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Le verdict du destin

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Le père de famille tunisien a vu son véhicule basculer sur la route. Son beau-frère y est resté... Le destin!

Jebrane est un Tunisien qui vit en Algérie avec ses compatriotes dans la Mitidja. Il a une voiture. Il lui arrive de sillonner l'axe Dar El Beïda - Zéralda ou encore Douéra - Douaouda histoire de voir du pays.
Un beau jour, il avait à ses côtés son beau-frère. Il avait auparavant, «vidé» quelques bouteilles d'alcool. La route est droite. Elle est même bien «roulée». Le goudron noir le grise. Il appuie sur le champignon. L'excès de vitesse que combattra son avocate Maître Akila Teldja Drif qui dit:
«Nous n'avons pas le constat des gendarmes pour ce qui est de l'excès de vitesse car ces mêmes gendarmes avaient prélevé 1,66 g d'alcool dans le sang» a murmuré presque l'avocate d'Alger-Centre. Abdelhak Nouri, le juge, réputé comme frappant fort, lui rappelle le chapelet de délits qui lui ont amené 5 ans ferme par défaut avec un mandat d'arrêt à l'appui. C'est dire que cette griffe d'acier frappe! Amine Sahel, le jeune procureur, revenu d'une blessure au poignet à la suite d'un accident de la circulation, il y a un mois (oui, c'est arrivé même à un magistrat!) suit les débats avec beaucoup d'émotion, surtout au moment où la maman de Jebrane, l'inculpé, avait été priée par l'officier de police de quitter la barre où elle n'avait rien à dire car elle n'était pas dans la voiture au moment de la cata. Ah! ce foie qu'est l'amour filial et même maternel, car Jebrane après une dizaine de jours en détention - mandat d'arrêt vidé! - avait paradoxalement retrouvé la paix au moment où il s'était rendu au parquet dès qu'il avait entendu parler de mandat d'arrêt. Et pour le Tunisien qu'il est, on ne joue pas avec le... gouvernement!
Dans la salle d'audience, il y avait pas mal de femmes dont certaines portaient un bébé bien emmitouflé car le courant d'air à Koléa est roi. Des chuchotements, puis des murmures au moment où Nouri dans un très bon jour, insista plutôt sur les subsides d'après le procès, car lorsqu'il y a mort d'homme à la suite d'un sinistre, c'est Dame assurance qui est sollicitée après la première dame: la justice.
La veuve qui était la belle-soeur de l'inculpé répondit juste après avoir regardé Maître Azzedine Gasmi son avocat qui n'interviendra que deux fois.
«Oui, je lui pardonne, car c'est ma destinée. Et puis ils étaient en plus des frères et chez nous en Tunisie, comme chez vous, le pardon est crucial dans ce genre de destinée. Oui, monsieur le président. Il est tout pardonné car il souffre comme nous la disparition de mon époux»: «avait articulé la veuve face au juge excellemment disposé à l'écoute avec un rôle pourtant pas si facile que cela surtout que les débats n'avaient débuté qu'à 10h10? heure d'arrivée des détenus qui auraient dû être au box à...9h.
Passons! ces «trucs» arrivent tous les jours et partout...Revenons aux débats dominés par l'émotion. Une tonne d'émotions fortes surtout au moment ou Maître Drif, pour convaincre le juge qu'il n'y a jamais eu d'excès de vitesse du seul fait que le véhicule a été retrouvé en pleine chaussée sans avoir buté contre les clôtures qui s'y trouvent.
«Oui, mon client était certes en état d'ivresse, vu le 1,66 g relevé par les gendarmes mais point d'excès de vitesse. C'est pourquoi, Jebran mérite largement les circonstances atténuantes dans ce triste et regrettable dossier», avait mâchonné Maître Drif-Teldja qui a dû remarquer que Abdelhak Nouri, le président n'avait soufflé mot autour de l'état du passager décédé... C'est dire qu'il a dû penser que les deux beaux-frères étaient gais au moment du sinistre. Elle a dû aussi pousser au pardon de la veuve et des membres de la famille venus en nombre, histoire de constater si le procès allait se dérouler normalement. Ce qui explique les renforts de la Dgsn avant et pendant l'audience. Heureusement que les Tunisiens sont connus pour leur sang de lézard vert! L'avocate avait rendu hommage aux membres des deux familles qui avaient compris que le destin est incontournable. «Mon client n'a pas cherché à causer mort d'homme. Non! A la limite, la défense défie les enquêteurs d'étaler la moindre preuve que Jebran roulait à grande vitesse, car nous avons pour notre part, la preuve qu'il n'y a jamais eu d'excès de vitesse. Lorsqu'on voit le croquis et la position du véhicule. Pour terminer, nous réclamons les circonstances atténuantes les plus larges et l'indulgence du président que la loi pousse à plus de mesure au moment de la mise en examen!» a récité, émue, Maître Drif qui retrouvera des couleurs une semaine plus tard, le verdict somme toute logique qui est une peine d'emprisonnement de six mois assortie du sursis car, vous l'aurez compris, un accident de la route peut arriver à n'importe qui, pas seulement à ceux qui emboîtent le pas aux fans diabolisés de Bacchus...

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