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A la barre les mains dans les poches

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Le malheureux auteur de conduite en état d'ivresse croyait revenir chez lui à El Biar. Or, c'est méconnaître Bourezg, ce chasseur de «partisans» de Bacchus au volant.

L'auteur de conduite en état d'ivresse avec un taux «affolant», avait quitté très tôt sa famille, espérant être de retour à El Biar l'après-midi après son passage à la barre devant le terrible Abdelhamid Bourezg, le président de la section correctionnelle de Bir Mourad Raïs (cour d'Alger).
Hélas, il n'a jamais comparu à la barre et encore moins devant Bourezg dans une forme éblouissante ainsi que Noureddine Kassem, le parquertier très frais et dispos ce mercredi... gris
Le pauvre inculpé libre ignorait tout des procédures. D'abord, il n'avait pas pris soin de constituer un conseil dont l'absence sera déterminante pour la suite du procès. Ensuite, il ne savait même saisir les questions du juge pas indulgent du tout envers les fans de Bacchus qui osent prendre le volant et donc, ignorait tout de la loi qui punit les conducteurs en état d'ivresse. Le président ouvre les hostilités par cette question:
«Quel âge avez-vous?, articule le juge brun.
- 50 ans passés! répond, sans ton, l'inculpé qui va devoir supporter le petit prêche du mercredi dont seul Bourezg possède le secret.
- Et voilà, un demi-siècle après votre naissance, vous consommez de l'alcool. Remarquez, la loi ne punit pas l'état d'ivresse. Non! Jamais. Elle punit celui qui boit et prend le volant.» Et alors là! C'est une volée de bois vert qui se déversera sur la face défaite de l'inculpé qui entend à haute voix le magistrat continuer son menu prêche.
«Et puis qu'est-ce qui vous prend de laisser votre famille à minuit et de prendre le volant dans un état que seuls les policiers et le taux d'alcoolémie ont pu constater. Et puis, vous n'avez pas honte?
Lorsqu'on a une famille et un bébé au milieu, ne fait-il pas meilleur à la maison? Qu'est-ce qui vous a pris de boire? C'est insupportable comme situation!», avait articulé, les traits nets, le juge qui regarde en direction de son parquetier. «Pas de questions?» continue-t-il. Kassem dit non de la tête, des épaules et du port en un seul mouvement.
Bourezg prend alors le taureau par les cornes et revient sur les mauvais comportements tout en se demandant pourquoi avec un tel taux relevé, le gus était encore en liberté.
Le regard du magistrat laissait deviner les intentions envers l'adepte de Bacchus qui va peut-être ne jamais devoir oublier sa comparution en ce début février 2016 au lendemain de l'énoncé du verdict de Sonatrach 1, un procès à oublier au plus vite, car, outre son cortège de cauchemars vécus par les accusés et pour certains, l'incarcération allant jusqu'à 6 ans de «préventive», il faudra oublier dans la foulée les désagréments de la «mère nourricière» du peuple algérien dont de valeureux cadres ont été carrément brisés. Passons!
Le juge de Bir Mourad Raïs, lui, se basera sur la loi en vigueur, en l'occurrence celle de l'ordonnance n°09-03 du 22 juillet 2009 modifiant et complétant la loi n°01-14 du 19 août 2001 relative à l'organisation, la sécurité et la police de la circulation routière.
Et Bourezg a dû puiser dans les termes de l'article 74, un article qui consacre de lourdes peines pour réprimer l'état d'ivresse (au volant) qu'il définit comme étant un état se caractérisant par la présence d'alcool dans le sang à un taux égal ou supérieur à 0,20g par 1000 ml.
Sur ce, il débute l'écriture du dispositif en prenant soin de jeter un oeil au policier debout au box qui se déplacera à la barre juste derrière l'inculpé libre qui venait de saisir la gravité de ce geste.
Le juge condamne l'auteur de conduite en état d'ivresse à une peine d'emprisonnement ferme de un an avec mandat de dépôt à l'audience.
Il est groggy et est conduit au box où il s'assoit avant de sortir de sa poche son mobile en demandant la permission d'appeler un proche vite averti de la tuile qui vient de chuter sur le crâne de Lakhdar D. qui va devoir méditer à l'ombre son geste avant de recomparaître au Ruisseau en appel où il a peu de chance de s'en sortir... Bourezg, lui, était passé à un autre dossier d'émission de chèque en bois. Hou! la, la!

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