Accueil |Chroniques | La chronique judiciaire |

La fleur au fusil

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font

Un ancien de l´ALN, retraité de l´ANP, est à la barre pour répondre d´un délit qu´il dit ne pas en être responsable.

Maître Arezki Benouadah, l´avocat d´El Harrach était bien soucieux après avoir rendu une visite de courtoisie à Selma Bedri, la présidente de la section correctionnelle du tribunal d´El Harrach (cour d´Alger) soucieux, car il venait de demander à la juge de sortir du rôle l´affaire concernant un ancien officier de l´ANP en retraite poursuivi pour faux et usage de faux.
Et le souci était né du fait que l´inculpé, l´ancien de l´ANP qui venait de la ville des Roses, n´était pas encore dans la salle d´audience à huit heures cinquante, soit dix minutes avant l´ouverture de l´audience de ce mardi, le premier après l´Aïd El Kebir.
Heureusement, la présidente devait d´abord prononcer les verdicts nés en examen, il y a une quinzaine de jours, du fait que l´autre mardi était le deuxième jour de l´Aïd. Ce qui a laissé un peu plus de temps à tous. Et lorsque le retraité inculpé arriva, s´appuyant sur une canne à cause d´une méchante douleur due à une hernie discale, Bedri donna le signal des hostilités.
Il est apparu que dans le dossier, on ait découvert un faux constitué par le retraité à cause des coordonnées justes relevées sur la carte nationale d´identité, «soutirée par un proche» selon l´inculpé en liberté provisoire. Mariant admirablement le dialectal, Mounir H., le vieil inculpé n´avait que sa parole d´honneur à mettre sous le nez de la juge pour sauver sa peau et son pot car il avait le flair de constituer ce vieux loup de Maître Benouadah. Ce dernier avait bien lu le dossier et les pièces versées. Il l´a si bien lu que le destin avait voulu que le proche qui avait subtilisé la carte nationale d´identité, avait disparu: décédé depuis longtemps déjà. «De toutes les façons, mon client était loin de se douter qu´un jour viendrait et que lui, l´enfant de l´ANP, héritière de l´ALN, soit malmené par les convocations de la justice. Il y a ici un fait: il a répondu présent. Il est venu vous dire la stricte vérité, sans tenter de dribbler ni de vous mener en bateau», a récité le défenseur qui était satisfait que le prévenu évoque le proche disparu décédé: son propre fils qui a acheté ce véhicule.
D´ailleurs, au cours de sa plaidoirie, Maître Benouadah a mieux expliqué le dossier en martelant que son client n´a jamais fréquenté ce genre de revendeurs de véhicules volés, trafiqués où le faux est roi. Et dans ce sillage, l´avocat aura mis au devant, ce brillant officier au passé glorieux dans tous les domaines.
«Ce n´est pas cinquante ans après avoir rejoint l´ALN qu´il va s´amuser à rejoindre le faux, l´usage de faux et l´illicite.» Il y a aussi autre chose: dans tous les documents, il n´y en a aucun qui porte ses coordonnées. Il avait été entendu par les gendarmes et curieusement, ce document avait disparu, ce qui a fait qu´il n´avait jamais été entendu par la justice, d´où le jugement par défaut. Un jugement condamnant le colonel en retraite et un retrait à une peine de prison ferme de deux ans et d´une amende conséquente. Et ce qu´avait dit l´inculpé à la barre en pleins débats, c´est sa douleur de s´être aperçu, dès qu´il ouvrit le pli tendu par les policiers, cela lui avait coupé, et l´appétit et la parole. Ce n´est qu´après avoir parcouru les attendus qu´il avait une condamnation où les dégâts moraux avaient fait le vide dans le vieux crâne du retraité de l´ANP et de l´ALN qu´il avait rejoint en janvier 1955 depuis Kissa - Dyr et Boulhaff (Tébessa, Wilaya I historique).
Pour revenir au procès, grâce aux bons conseils prodigués par Maître Benouadah, Mounir H. avait répondu aux seules questions de la magistrate qui avait attiré l´attention de l´assistance que dans cette vaste salle, on répond aux questions posées. Le malheureux était triste de ne pas pouvoir expliquer que son défunt fils avait voulu une grosse cylindrée et que lui, en 2006, le colonel avait insisté sur un petit «machin» facile à manoeu-vrer dans ce pays où les accidents de la route sont en pole position sur le tableau des décès enregistrés. D´ailleurs, invité à prononcer le dernier mot, Mounir, du haut de ses 76 ans tout ronds, ne demandera que «justice».
A signaler que Fethia Benghanem, la représentante du ministère public avait maintenu les demandes faites lors du premier procès, alors que normalement, elle aurait dû effectuer d´autres demandes au vu de ce qui a été dit ce mardi de novembre, le 23 à la barre. Le dossier a été mis en examen pour le 30 novembre 2010, un mardi... Le colonel, lui, est revenu à Oran, se reposer.

Suivez ces commentaire via le flux RSS Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha