Une victime sous cachets...

Comment se fait-il que le tribunal avait ignoré que la victime était sous psychotropes? oui, comment?

Le trio de magistrats de la neuvième chambre correctionnelle d'Alger a beau accélérer le rythme des audiences, rien n'y fait. Les rôles plutôt monstrueux font que les débats sont souvent tronqués faute de temps ce qui pousse aussi souvent certains présidents de chambre tels regad Mohamed, Amar Benkharchi ou encore Nadia-Marianne Ghader à aller vers «Par conséquent» en direction d'avocats qui adorent broder sur du satin bleu.
Abdenour Amrani, ce vieux routier du pénal n'a pas ce tic. Tout comme son «guide et maître» Boualem Bekri, il prend son temps dans l'écoute des interventions.
L'affaire du jour venant du tribunal de Sidi M'hamed Alger et portant sur les coups et blessures volontaires ayant causé huit jours d'incapacité et à l'aide d'un objet contondant (on ne précise jamais de quoi il s'agit mais enfin...) était devant Amrani Rachid Abdessalam et Saïd Brahimi les prévenus Fatiha N. Hichem Kh. et Fatima Zohra N. sans professions et âgés de 34, 40 et 22 ans n'ont pas eu de mal à nier totalement l'agression contre Khalida Temime (Amrani avait cru que Khalida était une... femme! car à Sidi M'hamed Alger, Fatiha N. et Fatima Zohra N. ont écopé de six mois d'emprisonnement ferme et dix mille dinars d'amende, alors que Hichem a eu un sévère six mois ferme et dix mille dinars d'amende et donc ont interjeté appel pour prendre cette fois un seul conseil, celui de Patrice Lumumba toujours refusant de tendre le cou au parquet. En effet, arrivant sur la plante des pieds, la pipe sur la commissure des lèvres,
Me Mohamed Djediat a dû vider sa pipe avant d'entrer au siège de la cour d'Alger, sise pLace Emiliano Zapata - Fernane Hanafi (ex-Vauban) du Ruisseau, un lieu connu désormais par tous les Algérois.
Et une fois dans la salle, il s'assit près de ses jeunes confrères l'élégant Me Arezki Ramdani, l'extravagante Me Khadija Meslem toute auréolée du titre de Dr Meslem, ainsi que Me Abdelhamid Aïssani et Me Hassiba Boumerdassi, Me Younsi Soraya magistralement installée.
La fin de l'année approchant à grands pas de géants, les avocats sont pressés de liquider les «chemises» de 2015 voire de 2014 car au train où va la justice, les dossiers s'accumulent quotidiennement et la justice est rendue dans une juridiction de...2003 qui ne peut donner que ce qu'elle a.
Et comme la justice est une très belle dame, on comprend le désarroi de Me M'hamed Yahia Messaoud qui a déjà deux procès renvoyés à l'année prochaine... soit pour le... 4 janvier 2016! Et comme la justice est une, les débats de 2016 ressembleront à ceux de 2015, 2014, 2013 et avant... A la barre, Amrani s'adresse à Fatiha N.: Prévenue, aviez-vous ou non agressé Khalida? Et S.V.P. Répondez sans méandres ni dribbles.
-Non, monsieur le président, je repousse avec force l'inculpation. Je n'ai jamais frappé cet homme qui est un parent proche (beau-frère).»
Le président se tourne vers Fatima Zohra et repose la même question et obtient les mêmes réponses. C'est au tour de Hichem qui va presque sangloter surtout que la victime Khalida Temime n'avait pas pris la peine de se déplacer et réclamer réparations.
Amrani avait une idée sur ce dossier et se tourna vers Naïma Amirat, la procureure générale de l'audience pénale qui a réclamé l'aggravation des peines sans ton ni teint. C'est alors au tour de la défense des trois prévenus à entrer en scène via l'immense défenseur d'Alger, Maître Djediat qui ne va pas inventer le fil à couper le beurre mais passer tout déjà à loffensive en prenant par le cou, l'inculpation qui reste aux yeux de la robe noire un non-événement et s'en explique: «Monsieur le président, vous avez dû avec vos deux honorables conseillers vous apercevoir que rien dans ce dossier, absolument rien ne désigne mes clients comme coupables d'une quelconque infraction. Non! Il n'y a rien. Pas la moindre preuve! Pas un seul témoin qui a vu la victime être agressée! Et puis où est donc cette victime «fantôme»? ça suffit! Si le parquet décide de suivre les yeux bandés le boulot de la police judiciaire sans prendre la précaution de vérifier les procès-verbaux des enquêteurs, nous refusons, pour notre part, de mettre des oeillères et suivre le ministère public. Non, nous ne nous tairons pas! Il y a ou il n'y a pas de délit. Il n'y a pas de demi-mesure ni de demi-peine. En parcourant les attendus, c'est du copié-collé. C'est facile de reprendre des concepts et de les placer côte à côte avant de distribuer des peines. Il est plus difficile pour le tribunal de transcrire un dispositif «chawarma» ou «tchouktchouka» qui peut éblouir un juge mais pas en aveugler trois. Vous! oui. Vous êtes assez vigilants pour ne pas laisser la justice avaler des couleuvres. Nous réclamons la relaxe, l'unique décision de ce procès. Je vous remercie pour votre patience et votre attention!» avait martelé le défenseur de Patrice Lumumba qui crachera son plus beau sourire après la relaxe de ses trois clients heureux de s'être débarrassés définitivement des six mois ferme et de l'an ferme infligés par le tribunal de Sidi M'hamed Alger qui n'est plus la meilleure juridiction d'Alger, encore moins celle d'Algérie, un pays qui rêve beaucoup de justice saine et forte. Oui, à Sidi M'hamed Alger, il n'y a plus de juges du siège à la hauteur car la «répression» le copié-collé ou l'inverse sur les jugements surtout que dans ce dossier Me Djediat avait attiré l'attention des trois magistrats et même celle de l'élégante Naïma Amirat que ses clients avaient expliqué devant un tribunal curieusement sourd que Khalida Temime n'est pas une victime mais un malade qui s'adonne aux prises de psychotropes qui lui font dire n'importe quoi. «Si ces propos ne sont pas sur le jugement, vous le savez maintenant et au cours de la mise en examen de cette triste affaire vous tiendrez compte de ces propos vifs, réels et surtout crédibles. C'est une même famille il y a des beaux-frères et belles-soeurs. Vous avez autre chose à faire.»
L'intervention a dû faire mouche car Me Djediat est connu comme étant un défenseur sobre dehors mais volubile à barre. Abdenour Amrani ce président qui n'est pas né des dernières pluies, a dû bien se concerter avec ses deux rusés et expérimentés conseillers Rachid Abdessalam et Saïd Brahimi toujours attentifs et en éveil à tout.
L'essentiel étant que justice a été rendue et malheureusement encore une fois une plainte émanant d'un malade a fait perdre beaucoup de temps au ministère public et à la justice.
La famille Khalida a vu de toutes les couleurs et tout est rentré dans l'ordre.
Ce qu'il faudra retenir c'est que le parquet général ne fasse pas cassation et encombrer la Cour suprême, dont les responsables font de leur mieux pour que ce «lieu d' exercice du droit» s'occupe de ce qui le tracasse, pas de bribes ridicules.