Sans logis et sans... vie

Un sans domicile fixe a été sauvagement agressé par deux vagabonds et c'est le moins que l'on puisse écrire!

Abdenour Amrani, le président du tribunal criminel d'Alger, était entré le matin du mardi avec plusieurs dossiers lourds, ce qui fera réagir une jeune avocate de Tipasa: «Mon défunt papa m'a toujours parlé de 'justice expéditive'' durant les années 1980. Qu'aurait-il dit aujourd'hui devant ces rôles monstrueux où tout compte fait, c'est de rendre justice dans l'exiguïté des rôles, surtout que les quatre cinquièmes des dossiers sont revenus de la Cour suprême. Pourquoi tant de pourvois? Le parquet requiert la perpétuité. L'accusé écope de 15 ans. Le parquet interjette et jette un oeil sur la cassation. C'est inhumain», dit la jeune robe noire boulerversée de voir nos magistrats peiner devant de drôles affaires. Celle de ce mardi dernier a vu trois copains, non, allons-y, écrivons «connaissances» et l'un d'eux a laissé derrière lui à Frenda (Tiaret) deux enfants en bas âge qu'il n'a plus revus depuis 26 mois. Ces connaissances veillent. Il y a du bruit, de la cigarette comme vedette, des casse-croûtes et autres sandwichs...
Et puis hop! Selon celui qui écopera de la peine de réclusion perpétuelle pour homicide volontaire, fait prévu et puni par l'article 263 (alinéa 3) du Code pénal, parlera de «choses» que la morale réprouve et donc a vu rouge et devant Abdelaziz de Frenda, jugé avec le statut de complice de meurtre, il donne une série de coups mortels: 34, comptera le légiste. Un cadavre pour rien. Aucun mobile sérieux. Il n'y a rien qui puisse justifier qu'une vie soit supprimée. La mort est devenue gratuite. On tue pour tout et aussi et surtout pour... rien, même si l'accusé principal s'est lâché derrière la morale.
En justice, lorsqu'un homme tue un autre devant un seul témoin - suspecté donc, il n'y a rien à faire, à part l'intime conviction.
Haddouche, la procureure générale, a certes balancé un rude réquisitoire pour justifier «froidement» 20 ans de réclusion, mais tant pis! Les faits étant têtus, les Ahmed Hamadouche, Abdenour Amrani et la merveilleuse Leïla Ounoughi, toujours majestueuse, ont dû, durant les délibérations, se casser la tête pour arrêter le verdict qui a vu la poire être coupée en deux, surtout que l'avocat des deux accusés était venu assister avant de se voir confier le dossier spontanément.
Les parents de Abdelaziz de Frenda étaient plutôt pessimistes, car leurs petits-enfants n'ont pas revu le papa depuis deux Ramadhan et une douzaine de fêtes... Les parents, venus de l'Ouest, n'avaient aucune idée sur la justice. Ils ont quitté Tiaret et Frenda avec cette conviction: «Il n'y a pas de justice pour les démunis et Alger est une ville 'vile'', inhospitalière et tout le tralala déversé par des personnes qui pensent que l'Algérie n'est pas un pays digne de protéger ses enfants. Heureusement pour eux, Me Amina Karaouch de Saïd Hamdine, Val d'Hydra, leur a tenu compagnie durant tout le temps des délibérations et leur a donné des chaleurs inattendues. Merci Maître pour votre gentillesse ainsi que celle de Me Billel Essoufi.
Dans la salle des pas perdus, Me Hassiba Boumerdassi attendait sur des braises le dossier dit la douane avec le faux et usage de faux sur des documents authentiques où les articles 214-219 et autre 222 couronnaient la criminelle. Malheureusement, devant l'absence des témoins, le tribunal criminel a renvoyé les débats et Me Boumerdassi retournera bredouille en son cabinet à la rue Abane-Ramdane.
Il faut dire que les deux accusés ont souffert le martyre en racontant l'atroce crime volontaire, tout en mettant en avant la légitime défense que l'avocat, désigné d'office, avait brandi. Haddouche grimacera, mais ne pliera pas. Elle requiert fort et juste. Le verdict sera plutôt équitable.
Le «Frendi» écope de deux ans ferme et son copain de «perpet» pour homicide volontaire... gratuit. Le comble dans cette désastreuse affaire, c'est que la victime était un orphelin de père et de mère, un sans domicile fixe (SDF) et l'accusé principal était aussi... orphelin, pupille de la nation. Allez arranger tout cela entre des sans-logis et sans-parents. Dans la salle, l'émotion montait à chaque question de Amrani et à chaque réponse des accusés dont le principal avait, en guise de dernier mot, articulé ce mini paragraphe: «Monsieur le président, vous me demandez de dire le dernier mot que la loi m'accorde. J'en profite pour réitérer les regrets qui me rongent malgré le satanisme de la victime. Je prends Allah à témoin et m'en remets à Lui. Je vous remercie!» Le ton de l'émotion monte d'un cran.
L'avocat désigné d'office, lui, a eu le courage d'un jeune, prié de se constituer en catastrophe et, il n'a même pas eu le temps de parcourir le dossier. Il s'est fait une idée autour des seuls débats qu'a menés brillamment Abdenour Amrani, le président, qui monte, monte, monte en notoriété. Boualem est averti et n'a qu'à surveiller ses «anges».