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Cupide, sot mais libre

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Pour quelques billets roses, Rachid a fait neuf mois de taule et échappé à dix ans de prison!

Défendant en criminelle un jeune trentenaire accusé d´assistance à terroristes, Maître Mohamed Djediat avait en tête un proverbe mais en oubliant momentanément la provenance. C´est alors qu´il va s´avancer du trio de juges et des deux jurés pour marteler ce vieux proverbe plus qu´éloquent: «Il y a dans le pardon un plaisir que l´on ne retrouve pas dans la vengeance», dit en langue arabe, c´est la moitié d´une plaidoirie car l´avocat s´est appuyé sur ce proverbe oriental, en tout cas, pour mettre en exergue les bonnes et mauvaises relations de quelqu´un vite désabusé et mené sur la piste rocailleuse du crime. Rachid C. va bientôt sortir des trente ans. Il a été surpris, un couffin à la main où il y avait, outre des victuailles fraîches, une paire de jumelles qu´il assure avoir acheté à Belouizdad (Alger) chez un certain Seddik, un propriétaire d´un étal que l´on ne rencontre qu´une fois par an, durant le mois de Ramadhan. Et cette pièce à conviction va être la mèche qui va brûler le cerveau et les méninges du pauvre Rachid à qui on avait remis un panier tressé à déposer devant l´arrêt de bus à midi, et repartir sans se retourner. Manque de pot, dans les gares routières, les policiers en civil sont partout même s´ils n´en ont pas l´air. C´est alors que l´audience commence devant le tribunal criminel avec la fastise et (à notre avis) inutile, lecture de l´acte d´accusation qui fait dégoûter, et le greffier, et une bonne partie de l´assistance bombardée de mots spécifiques à la justice et de dates, horaires et lieux-dits. L´interrogatoire sera vite ficelé car le détenu, depuis neuf mois avait vite reconnu le crime reproché en présentant rapidement au nez des juges et jurés, ses milles excuses, ses cent regrets, son million de: «Ah! si j´avais su...» L´accusé, bien épaulé par son conseil Maître Djediat, répondra clairement aux nombreuses questions sauf à une seule: «Qui vous a remis le couffin?» La réponse était: quelqu´un qui lui avait payé la «mission» de près de sept kilomètres de la cité où il résidait. Et là, le défenseur, très rusé, n´avait aucune question à poser craignant que la peur en sus, Rachid n´en rajoute et mette l´index dans le brasero bien placé entre les mains du procureur général qui, lui, avait une seule et unique question: «Comment donc de nos jours, en juin 2010, aviez-vous pu accepter une minable somme de fric sans chercher à comprendre ce qu´il y avait à l´intérieur du couffin?» La cupidité (t´maâ) mais malgré tout, j´avais vu deux galettes enveloppées dans une serviette, du fromage râpé dans des sachets, des variantes, deux paquets de sucre sans prendre la précaution d´aller voir au fond où se trouvait la paire de jumelles.» Le tribunal criminel avait surtout axé ses questions sur ses fréquentations et son lieu préféré en fin de journée: la mosquée du coin! D´ailleurs, Maître Djediat pour faire court avait dit qu´il était heureux que son client fréquente la mosquée plutôt que le bar, le café ou encore tenir les murs jusqu´au crépuscule. «Non, Rachid n´est pas un terroriste, ni un soutien. Oui, il a été membre d´un parti il y a dix ans mais il l´avait quitté sitôt Bouteflika installé au palais d´El Mouradia. Il s´est excusé. Rendez-le à sa famille, surtout qu´il a un casier vierge malgré une fiche de police pas du tout gentille, à cause de ses anciennes fréquentations», a récité l´avocat qui a ricané au moment du mini-réquisitoire du représentant du ministère public, lequel avait réellement exagéré les faits pourtant confirmés dans un... panier! Citant plusieurs passages de l´ordonnance du 25 février 1995 relative à la complicité, à l´assistance aux terroristes, il balança: «Cette fois il avait été pris avec une paire de jumelles volée à un militaire. Qui peut nous dire ce qu´il avait fait passer avant ou encore qu´aurait-il pu faire passer s´il n´avait pas été interpellé à temps. Le ministère public réclame une peine de réclusion criminelle de dix ans!», avait plaidé le parquetier qui aura tout simplement joué son rôle jusqu´au bout. Quant à Maître Djediat, il aura réussi à convaincre le tribunal criminel et surtout les deux jurés que Rachid n´était pas le sanguinaire que l´on a voulu présenter. «Vous avez vu cet homme? Regardez-le bien», a-t-il martelé en s´adressant aux jurés, deux bons vieux retraités à la bobine sympathique qui ont dû peser au cours des délibérations car ils ont estimé que l´accusé a assez payé et qu´il fallait qu´il rentre chez lui ce jour. Le verdict qui était attendu, a vu le tribunal criminel infliger une peine de prison ferme de six mois pour avoir eu dans le couffin une paire de jumelles volée. Et comme il a fait neuf mois de détention provisoire Maître Djediat était ravi d´avoir arraché Rachid de la taule. Quant au frais libérable, il a dû jurer cent fois par Allah d´abandonner à vie la cupidité. Qu´elle est belle notre justice lorsqu´elle se prononce sereinement.

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