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Les bévues du tribunal

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Il est heureux et salvateur que le législateur ait prévu l'appel en vue de redresser les bêtises de la première instance!

Deux prévenus de conduite en état d'ivresse suivie de dégâts matériels appartenant à la Dgsn. Rien que cela. Le premier avait un taux d'alcoolémie d'un gramme et quelques. Il a été mis sous mandat de dépôt et écope d'une peine «symbolique» d'emprisonnement. Le second, deux grammes et des poussières, est en liberté provisoire.
Notez encore une fois les inadmissibles ratés des enquêteurs relevant de la police judiciaire! Le jour de leur comparution à la barre devant la chambre correctionnelle, les deux compères sont déjà debout. Le premier, avec le statut de détenu, le second, libre, les mains dans les poches, mais avec une amère obsession: récupérer au plus vite son permis de conduire, et rien d'autre.
En face d'eux, une présidente chevronnée les regarde avec effarement comme pour vouloir «brûler des pneus sur la chaussée».
«Alors, le un gramme et des poussières est en taule et celui de plus de deux grammes est dehors! Voyons ça de plus près!» dit-elle en lançant un regard plus que réprobateur en direction de la jolie parquetière entrée dans ses petits souliers car la remarque faite au public concerne le ministère public.
Le premier prévenu explique ce qu'il veut bien dire à la justice. Il se plaint d'avoir joué avec l'idiotie et dit avoir amèrement regretté d'avoir conduit en état d'ivresse. «Boire ou conduire», dit l'adage des sages...
«Si je comprends bien, vous ne regrettez pas d'avoir bu? Tenez, je vais vous faire plaisir en vous rappelant que la loi ne punit pas les partisans de Bacchus, mais elle frappe très fort ceux qui s'abreuvent abondamment et prennent le volant. C'est comme ça! Et vous devez le comprendre une bonne fois pour toutes», et d'ajouter l'oeil vif et grand ouvert: «Tenez, l'exemple vient des étrangers qui opèrent dans notre pays. Ils sortent les week-ends, ils prennent des «cuites en technicolor» mais prennent la précaution de confier le volant à un chauffeur sobre. C'est simple. Et nous n'avons jamais un conducteur étranger poursuivi pour conduite en état d'ivresse!», dit encore sentencieusement la fantastique juge du siège encadrée de ses deux vieux conseillers attentifs.
C'est ainsi que cette présidente s'était vite aperçue d'un couac: le prévenu qui avait été pris avec un taux d'alcoolémie de plus de deux grammes était debout avec le statut de prévenu libre et celui d'un gramme et des gouttelettes, dans le box.
Et comme si elle voulait s'arracher les cheveux teints en châtain clair, la magistrate n'avait pas voulu trop s'étaler avec le détenu visiblement gêné de protester contre les conditions dans lesquelles il avait été interpellé, entendu et enfermé.
Il reste entendu que les deux prévenus avaient compris que dans notre pays, boire n'était pas un délit. Mais boire et s'emparer du volant l'est et fortement, ce que la présidente de la chambre correctionnelle n'a pas voulu crier par-dessus le pupitre. C'est le dépassement commis par le juge de la première instance qui n'a pas appliqué la loi avec l'auteur du deux grammes et quelques.
C'est dire si les mauvaises langues ont raison de parler de justice à deux vitesses. Et quand bien même un citoyen évoque la corruption, le copinage, l'interventionnisme, il aurait raison même si pour le commun qui connaît nos lois, ce n'est pas évident. Ça peut être un étourdissement, une idiotie, un raté du magistrat du siège de la première instance. De toutes les façons, le parquet était là. Il a interjeté appel et voilà le prévenu libre qui a été mis sous mandat de dépôt à l'issue des débats et le premier, le sursis.
Le comble de l'ironie, c'est l'insistance de l'avocat à récupérer coûte que coûte le permis de conduire!
«Maître, soyons raisonnables! Réfléchissons un peu. La cour refuse de restituer le document à un amateur, copain, fan de Bacchus. Deux grammes, cela fait deux ans. Il n'aura qu'à méditer et je refuse de perdre le sommeil si le permis était dans la poche de votre client lorsqu'il aura payé sa dette à la société. Je préfère que lui ne dorme pas. C'est équitable!» a tranché la juge félicitée le lendemain à la résidence du magistrat du Val d'Hydra par Abdelhalim Bezaoucha, le juge de Tizi Ouzou, venu à un séminaire régional des magistrats dans le cadre de la formation continue via la visioconférence généralisée par le team de Akka, le dynamique directeur de la modernisation.

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