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Fauteuil rose?

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Chahrazed S. une patiente assure que son dentiste lui a fait des avances indécentes...

Quelle mouche bleue a donc piqué le dentiste qui a eu (probable-ment) un moment d'égarement lors de la visite de Chahrazed S. 38 ans, divorcée sans enfant et sans emploi? Oui, quelle mouche (tout court) a poussé le dentiste pourtant connu dans le quartier comme un modèle dans tous les domaines?
A la barre, il comparaît suite à la plainte de Chahrazed S. qui a pris le taureau par les cornes en affrontant le délinquant primaire qui était inculpé libre car la liberté provisoire lui ayant été accordée.
Son avocat, venu hors de la capitale, avait quitté l'Ouest très tôt pour éviter un éventuel renvoi et donc des désagréments. La dame, elle, était assistée de Maître Mohamed Djediat, l'avocat d'Alger-Centre qui avait concocté un plan d'attaque à la mesure des...attouchements dénoncés avec force et dégoût par la patiente... impatiente de faire éclater la vérité sur le véritable dentiste qui se taira dès le début, se contentant de répondre aux questions de la présidente par: «Oui, madame la juge» ou «non, madame la présidente», alors que la victime gigotait en marmonnant des bouts de syllabes lesquelles, collées les unes contre les autres et donc la morale n'aimerait pas que l'on donnât ici les syllabes de feu qui peuvent constituer un délit contre la victime et ce, devant une assistance nombreuse car la juge ayant bien lu le dossier, a trouvé que le huis clos n'avait pas sa raison d'être.
«Je préviens les amateurs de sensationnel que ce dossier n'a rien d'un téléfilm pour voyeuristes. Selon la victime, il y a eu un écart dans le langage», avait articulé la présidente vigilante, mais décidée à laisser le cours des débats serein et cool, histoire peut-être de dédramatiser les faits que Maître Djediat désignera sous le vocable de «dangereux!». L'inculpé, lui avait au début, bien regardé la victime debout avant que la magistrate ne lui demande de ne regarder que le tribunal.
«Ici, ce n'est pas un salon de thé où les gens se regardent, discutent, rigolent, sirotent un jus! Ici, c'est le tribunal seul habilité à poser des questions qui attendent des réponses sans aucun commentaire!» tonne la juge qui invite d'abord l'inculpé à raconter ce qui s'est exactement passé sur le fauteuil dentaire lundi dernier. Le docteur bat des cils, lance un regard plein d'interrogations avant de préciser que sa patiente a eu des arrière-pensées et que...
«Ce n'est pas vrai, vous m'aviez demandé d'écarter, pas mes mâchoires, mais...mes genoux alors que j'étais en pantalon...» coupe Chahrazed qui est elle-même vite interrompue par la magistrate visiblement fâchée d'avoir perdu la police de l'audience durant 23 secondes:
«Eh, vous! La victime. Attention! Votre statut ne vous permet pas de parler sans l'autorisation du tribunal. Je ne vais pas répéter. C'est clair?» balance la juge qui était presque ravie d'entendre la victime répondre un «Oui, madame la présidente. Je m'excuse!»
Affalé carrément dans le fauteuil du ministère public, le jeune procureur suit les débats en silence car il n'a, à défaut de questions pertinentes à poser, que la solidarité du siège i-e puisqu'il va réclamer une peine sévère considérant le dentiste comme s'étant comporté, lui l'universitaire diplômé, comme une...carie noire à déraciner par n'importe quel moyen.
Maître Djediat, lui, pour la partie civile s'évertuera à anticiper sur la plaidoirie de son confrère:
«Madame la présidente, mon honorable confrère va mettre en avant l'absence de témoins et autres blessures occasionnées lors de la probable petite rixe qui s'est produite au moment où ma cliente avait voulu se dégager du fauteuil du cabinet et même du quartier. Il y a eu indécence. Il lui a demandé d'écarter ses genoux. Nous réclamons cent millions de centimes en guise de dommages et intérêts» a récité sans ponctuation le défenseur dont le cou, le front et la nuque dégoulinaient sous les tonnes d'humidité tombant d'un ciel brumeux comme jamais cette saison.
Et lorsque Maître Djediat sue, c'est beaucoup plus la passion dans le verbe que cette sacrée et agaçante humidité. Le dentiste lui, était dans ses petits souliers tant l'évidence des faits avait été démontrée par le défenseur heureux tout de même du sursis infligé à l'inculpé.
Quant à Chahrazed, elle avait voulu une peine d'emprisonnement ferme pour apprendre à ce dentiste qui a pour vocation la caresse des mâchoires, des gencives et des dents, pas des... genoux! La présidente, la mine épanouie, était plutôt heureuse d'avoir vu ce procès arriver à bon port. Ah! les sous-entendus et leurs cousins germains, les arrière-pensées!

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