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Le doute et la certitude

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Deux avocats de l´est de la capitale se sont escrimés à la barre à propos d´un vol à l´encontre d´un vieillard mal en point...
Il arrive à certains avocats de plaider un même délit quatre fois par semaine. Et comme Maître Benouadah Lamouri est devenu un excellent pénaliste un peu spécialiste des délits qui reviennent souvent, tels les vols, le trafic de drogue et les coups et blessures volontaires réciproques à l´aide d´une arme blanche, nous avions eu le privilège d´assister dimanche (Rouiba), lundi (El Harrach), mardi (Hussein Dey) et jeudi (Bir Mourad Raïs) à quatre procès ayant le même délit: «vol» fait prévu et puni par l´article 350 bis du Code pénal, loi n°06-23 du 20 décembre 2006.
Et si le tribunal avait retenu cet article, c´est qu´il y a dans ce dossier un vieil homme comme victime. Et comme le 350 bis est rigide, car il relève que «si le vol a été commis avec violence ou menace de violence ou s´il a été affecté par l´état de la victime dont la particulière vulnérabilité due à son âge, à une maladie, une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente et comme de son auteur, la peine est l´emprisonnement de deux (02) ans à dix ans et une amende de 200.000 DA à un million de dinars.»
Voilà un aperçu quasi détaillé de l´article retenu, car la victime, âgée de 73 ans est un malade chronique qui s´était présenté dans la salle d´audience dans une chaise roulante. Son avocat, Maître Abdelkrim Bouderbal, avait dans son cervelet, une petite idée surtout que l´inculpé qui nie farouchement surtout que son défenseur n´est autre que Maître Lamouri redouté pour son expérience, sa farouche détermination à jouer le jeu par une terrible défense qui repose pour ce qui est délits sur la présence de preuves et de témoins.
Manque de pot pour la victime. Elle prétend de suite avoir été attaquée dans une impasse. L´avocat de Djamal B., au passé pas si blanc qu´on aurait souhaité, se frotte les tempes, histoire d´avertir l´adversaire que le tribunal saura écouter et bien.
Et comme Maître Lamouri adore asséner le premier coup de K-O., Maître Bouderbal est sur ses gardes. «Nous avons les déclarations de la victime qui vient d´assurer qu´elle s´était dirigée vers l´impasse pour un besoin urgent, car elle venait d´avaler un médicament capital, lorsque Djamel avait surgi, la main gauche tendue et les doigts en mouvements. «J´ai vite compris en voyant le geste que le voleur voulait de l´argent. Vous pensez bien. Moi avoir de l´argent avec mon état d´un retraité, un 17 du mois!» Et ces paroles seront prises en étau par Maître Lamouri qui a, lui aussi, fait état des déclarations de son jeune client.
«Mon client vous assure qu´il ne faisait que passer lorsqu´il a entendu des cris et était plutôt venu à son secours. Pourquoi devrions-nous croire la victime et pas Djamel?», s´était offusqué l´avocat de Dar El Beïda que son jeune confrère de Bordj El Kiffan tente de le mettre dos au mur.
La présidente de la section correctionnelle, elle, avait compris que chaque plaideur jouait son va-tout et donc elle permettait quelques accrocs légitimes, surtout lorsque Maître Lamouri pose une question capitale: «Madame la présidente, la défense voudrait poser une seule question à la victime assise dans une chaise roulante: le jour des faits était-elle dans cette position ou debout?»
La victime avait envie de se révolter: «Non, j´étais debout. Mais depuis que j´ai était volé, je ne me sens pas bien du tout. J´ai souffert le temps de l´attaque...»
«C´est bon, c´est bon, coupe la magistrate qui avait compris où l´avocat voulait en venir. D´ailleurs, comme pour «aidermentalement la victime, le défenseur a assuré le tribunal qu´il y a eu attaque et vol: «Mais ce n´est pas Djamel qui a commis le méfait. Vous savez, tous les Djamel de 22 ans se ressemblent», ironise Maître Lamouri.
Ce sera autour de Maître Bouderbal de passer à l´assaut de l´inculpé et pour ce faire, il prie la présidente de relire un passage des déclarations faites par le détenu devant la police et le procureur.
«Il y a quelque part comme une contradiction. Une fois, devant les policiers, il prétend avoir entendu des cris et il est accouru. Une autre devant le parquetier, il assure qu´il avait bien vu un jeune courir, des billets à la main. Alors, c´est quelle déclaration, il retient?»
Maître Bouderbal avait fini avec cette question et ce sera Maître Lamouri qui ira au secours de son client: «C´est clair. Il l´a redit aujourd´hui à la barre. En entendant les cris, il est allé vers la victime. C´est déjà là un acte qui mérite un merci, pas la détention provisoire.»
La juge avait senti que cet échange allait perdurer et comme elle n´avait pas beaucoup de temps, elle ne cherchera plus à en perdre, même si nous n´avions jamais su de la bouche de la victime combien elle avait remis au voleur, car il y a eu vol mais, qui l´a commis? Ce sera donc au tribunal de trancher à la suite du mini-réquisitoire du représentant du ministère public et des deux plaidoiries des deux amis confrères et adversaires du moment.
Autant Maître Bouderbal avait insisté sur le caractère crapuleux de l´auteur du vol qui s´était attaqué à un vieillard malade, autant Maître Lamouri avait surfé sur le doute que ce soit Djamel l´auteur du délit. Et entre la certitude de l´avocat de Bordj El Kiffan et le doute de celui de Dar El Beïda, la présidente aura tout le loisir et le temps (une semaine) pour trancher. A noter que la victime a réclamé 20 millions de centimes de réparation pour le choc psychologique dévastateur causé par ce délit, pour lequel le ministère public avait requis une peine d´emprisonnement ferme de 18 mois et d´une amende aussi ferme de 10.000 dinars...

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