du sursis. La relaxe? Impossible à obtenir avec Radja, certes tolérante, mais pas inconsciente car le délit y est.
«Pourquoi donc cet abandon?», insiste la juge. Le détenu va alors, sans le savoir, mettre les pieds dans un brasero.
«Elle travaille. Elle a une voiture. Elle a des bijoux...» balance, enfin, la parole retrouvée, Djamel qui est vite interrompu par la voix fluette de la juge. «Ah, bon! Vous attendez que vos enfants soient nourries par d´autres personnes? Non, ce sont vos filles et vous en êtes responsables jusqu´au jour où elles rejoindront leurs époux.»
Ces sentencieux propos balancés sans calcul par une excellente Radja avaient fait l´effet d´une douche froide en ces grosses chaleurs où le moindre rayon d´air frais est salvateur.
Djamel, l´inculpé va regretter le silence subit de la présidente et les dures demandes (quatre mois de prison ferme et une amende de cinquante mille dinars) de Ali Mohammed Marich, le procureur puisqu´il allait subir la rude plaidoirie effectuée juste avant le réquisitoire de Maître Djediat qui dit tout de go: «Madame la présidente, nous n´allons pas passer la demi-journée à regretter le délit de l´inculpé qui n´a aucune circonstance atténuante. Quand bien même, il serait un ivrogne, un paresseux, il est tenu de payer la pension alimentaire de son propre sang. Et ce qui nous révolte, c´est que ce Monsieur qui ne vit plus avec Sabrina depuis plus de deux ans et demi, est au courant de ce qu´elle possède et de sa vie quotidienne. Qu´est-ce à dire? Qu´il l´espionne tous les jours?
Elle n´est plus son épouse. Elle a des parents. Ils en sont responsables. De quoi vous mêlez-vous? Allez bosser, gagnez du fric à verser à vos enfants. Nous regrettons la détention préventive. C´est une situation née d´un comportement inqualifiable. Nous réclamons les soixante-douze millions à raison de six mille dinars par enfant et ce, durant trente mois. Nous ne réclamons aucun dommage, ni intérêt que les filles soient à l´abri de tout
», articule le conseil qui finit par sortir une lingette pour s´éponger le front, car les sueurs sont, on ne vous dit pas. Pour son dernier mot, Djamel promet de régulariser la situation sitôt libre. «Qu´un de vos proches le fasse et vous le serez», tranche Bouziani qui inflige un deux mois ferme.

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