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Sous-marine, la raclée

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Omar L. le papa de Mohamed L. est pris "en qualité" de receleur. Quel a donc été le rôle du fils?

Fatiha Fellah était en grande forme en ce début d´août 2010 à Bir Mourad Raïs (cour d´Alger). Akila Bouacho, elle, depuis le siège du ministère public, suivait les versions débitées par Mohamed Lamine L. le détenu inculpé de vol. Le détenu qui avait été pris via son papa avec un cabas contenant des effets dont un, peu singulier: une tenue-uniforme de plongée sous-marine. «Je l´ai achetée à Bab El Oued pas loin du Beau Fraisier (Bouzaréah) où je réside», avait dit pour sa défense l´inculpé. Une chose est certaine: le cabas avait été volé at-home lors de l´absence prolongée de la victime, un voisin! D´emblée, la présidente de la section correctionnelle du tribunal de Bir Mourad Raïs va vers une minutieuse instruction. Elle se tourne vers le père du détenu, lui aussi inculpé de recel. Un délit que le vieux ne connaît pas.
Le papa nie avoir eu vent que l´objet remis était volé. «C´est la première fois qu´il m´avait remis l´objet de plongée que j´avais vite revendu au premier venu, car une telle tenue n´est pas forcément demandée sur le marché», avait articulé pour sa défense Omar L. soixante-douze ans qui ne se sentait pas bien dans sa peau de poursuivi. La victime est une connaissance, un voisin des deux inculpés. Fellah redemande si le produit du vol avait été revendu le jour même du vol. Le père dit oui sans hésiter, malgré qu´il ait la gorge nouée par l´émotion et la peur surtout, car à son âge, porter le mot «inculpé de recel» n´est pas aisé, ni même souhaité à son plus farouche adversaire. Maître Djamel Fodil cherche à faire admettre à la juge que l´étiquette qui portait les nom et prénom du propriétaire du cabas volé avait une couleur (bleue) proche de celle du cabas (verte). Deux couleurs voisines en somme et donc, le père n´avait pas fait attention aux coordonnés du voisin qu´il connaissait très bien. Un voisin qui n´arrivait pas à comprendre la situation car le jeune est bien. Le détenu est coincé par une question embarrassante de l´avocate de la victime. «Il affirme avoir acheté la tenue de plongée sous-marine chez une personne. Et le cabas a été acheté auprès de qui? Auprès du même revendeur? Au même endroit?», dit-elle, en ayant dans sa tête que Mohamed Lamine, même s´il n´a pas volé le cabas, il l´aurait eu en usitant de la «voie» de recel, ce qui est aussi un délit et il ne peut échapper à la condamnation au ferme. Pour la victime, Maître Messaouda Fahima a mis l´accent sur la gravité des faits: «En s´introduisant dans le domicile de la victime, aucun doute ne subsiste sur la culpabilité des auteurs.» Elle rit au nez du second inculpé, le vieillard qui avait affirmé ne pas savoir lire l´arabe, alors que son fils, lui, pouvait lire le nom du voisin. Nous avons la ferme conviction que c´est Mohammed Lamine, l´auteur du méfait, surtout cette coïncidence de la présence du cabas chez le papa qui a vite fait de le revendre. Elle réclame le statut de partie civile et vingt millions de centimes à titre de dommages et intérêts, histoire de relever le moral de la victime pas encore revenue de cette fâcheuse situation. Cinq ans et un an pour Mohammed Lamine et Omar.L. Toussotant, Maître Fodil regrette que ce jeune soit victime d´une méprise car l´objet du «crime» avait été trouvé sur lui: «Cela ne signifie nullement que l´uniforme ait été volé par le jeune voisin. La preuve, c´est qu´il avait pris la liberté de se faire photographier avec pour jouer au fanfaron au quartier. Fellah est difficile à convaincre et elle doute que cette photo ait été prise dans la rue: "Moi, je pense qu´elle avait été prise à l´intérieur du domicile..." susurre-t-elle, car, dix minutes avant, elle avait assuré que le dossier était sous son étroite surveillance i-e-qu´elle avait saisi toute l´histoire et que personne n´allait la persuader de la clarté des faits: de qui a fait quoi et de tout le scénario. Mon client ne connaît pas l´inculpation, ni la prison, ni la vengeance. Il est estimé par tous ses voisins. Encore une fois, c´est une victime tout comme son père qui, à son âge Omar.L. ignorait que le cabas était volé. "Parlons du cabas. Que contenait-il? Il contenait une étiquette d´une couleur proche de celle du cabas", suggère l´avocat de Bellevue qui avait, au passage, rejeté le vol et fait des poursuites de recel, pour le jeune qui doit bénéficier du doute», avait balancé l´avocat qui allait grimacer au moment où un proche de la victime avait ramené le cabas objet du délit. Fatiha Fellah, la présidente était plus fraîche. Elle prit le cabas, constata la couleur bleue-marine du sac et le vert de l´étiquette, où les coordonnées de la victime étaient transcrites en langue arabe. Et cet examen de l´objet du délit allait être le noeud gordien surtout que dans la vie pratique, au moment où un individu achète quelque chose, il a certainement envie de lire le nom transcrit en arabe, sur l´étiquette verte. Et si Omar L. ne sait pas lire l´arabe, Mohammed Lamine, vingt- sept ans, lui, sait lire. Et si en regardant de près, l´étiquette, il avait parcouru les coordonnées, il aurait reconnu le voisin et le lui aurait remis en l´informant qu´il l´avait acheté à Bab El Oued alors qu´ils résident tous les deux à Bouzaréah. En deux mots, Mohammed Lamine était dans de beaux draps. L´avocate l´avait dit, Akila Bouacha, la représentante du ministère public, avait ajouté son grain de sel au moment de l´examen du cabas: «Le parquet a la ferme conviction que même si Mohammed Lamine n´a pas volé, il l´a acheté le sachant volé. Et en parcourant l´étiquette, il a dû reconnaître le propriétaire, a eu peur et s´est tu avant de le remettre à son père avec la recommandation de vite le revendre et éviter les ennuis», avait ruminé, le sourire en coin, Bouacha qui avait débuté tôt sa carrière en droit puisqu´elle avait fréquenté les robes noires du bâtonnat d´Alger avant de glisser dans le couloir de la magistrature où elle se trouve bien. Fellah, elle, avait ramassé le maximum de points pour envoyer à l´ombre Mohammed Lamine pour un bon bout de temps surtout qu´elle a mis en examen le dossier pour le 8 août i-e demain. Oui, la condamnation pointe puisque l´expérience veut qu´un inculpé détenu qui n´a rien à se reprocher voit la mise en examen le jour même et le verdict lui rendant la liberté être prononcé en fin de rôle et de journée. Maître Fodil le sait. Il n´a rien dit. Il attend la courte mise en examen car il y a comme ça, des «étincelles» qui surgissent en semaine qui secouent les juges et un miracle peut surgir rendant le sourire à toute une famille.

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