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L’héroïne, le crack et le glaive

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Quatre Africains dont deux Algériens ont joué aux héros avec l´héroïne, le crack, le feu et l´incarcération...Dure, demeure la lutte contre ce fléau...
Que s´est-il passé au début du mois de janvier 2011? C´est au matin du 9 janvier que Mohamed R. 30 ans, un petit commerçant avait été arrêté, fouillé et surpris avec, en poche, une quantité d´héroïne et précisément 12 capsules. Pressé de questions, Mohamed R. se met vite à table et fait gagner du temps à la police qui recueillera ainsi les premiers éléments qui vont permettre d´arriver rapidement à cerner les auteurs du méfait, en l´occurrence, commercialisation de stups, héroïne et crack! Outre la détention et l´usage pour Fatima F. l´épouse par la Fatiha et deux témoins de N´golo Coulibaly, un Camerounais de 30 ans qui sera invité par la police judiciaire à faciliter la perquisition. Quelques instants plus tard, les chaussettes de N´golo Coulibaly sont retrouvées avec dedans des capsules d´héroïne et de crack! Une souricière est mise en place pour neutraliser le dealer principal: Henry. Maître Zeyed Bounouh dira tout plus tard. En tout cas, devant la terrifiante présidente de la section correctionnelle du tribunal d´El Harrach (cour d´Alger), les avocats, menés par ce vieux renard de Bordj El Bahri, localité voisine du Café Chergui d´où le pot aux roses de l´héroïne et du crack a été découvert, Maître Mahmoud Benchabi, ne parla que de...vent, de bidon, de dossier quasi vide pour ce qui est de Mohamed Remach d´abord, un sniffer invétéré que l´on présente comme un lien de fer entre les dealers et les consommateurs, de Coulibaly qu´on cherche à complexer d´avoir épousé Fatima qu´on veut lapider à travers la justice pour avoir épousé un étranger. Trêve de plaisanterie pour revenir aux dires et écrits sérieux et souligner la profonde instruction menée par Selma Bedri, la juge du siège qui a survolé les débats par son sens de la justice et son amour avéré du sens du droit, celui de la recherche de la vérité. C´est dans ce contexte qu´elle était arrivée à ménager tout le monde, à commencer par Fatima, fatiguée, harassée, écrasée par la détention préventive. Fatima Medjawi est mariée à Coulibaly, un Camerounais qui avait une première fois fait goûter de l´héroïne à madame, une Algérienne en mal d´amour et d´affection. Dose après dose, la dame s´habitue à telle enseigne qu´il lui arrive d´être en manque en vue de planer quelques minutes et se sentir bien dans sa peau. Le stratagème du «cadeau-empoisonné» offert, va connaître une étape capitale, selon l´inculpation «Ecoute, chère Fatima, si tu veux une petite dose, tu vas remettre ce sachet à Ouzighbou Ramach Med», avait demandé pour la première fois, l´époux africain qui partageait le siège de dealer avec Ouzighbou, un Nigérien qui se dit innocent. La dame résiste d´abord, avant de céder car la demande de remise du sachet d´héroïne devenait alléchante et soulageante. Il lui fallait une dose. C´est pourquoi, elle accepta de faire l´agent de distribution à domicile et revenir aussitôt et piquer, s´allonger et reprendre ses esprits plus tard apaisé, heureuse, malgré l´atroce migraine qui survient après chaque prise. Or, à la barre, tous les inculpés revivent et reviennent sur leurs déclarations soutirées. Maître Kamel Benhtit rappellera même que la loi doit être appliquée. «Et cette loi prévoit que le juge ne prend en compte que ce qui a été dit, et redit à la barre, pas ce qui a été relevé sur les procès-verbaux d´audition», a marmonné l´avocat d´El Harrach qui avait deux inculpés à défendre: Mohamed R. et Coulibaly N´golo. Maître Bounouh ayant bien plaidé, Un élément a joué son rôle parfaitement: l´interprète: Madame Matouk qui a beaucoup aidé le tribunal en interprétant en anglais et en français pour ce qui est du Camerounais et du Nigérien, vaillamment défendu par la jeune Maître Mahdia Mokrani. L´avocate blonde avait axé son intervention autour du fait que l´héroïne avait été découverte chez Coulibaly, lequel, pour éviter toute mauvaise surprise en cas de perquisition, avait avec le poison, beaucoup de Paracétamol, un produit légalement prescrit... Après avoir rappelé que la came à filer aux consommateurs n´était pas une paire de lunettes de soleil à déposer à même le trottoir bien en vue, l´avocate a dit sa profonde conviction que Coulibaly cherchait quelqu´un sur qui il voulait jeter son dévolu pour se couvrir en cas de catastrophe. «Mon client nigérien n´avait rien sur lui lors de son arrestation. Il avait seulement été dénoncé par le Camerounais. Voilà la triste réalité. Même l´horaire de l´arrestation est faux. Il y a eu une faute de frappe, donc matérielle et surtout il y a cette double catastrophe d´un témoignage d´un inculpé à l´encontre d´un autre inculpé», s´est écriée l´avocate qui a dit qu´en aucun cas, la loi ne pouvait être piétinée et la Cour suprême a, dans l´un de ses arrêts, attiré l´attention sur ces témoignages. «Il est innocent. Relaxez-le», conclut-elle, le visage rouge, mais le teint net. Maître Kamel Benhtit, l´avocat du Camerounais Coulibaly a sèchement répliqué, protestant auprès de sa consoeur, qui venait de plaider à l´instar du ministère public et de s´en prendre au Camerounais Bedri, ne voulant pas jeter d´huile sur le feu, et va droit au dernier mot des détenus qui ont tous demandé à ce que justice soit rendue: la relaxe. Avant tout le monde, Fethia Benghanem, la procureure, réclame une peine d´emprisonnement ferme de 20 ans, une amende de 500.000 dinars et la saisie de la marchandise trouvée chez Coulibaly. Une semaine plus tard, le verdict tombe tel un couperet: les deux Africains du Cameroun et du Nigeria écopent de 20 ans d´emprisonnement ferme, Fatima: cinq ans ferme et Ramache Mohammed, six mois de prison ferme. Le tribunal n´ayant retenu aucune circonstance atténuante, surtout qu´il ne s´agit pas de chira, de kif, ou de cannabis, mais de crack et d´héroïne et ce fléau est rudement condamné par la loi 04-18 du 25 décembre 2004 relative à la prévention et répression de la drogue.

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