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C'est pas cher payé!

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Le nouveau Code de la route consacre pourtant de lourdes peines pour réprimer l'état d'ivresse au volant.

L'entrée en vigueur, depuis six ans (22 juillet 2009) du Code de la route régi auparavant - loi n° 01-14 du 19 août 2001 relative à l'organisation, la sécurité et la police de la circulation routière, prévoit de lourdes peines pour ceux qui (se) conduisent mal. Depuis six ans, la route tue. Elle tue toujours plus. Combien? On ne saurait donner des statistiques exactes: la gendarmerie en donne.
Il en est de même pour la Dgsn qui, avec la Protection civile ne donnent jamais leurs sources. Le fait est que les zones d'ombre subsistent. L'affaire du jour est édifiante. Amar est un mécanicien qui contrôle les véhicules qu'il vient de bricoler.
C'est un peu ça la conscience professionnelle. Mais là où ça ne va plus, c'est lorsqu'il cause un accident de la circulation. Pis encore, c'est la taule carrément quand cet «ombrageux» sinistre est précédé d'un état d'ivresse manifeste, le tout couronné d'un condamnable état de fuite (il aurait eu peur des représailles des citoyens intolérants en la matière). Mine de rien, le jovial et subtil président de la section pénale perd de sa superbe lorsqu'il a devant lui un énergumène qui comparaît pour conduite en état d'ivresse suivie d'un sinistre où les dégâts matériels ont... heureusement préservé des vies humaines car ce fut véritablement un miracle de s'être sorti indemne de l'accident.
Un accident que n'a pas eu le temps d'évaluer l'auteur qui a redémarré en trombe, aggravant son cas. Le rigide et austère représentant du ministère public a, pour une fois, devancé le juge en posant la fameuse question relative au taux d'alcoolémie relevé par les gendarmes: deux, zéro huit, soit près du triple de la moyenne permise par la loi! Catastrophe sur catastrophe, tuile sur tuile, c'est «la scoumoune» quoi, pour ce personnage hors du commun.
L'inculpé entre dans ses petits souliers surtout lorsque le parquetier requiert sèchement et sans état d'âme une très lourde peine de un an de prison ferme, le tout couronné d'une amende de 10.000 dinars et, en vue d'ouvrir les yeux au fan de Bacchus, le retrait du permis de conduire pour une période de 6 mois ferme.
Le détenu tremble de toute sa carcasse. Le magistrat se souvient d'un coup où il n'a pas posé de questions dont les réponses pourraient édifier le tribunal:
- «Vous avez autre chose à ajouter, inculpé?» demande, les sourcils en accent circonflexe, monsieur le président, qui a envie de pousser un «ouf» de satisfaction lorsque le détenu fait part de ses regrets d'avoir bu, d'avoir causé des dégâts matériels à la suite d'un accident qu'il qualifie de «stupide». «Allah ghaleb» lance soudain Amar. Ce qui pousse le président à rectifier:
«Allah n'ordonne que le bien, c'est plutôt le diable qui est derrière vos ennuis», tranche le juge qui inflige six mois ferme de prison en retenant les deux autres demandes du procureur qui laisse ses traits se détendre en guise sans doute de satisfaction. Amar baisse la tête, car ses parents sont dans la salle. Il se sent honteux de regarder en face les siens à l'issue de sa détention qui va encore durer au-delà d'une fête religieuse et de deux «nationales» (l'Aïd El Fitr, le 5 juillet et le 20 Août), sauf si une grâce était parachutée depuis El Mouradia...
L'accident peut arriver à n'importe qui mais lorsqu'un auteur d'un sinistre est pris «out», il ne devra s'en prendre qu'à lui-même. Encore que Amar n'a pas tué ni laissé sa peau comme cela arrive quotidiennement sur nos routes et chemins. Et cela arrive même à nos magistrats, les accidents pas l'état d'ivresse, ce qui serait en soi, un scandale et peut-être même une fin précoce d'une belle carrière et d'une fabuleuse aventure...
Heureusement que l'inculpé du jour n'est ni médecin, ni architecte, ni avocat, ni magistrat. Non! C'est un mécanicien qui sait ce que le mot «carburer» veut dire.
En détention, il aura tout le temps de calculer les risques qu'il a pris: boire, prendre le volant, entrer en collision et prendre la fuite...
A sa seule décharge, c'est qu'il a pris la fuite du lieu du sinistre pas loin: il s'était arrêté au premier poste de police où l'accueil avait été plutôt amical mais rigoureux pour ce qui est du respect des procédures d'audition, de lecture du procès-verbal, sa signature et son émoi en détention préventive, la première depuis sa naissance et probablement la dernière.

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