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Misère et double peine...

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Deux jeunes mettent leur forfait sur le compte de la... misère! Misérable argument, oui!

Abderachid et Ali M.sont pris cagoulés à l'usine vers une heure du matin alors qu'ils s'apprêtaient à s'emparer des micro-ordinateurs. Le propriétaire et ses enfants faisaient le guet lorsque le délit allait être consommé...Mais les deux inculpés ont une autre version. Follow-me:
L'histoire et sa version données par Kamel S. un grand patron au grand coeur, mais d'une cupidité sur le plan fric déconcertante. Il ne souffre pas de perdre un petit centime.
Kamel S. est un patron d'usine à Benchoubane, ce bon vieux bourg de Rouiba (Alger), qui a déjà fait l'objet de plusieurs vols. Il décide alors de prendre la sécurité de son bien en main. Il organise des rondes, des «permanences» même avec l'aide de ses enfants, nonobstant le fait que si les rondes des policiers ont dissuadé les maraudeurs des nuits noires...Une embuscade est en place, une belle soirée d'hiver, deux jeunes cagoulés entrent comme au hammam en vue de s'emparer des micro-ordinateurs et autres matériels onéreux, bons pour la revente. Manque de pot, le boss de l'usine et ses enfants étaient là. Lumière! les deux gus sont pris, ligotés sans être humiliés. On fait appel aux gendarmes dont la célérité est à louer. L'enquête est vite ficelée. La présentation est aussi rapide. Les aveux sont là. Enfin des aveux, si l'on peut écrire ainsi. A la barre devant la juge du coin, les deux détenus donnent une autre version des faits: «J'ai demandé l'autorisation au gardien de passer la nuit en sa compagnie à l'intérieur de l'usine» dira Ali M.le premier inculpé de tentative de vol, sans convaincre personne. Par ailleurs, toutes ses déclarations s'entrechoquaient.
«Cet homme nous en veut car il a été plusieurs fois victime de vols. Et puis son gardien ne m'aime pas», a déclaré Abderachid second inculpé que Madame la juge a rappelé à l'ordre pour le ton employé dans ses réponses. Madame invite prestement, la «procureure» du jour à requérir une lourde peine de prison en s'appuyant sur le fait que la tentative de vol est assimilée au vol car «l'intention vaut l'action». L'article 350 dispose que: «Quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol et puni d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de 100.000 DA à 500.000 DA. La même peine est applicable à la soustraction de l'eau, du gaz et d'électricité.
Le coupable, peut, en outre, être frappé pour un an au moins et cinq au plus, de l'interdiction d'un ou plusieurs des droits mentionnés à l'article 9 bis 1 et d'interdiction de séjour dans les conditions prévues aux articles 12 et 13 de la présente loi.
La tentative du délit prévue à l'alinéa précédent est punie de la même peine que l'infraction consommée».
Comme nous pouvons le constater, la loi n°06-23 du 20 décembre 2006 portant article 350 et alinéa 3 concerne l'affaire du jour.
Les deux inculpés sont carrément cuisinés par cette juge de fer décidée à ne rendre que justice, même si les deux jeunes n'avaient pas d'avocats, leur statut de démunis ne leur permettant pas de se payer deux conseils. Ils devront donc méditer leur forfait, commis selon Abderachid en plus sous l'effet de la....misère.
Et comme c'est devenu de nos jours une sale habitude, la victime se désiste sur le plan civil et joue le rôle imparti du ministère public. Il demande au magistrat d'infliger un châtiment exemplaire. Madame se mordille les lèvres avec une folle envie de lui lancer un sec: «Ça va,. Ça va. Vous avez peut-être le droit de ne pas demander des centimes en guise de réparation mais vous êtes prié de ne pas usurper la fonction de la parquetière seule habilitée à effectuer des demandes.» Et heureusement que ce n'est là qu'une simple supposition, car une Nassima Saâda ou Malika Djabali l'aurait dit, haut et fort.
Les deux malfaiteurs sont effondrés. Pris en flagrant délit en cagoule, confondus, ils écopent de deux peines de prison ferme assorties d'une amende. C'est la représentante du ministère public qui est la plus sereine et pour cause représentant la société, donc la victime qui s'est, elle, désistée...
Ce qui avait d'ailleurs poussé Maître Mohammed Djediat, l'avocat assis à nos côtés de souffler: «C'est vrai, toute victime a le droit de se désister mais ne peut enfiler la robe noire du ministère public, sinon, où va-t-on avec ce genre de partie civile?» martèle-t-il sous sa moustache tracée à la manière d'Antonio Banderas, alias «Zorro»?

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