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C'est qui le voleur?

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C'est devenu une tactique infaillible. Un suspect donne le nom d'un voleur ou son prénom qui ne sont, généralement, que des pseudos!

Le jeune juge du mardi de Bir Mourad Raïs (cour d'Alger) n'a pas eu beaucoup de mal à suivre de longs et pénibles débats tournant autour d'un vol (article 350 du Code pénal) et qui a vu un inculpé nier malgré le relevé d'empreintes par la police scientifique. Le jeune défenseur s'accroche désespérément sur la culpabilité d'un autre individu et non son client, il tentera de faire avaler au juge «sa» vérité. Foued, le procureur ne veut rien savoir. L'avocat du détenu dont les empreintes digitales avaient été relevées par la police, met le délit sur un certain Abdelkrim qui avait été pris, lui, en flagrant délit, entendu et condamné à une année ferme dont six mois assortis du sursis. Le juge ne suit pas les arguments du jeune défenseur bilingue qui a tout entrepris pour expliquer le raté des enquêteurs et l'inattention du parquetier de permanence, le jour de la présentation où il avait été inculpé de vol par effraction.
Maître Ali Boubria a longuement expliqué qu'il était temps en plein cheminement de la réforme que le ministère public cesse de suivre - un bandeau sur les yeux - les conclusions des éléments de la police judiciaire dont les efforts quotidiens sont à louer. Au cour de sa détaillée plaidoirie, l'avocat avait réussi le tour de force de capter l'attention de Belalta et de Foued, le jeune représentant du ministère public qui devait méditer sur les paroles glacées, mais non blessantes, du défenseur de la rue Parnet de Hussein Dey (Alger).
Paroles glacées, car la nouvelle génération d'avocats ambitieux a apporté avec elle de nouvelles traditions saines comme le faisaient à leurs débuts, Maître Nouredine Benissad, Maître Arezki Ramdani, Maître M'hamed Yahia-Messaoud, ou encore Maître Nora Ould El Hocine Chelli, Maître Mohamed Djediat et surtout Maître Ouahiba Dehidah, l'avocate blonde du 1er-Mai. Oui, cette génération ne prend plus de gants pour appeler un chat: chat! Et cela donne un souffle salvateur à la mission des robes noires qui se sont toujours plaintes de dysfonctionnements nés d'incompréhensions entre les juges du siège et les plaideurs. Mourad Belalta est conscient que, depuis qu'il entend des inculpés, il n'a jamais connu d'os en cours de route. Le juge sait où il va et ce qu'il doit faire devant tout dossier bien étoffé. Il est encore plus à l'aise lorsque les débats sont sereins. Il a horreur des cris, des exclamations et autres incidents d'audience qui ne servent point la justice et les justiciables, surtout que dans cette affaire, on évoque les empreintes digitales. Avec la modernisation, on ne pointera plus l'index en direction de Rostomia (ex-Châteauneuf) et son laboratoire qui a envoyé en enfer des dizaines d'innocents avec, à leur tête Merzouk Dridi, l'ex-directeur de l'Ecole de police!
Il fallait le faire! Expédier le «paternel» en taule pour deux ans! Mais ces situations relèvent d'une autre ère. Celle de Tayeb Louh ne permet plus d'écarts, ni de ratés, ni encore moins d'entourloupettes! Maître Ali Boubria, qui a été durant son stage, à la bonne école, sait ce qu'il doit faire lorsqu'il a en face l'imprévu... c'est pourquoi tout en usant d'une subtilité qui a consisté à comparer les travaux de la police scientifique et ce, d'autant que ce «Abdelkrim» ne sera jamais trouvé, présenté, jugé, confronté et condamné. Oui! Abdelkrim, Djamel, Moundhir, Adel, Chérif sont des prénoms donnés lors des présentations et curieusement, personne n'ose donner le nom de famille ni même les vrais prénoms, car ceux jetés en pâture ne sont finalement que des pseudonymes. Or, ce mardi, Belalta, le président, n'était pas prêt à entendre des sornettes sachant que tout avocat use de tous les moyens raisonnables pour convaincre le tribunal ou la cour.
Or, Maître Boubrioua a été formé par l'immense membre du Conseil de l'ordre d'Alger, l'élégant et compétent Maître Arezki Ramdani qui demeure d'ailleurs l'un de nos meilleurs lecteurs. Et lorsque le président de la section correctionnelle du mardi refuse d'avaler des vertes et des pas mûres, il tape fort et souvent très fort. Pour le tribunal, Mustapha Chenene, 24 ans, est bel et bien coupable de vol par effraction, article 350 du Code pénal qui dispose (dans la loi 06-23 du 20 décembre 2006): quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol et puni d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de 100.000 à 500.000 DA. La même peine est applicable à la soustraction frauduleuse d'eau, de gaz et d'électricité.
Le coupable peut, en outre, être frappé par un an au moins et cinq ans au plus, de l'interdiction d'un ou plusieurs des droits mentionnés à l'article 9 bis 1 et d'interdiction de séjour dans les conditions prévues aux articles 12 et 13 de la présente loi. La tentative du délit prévue à l'alinéa précédent est punie des mêmes peines que l'infraction consommée. C'est à travers les durs termes de cet article de loi que le juge décide et se basant sur les demandes de Foued, le représentant du ministère public d'infliger
- un an ferme pour vol par effraction - preuves à l'appui: le procès-verbal de la police scientifique dont les jeunes éléments savent s'y prendre avec les empreintes digitales. Et avec un tel document, n'importe quel magistrat du siège marche les yeux... bandés! Maître Ali Boubrioua, en défenseur avisé, décide, en concertation avec le frais condamné, d'interjeter appel.
Evidemment, pour ne pas changer, le parquet suit l'inculpé qui n'aura pas à «jouer» tout seul au Ruisseau où il n'est pas toujours facile de s'en tirer. L'aisance d'un Regad, d'une Djebari, d'un Bekri, d'un Sellam Ouchen, d'un Amrani, d'une Guerfi, d'une Ghedar ou d'un Benkharchi donne des ailes aux conseillers tels Nadia Amirouche Osmane, Rafika Mouheb, Brahimi, Ahmed Oussadi qui avance vers le siège de président et surtout rassure Abdi, le président de la cour et El Hachemi Brahimi, le procureur général venu dans l'univers de la place Emiliano-Zapata, prouver à Tayeb Louh qu'il peut compter sur leur expérience pour élever le niveau de tous et dans les cinq tribunaux: Bab El Oued, Sidi M'hamed, Hussein Dey, El Harrach et Bir Mourad Raïs où exercent des talents sûrs...
Et tant que ces magistrats veillent au grain, les oiseaux de mauvaise augure ne peuvent tournoyer au-dessus des têtes de milliers de citoyens affairés à suivre les réformes profondes en vue de voir enfin une vraie justice forte, indépendante, délicieuse à souhait. Et si par hasard, cette chronique tombait sous les yeux de Tayeb Louh, qu'il sache que «l'optimisme est de rigueur, mais qu'il ne faut pas baisser la garde. Non!» Jamais, en aucun cas! Et Foued Gherras, Belkacem Hamid, Zahia Houari, Halim Boudra, le procureur en titre, Ali Maârich et Noureddine Kassem, ces parquetiers de la plus importante juridiction du pays, le savent et sont sur leurs gardes...

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