En coup de vent, Satan...

Si le diable était partie civile, il aurait demandé des milliards en dommages pour tout ce qui se fait en son nom...

Mouloud et Oum El Kheir vivent en concubinage. Ils habitent à Bouzaréah. Oum El Kheir est aisée. Elle a une agence immobilière. Mouloud est chômeur et porté sur la «bouteille». Il boit, boit et boit.
Et le jour du drame, à 5 heures du matin, il était ivre. Il se bat avec sa compagne qui est, dit-on, dans son entourage, agressive, nerveuse, malade. Le ton monte, les insultes fusent. Mouloud appelle son copain pour l'éloigner de cette «bête féroce». Il sort. En cours de route, le portable grésille. Les insultes fusent de part et d'autre et puis Mouloud s'écrie: «Ramène-moi à la maison.» Et là, le drame se produit. A l'aide d'un morceau de faïence long, effilé, pointu, car provenant d'une soucoupe à fruits, il frappe, frappe, frappe. Plus de 34 coups: de la tête aux pieds en passant par un oeil, une jambe et la poitrine. Oum El Kheir succombe à ses blessures. Au commissariat qu'il regagne après avoir fait le «ménage» d'après la dispute, il prétend qu'elle s'est... suicidée avant de changer de version qui sera vite effacée pour une autre qui ne tient pas debout, avant de revenir à l'accident. Une chose est certaine, Oum El Kheir est morte à la suite des nombreux coups d'arme blanche. Puis, c'est l'instruction qui prend deux années. A la barre, Mouloud cherche les circonstances atténuantes devant un Abdenour Amrani qui a l'impression de «déjà-vécu» comme situation. Tous les débuts seront un drame. Le frère de la victime s'emportera et le président prie les gars de la Dgsn de l'accompagner du tribunal place Emiliano-Zapata du Ruisseau pour troubles à l'audience. Saâd Delhoum, le greffier a lu intelligemment l'arrêt de renvoi.
Au cours de sa plaidoirie, l'avocat a regretté que l'accusé ait longtemps planté d'autres coups de lame dans l'aine après avoir enfoncé un morceau de faïence dans le corps de la défunte «si elle était encore de ce monde, vous auriez, monsieur le représentant du ministère public, annoncé le mandat dé dépôt à son encontre», a sifflé le défenseur qui a rappelé que la défunte était propriétaire d'une agence immobilière, qu'elle était aisée et effectivement avait bon coeur contrairement à son «ex-compagnon» qui est un récidiviste, un «fan de Bacchus» et surtout un dribbleur, car devant la police, il a déclaré qu'elle s'était suicidée avec un morceau de faïence d'un plat à fruits et encore qu'elle criait, qu'elle le griffait, qu'elle le battait, qu'elle a tenté de l'agresser et tutti quanti. Et Maître Bouchina d'effectuer une belle chute.
En revenant au dossier, le témoin, son collègue, a déclaré que lorsqu'il était avec eux, ils s'insultaient réciproquement en cours de route.
Non! Juste après, il lui a demandé de retourner à la maison en cessant le tir nourri via le portable d'insanités dégueulasses.
«Il est retourné pour se débarrasser définitivement de Oum El Kheir, sa compagne. Il a prémédité son coup. Il l'a tuée après avoir tout brisé à la maison, car la dame ne pouvait en aucun moment briser ce qu'elle a acheté à prix fort. Et puis, les coups portés et relevés par le légiste prouvent l'acharnement frisant la «folie meurtrière». «Oui, elle est morte lardée de coups portés avec une puissance digne d'un mâle fort et... ivre-mort!» Mais Houcine Bouchina, l'avocat de la partie civile concernant un crime que l'auteur a présenté comme des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner (article 271 du Code pénal) avait posé au présumé assassin une question sur la relation entre la défunte tuée d'un coup de morceau de vase brisé et l'accusé ainsi que les problèmes nés de cette relation. L'accusé répond avec «vigueur» et gestes que le président Zebouchi désapprouve «Accusé, ici, nous rendons justice. Il faut le faire dans la sérénité», murmura le président car il avait soulevé l'hilarité en déclarant qu'il la voyait souvent en rêve! Cet aveu si l'on peut dire, a fait non pas sourire Maître Bouchina, mais plutôt une moue qui en dit long sur sa plaidoirie.
Le frère de la victime est déboussolé, car deux ans après le drame, il semble ne pas avoir oublié et était entré dans le domaine de l'avocat. Il est arrêté net par le président qui ne veut pas que le bénéficiaire d'un statut piétine les procédures. Le frangin revient à de meilleurs sentiments et sur la tragédie qui a vu sa soeur être assassinée par son compagnon sur lequel il tombe à bras le corps. «Il a vécu sur sa petite fortune et son bon coeur!» a-t-il dit. Les membres du tribunal criminel et Ali Marich Mohamed étaient toute ouïe.
L'émotion était à son comble. L'accusé suivait silencieusement, surtout lorsque l'avocat avait stigmatisé l'absence de pourvoi dans la demande de requalification des faits par la chambre d'accusation.
«Le parquet est libre!» rétorque le président et l'avocat a soulevé l'encombrement des dossiers au niveau de la Cour suprême. Maître Bouchina revient à la scène de crime et les suites entreprises par l'accusé qui a tout arrangé avant d'alerter son ami sur ce qui venait de se passer.
Le procureur général allait emprunter le même tronçon que son aîné d'avocat et insistera sur le coup à la jambe porté, tout en déplorant que l'accusé dise qu'elle se défendait. «Oui, elle se défendait avec les membres supérieurs. Pas la jambe!» martèle Ali Marich Mohamed qui requiert la peine de 20 ans de réclusion criminelle pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Maître Mehdi Ameur, pour l'accusé, s'emporte en déclarant tout de go que le crime avec préméditation n'a pas de place ce lundi.
«Le tribunal criminel ne peut retenir que les débats de cet après-midi. C'est le crépuscule, certes, mais le dossier n'est pas si noir, c'est le destin», mâchonne le défenseur qui lit un passage des déclarations du frangin expulsé par le président qui prie le défenseur de lire que «la défunte, selon son frère Abdelghani, était nerveuse et difficilement maîtrisable par sa mère...».
A l'issue de longues délibérations, Mouloud, l'assassin «non calculateur», écope de neuf ans d'emprisonnement ferme pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l'intention de la donner.