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Deux coupables sur trois!

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Les bandits de la voie rapide Dar El Beïda-Alger n´étaient finalement pas trois, mais deux...
L´audience criminelle du jeudi a vu entrer solennellement un trio de magistrates en or. Jugez-en: outre l´éblouissante Rabia Benamrane, la présidente, nous avions remarqué la ravissante Zineb Charchar et la merveilleuse Soumia Kassoul en qualité de conseillères. A leur droite, le fougueux Messaoud Khennas occupait le siège du ministère public. Et pour embellir le décor, il y avait Maître Chérif Lakhlef, le membre du Conseil de l´ordre constitué pour l´accusé principal dans cette affaire d´association de malfaiteurs dont l´un d´eux avait désarmé un policier et constitué une bande de malfaiteurs qui s´attaquaient aux gens sur la voie rapide du côté de Dar El Beïda (Alger). Ils séviront jusqu´au jour où, en cambriolant un appartement, deux bandits surpris par les occupants, s´enfuient mais en laissant tomber leurs mobiles. Dans l´un des portables ramassé, il y avait la photo d´un des bandits. La chance était du côté des policiers et ce sera du gâteau pour les enquêteurs. Tout ira vite. L´instruction, l´accusation et enfin le procès; un à un, le trio de malfaiteurs se met à table. L´un d´eux va même faire son mea-culpa et affirme regretter ce qu´il a fait. «Je ne suis pas près de recommencer», dit-il. Ce qui fera réagir Benamrane, la présidente qui commentera en vingt lignes la mort du «nif», l´absence totale d´éducation: «Avant, les gens pouvaient vaquer à leurs occupations sans crainte car la bonne foi régnait en maître. La fraternité, la solidarité occupait les esprits et les familles vivotaient en toute affection et sécurité», avait-elle marmonné. Les victimes âgées ont eu à témoigner dans la douleur. Il y avait même de l´exagération dans leurs propos durs. Il est vrai que lorsque des citoyens sont braqués chez eux par des gens armés surtout les armes à feu, c´est difficile d´oublier, voire de pardonner.
Le vieux attaqué au cours de la tentative de cambriolage la nuit, a parlé, crié, hurlé sa colère car la blessure au front, a laissé des séquelles. Il parlera même d´honneur éclaboussé: «Ils cherchaient du fric. A mon âge, j´ai peut-être juste de quoi faire manger à mes enfants», enchaîne-t-il en sanglotant de désespoir. D´ailleurs, le déluge de larmes des victimes ont certainement dû «noyer» l´intime conviction des trois juges, toutes mères de famille avec comme cerise sur la tarte, une Soumia Kassoul, enceinte et presque à terme. C´est dire le haut degré d´émotions qui ont jailli dans cette salle d´audience où le service d´ordre était impeccable. Ce sera Maître Ibrahim Bahlouli qui aura l´avantage et le privilège d´avoir dix yeux, dix oreilles et cinq cervelles braqués sur lui car ce sera le premier plaideur de ce début d´après-midi. Il commencera, comme d´habitude, par déverser des versets coraniques. Et Rabia Benamrane, la présidente adore. Puis après avoir ouvert une nécessaire parenthèse sur la tragédie nationale (92-99) qu´il décrira comme étant la page la plus sombre de l´histoire contemporaine de notre pays, l´avocat s´est dit malheureux que ceux qui n´étaient que des bébés dans leurs landaus, soient devenus de minables agresseurs de vieillards et de malades qui s´arrêtent au bord des routes en vue d´apaiser un besoin pressant. «Nous avons un policier venant de Tizi. Un vieillard, mon client âgé de soixante-quinze ans, un gars qui a combattu dans les rangs des libérateurs de ce pays, un couple de vieux et leurs jeunes fils chez eux, un handicapé physique, Ouahiba qui n´a pas pu se déplacer mais dont l´audition est sous nos yeux, sans oublier les dizaines de victimes qui ont préféré ne pas se déplacer au Ruisseau pour parler d´un portable volé avec violences mais qui ont oublié le viol de leur intégrité», a dit Maître Brahim qui n´a pas omis d´égratigner au passage les autorités non-concernées à telle enseigne qu´elles n´aménagent aucun WC.
«Faites un tour à Alger en plein centre, c´est un marathon que fait un malade pour trouver des toilettes. C´est insupportable, comme situation», avait-il marmonné, fatigué qu´il était de s´être auparavant trop écrié à l´intention des trois accusés qui ont constitué une véritable association de malfaiteurs bien pensée, réfléchie où le sang-froid prédominait sans compter les mots grossiers lancés en direction des victimes, pour la plupart attaqués dans le dos. Entre-temps, Maître Lakhlaf, désarçonné qu´il était par le plaideur-prêcheur, était impatient de passer à la barre, déverser tout ce qu´il n´a pas supporté dans ce dossier. Il dira même plus tard que les enquêteurs auraient dû retenir que des jeunes cambrioleurs qui laissent tomber leurs portables, ne peuvent être des professionnels contrairement à ce que voulaient laisser penser et Kennas le procureur général et Maître Bahlouli, cet avocat qui a tout fait et dit juste pour aider à la mise en état de nuire de bandits. Maître Kheyar, commis d´office pour Younsi, s´engage dans le couloir des attaques du représentant du parquet. Il tente d´expliquer que ces jeunes aient eu à se concerter avant d´attaquer des gens automobilistes, une dizaine de victimes au moins connues. «J´ai dit à mon client qu´il était impensable que des vieillards, qui ont un pied dans la tombe, aient pu enfoncer des jeunes. Il rappelle le digne comportement de la famille de son client qui a refusé de constituer un avocat. Ce sera le rôle du bâtonnat d´Alger d´en constituer un: Maître Yassine Belkhayar. Ce dernier s´évertuera à aller vers l´adoucissement de la peine. «Je lui ai dit que ce qu´il avait fait ne vaut pas la perpétuité ni l´acquittement», a sifflé le défenseur de Hussein Dey. Maître Chérif Lakhlaf, pour Chebchoub et Younsi, malgré la forte grippe qui l´agaçait, a réussi tout de même à retenir l´attention des deux jurés et du trio de juges - Charchar- Benamrane et Soumia Kassoul qui vient de débarquer à la cour d´Alger depuis le tribunal de Bir Mourad Raïs. Il a même lancé un pic en direction de Kennas à qui il a reproché d´être à l´audience, lui qui avait entendu les trois accusés à El Harrach. «Bon, c´est de bonne guerre puisque la loi ne l´interdit pas mais sur le plan psychologique, c´est désarmant pour les accusés.» S´en prenant aux victimes, l´avocat a reproché les déclarations contradictoires. Il a même «grondé» son jeune confrère qui a présenté les trois accusés comme étant des terroristes. «Erreur, cher confrère, ce ne sont pas des professionnels! De véritables bandits n´auraient jamais dû laisser tomber leurs portables dont l´un portrait une photo de Chebchoub vite cueilli par les gendarmes. L´avocat allait au passage écorcher la chambre d´accusation qui pouvait peut-être bien envoyer ces jeunes devant la correctionnelle au lieu des assises: «C´est trop dur pour ces jeunes, des jeunes qui ont peur de leurs ombres à tel point qu´ils avaient volé un pistolet qu´ils sont incapables d´utiliser. Pour Benouaret, Maître Dalila Sadalli à qui son aîné n´a rien laissé dans sa longue et riche plaidoirie, elle va se contenter de redire la bonne moralité de son client. Elle s´appuie sur les témoignages des victimes: «Aucune d´elles n´avaient vu Benouaret avec les deux autres. Aucune preuve n´avait été trouvée sur lui. Quant à votre intime conviction, elle est déjà faite», avait plaidé la belle avocate qui sera ravie après l´acquittement de son client. Maître Lakhlaf, lui, décide sur le champ le pourvoi car les quinze ans de réclusion retenus à l´encontre de Chebchoub et Younsi ne lui ont pas plu. Quant à Kennas, il est rentré chez lui... heureux (Messaoud).

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