Attentat de Bouira: Aveux en direct
Ceux qui ont été jugés et déclarés coupables ont été lourdement condamnés.
La grosse affaire criminelle jugée hier par le tribunal criminel d'Alger dont le président n'était autre que ce sacré et sucré Amar Belkharchi, était grosse par le nombre effarant d'accusés et surtout de victimes - près de deux cents dont trois seulement avaient choisi de se déplacer au Ruisseau. Les avocats, Allah bénisse, étaient, eux aussi, de la partie. Outre les inévitables Maître Abdelhamid Aïssani, Maître Amine Sidhoum, Maître Benouadah Lamouri, Maître Hamza Khamis, nous avions vu avec un réel plaisir Maître Oualid Laouar, Maître Habib Benhadj, Maître Daoudi Med-Jari, et Maître Ali Zouita qui avait, lui aussi et encore, refusé de plaider pour un accusé de membre d'une association de malfaiteurs détenteurs d'explosifs et action subversive dans la région de Bouira. Et cet accusé, dont le défendeur n'était autre que l'affable Maître Hadj Laïdat, avait signifié à Belkharchi son suicide si toutefois, il y avait un sixième renvoi. Sur ce, le président du tribunal criminel haussa les épaules et rumina:
«Suicidez-vous, mon vieux! Allez-y. Le tribunal criminel n'est nullement responsable de cette situation. Votre avocat est absent et il se peut qu'il soit pris en route par les intempéries, je ne sais pas moi!» La vingtaine d'avocats scrutait la salle. La gêne était visible. Maître Zouita qu'avait invité le président à l'aider pour trouver un remplaçant au pied levé de Maître Laïdat, s'était lui aussi permis d'enfourcher un étalon noir pour dire les quatre vérités au juge. Madame Faïza Aït-Mesbah, la conseillère-assesseur retenait son exaspération car il était dix heures quarante et les débats n'avaient toujours pas débuté.
Et puis, hourrah! Maître Hadj Laïdat entre, en boutonnant sa belle robe noire. Il s'excuse auprès du juge qui venait de recevoir une volée de bois vert, lui qui donnait la nette impression de vouloir renvoyer ce long, très long procès où une centaine d'accusés-témoins avocats - et près de deux cents victimes appelées à la barre. Mais où est donc passée la réconciliation nationale? Les «salamalecs» finis, on passe alors à la lecture de l'arrêt de renvoi. Maître Lamouri demande à aller aux attendus pour éviter la fastidieuse lecture. Le juge veut toute la lecture. Fâché, Maître Hamza Khamis réagit: «Monsieur le président, nous venons de vous demander d'écourter la lecture de l'arrêt de renvoi!» Belkharchi inflexible crache: «Greffier, allez-y SVP! Le tribunal a perdu assez de temps.»
Maître Khamis revient s'asseoir aux côtés de Maître Aïssani, discipliné comme tout. Le président jette un oeil et hoche la tête en direction de Maître Hamza Khamis, comme pour lui signifier qu'avec lui, il fallait y aller molo-molo car Belkharchi est un juge qui sourit souvent mais jamais il ne jette ses armes à terre! Et comme prévu, de fastidieux débats se tiennent dans une salle quasi vide car, à part l'accusation, rien n'a filtré à l'horizon, pour ne pas écrire aux horizons de la réconciliation nationale qui n'existe que sur le papier car le parquet est toujours appelant lorsque l'acquittement est au rendez-vous. «Alors, où va-t-on?» s'était écrié Maître Zouita qui n'arrive toujours pas à saisir ni même voir les fruits de cette réconciliation qu'on dit réussie ou...presque. C'est selon...
Faisant bon coeur contre mauvaise fortune, tous les avocats de ces accusés d'association de malfaiteurs détenteurs d'explosifs qui ont semé le deuil, les larmes, la tristesse, la colère et même les colères, les cris à la vengeance et à la justice, celle qui est impartiale, tout ce qu'il faut pour rassurer ceux qui ont cru et qui croient toujours en la réconciliation nationale. C'est pourquoi l'ire des avocats était visible lorsque un des accusés s'était, contre toute attente, mis à table en racontant tout. Et tout, c'est dans le détail du maquis, des rendez-vous chronométrés, de la préméditation pour convenir de l'attentat de Bouira et causer le maximum d'effets spectaculaires. Et ni Maître Khamis, ni Maître Lamouri, ni aucun autre avocat ne pourront contrer les aveux de cet accusé dont la conscience avait été revisitée à cause du nombre élevé de victimes, de toutes les victimes. Maître Amine Sidhoum, tout comme Maître Aïssani, Maître Habib Benhadj, Maître Laouar et Maître Daoudi étaleront tout leur professionnalisme, rien n'y fit. L'accusé, qui a tout craché, a ouvert toutes les portes à Belkharchi qu'on ne supplie pas d'effectuer son boulot répressif surtout si ce même Belkharchi, s'est vu offrir des cartouches chargées d'aveux spontanés... Aïe, aïe, aïe!

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