Où sont les empreintes?

Assez souvent, les bévues des éléments de la police judiciaire, font le bonheur des avocats. Cette fois, il y aurait une tentative de vol...

Depuis un certain temps, la routine a gagné les juridictions du centre du pays, sauf lors de la tenue des sessions criminelles où les rôles, les crimes de sang, le faux sur documents authentiques, l'infanticide, l'association de malfaiteurs en vue de commercialiser la came dure- ce qui n'est pas une nouveauté en soi- domine, avec comme cerise sur la tarte, des trios solides, expérimentés, rigoureux, pas prêts à baisser les bras devant les avocats les plus coriaces tels le bâtonnier Challat de Tizi Ouzou, la bâtonnière Ouafia Sidhoum de Bouira, celui d'Alger Abdelmadjid Silini qui avait marqué son passage lors du procès Sonatrach 1 où il représentait la partie civile.
En correctionnelle, maître Mohamed Djediat, l'avocat d'Alger continue à récolter les tonnes de sympathie à la suite de ses vives interventions, correctes et transparentes, histoire de ne pas gêner les juges. La dernière apparition en date remonte au 14 mars dernier, à une sympathique allure a laissé un goût de haute facture tant ce conseil avait bien plaidé en faveur de son client mouillé jusqu'au cou pour une grave inculpation: «Tentative de vol, fait prévu et puni par l'article 350 qui dispose 'quiconque, soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol et puni d'un emprisonnement d'un (1) à cinq (5) ans et d'une amende de 100.000 DA à 500.000 DA. La même peine est applicable à la soustraction frauduleuse d'eau, de gaz et d'électricité.'' Le coupable peut en outre être frappé pour un (1) an au moins et (5) cinq au plus, de l'interdiction d'un ou plusieurs des droits mentionnés à l'article 9 bis 1 et d'interdiction de séjour dans les conditions prévues aux articles 12 et 13 de la présente loi. La tentative du délit et prévue à l'alinéa précédent est punie des mêmes peines que l'infraction consommée.»
Il s'agit ici de la loi N°06-23 du 20 décembre 2006 de la section I: vols et extorsions - du chapitre III crimes et délits outre les biens. Seulement voilà si pour Me Djediat, l'arrestation de son client s'est faite avec beaucoup de précautions et sans violence aucune, il y a autre chose: les enquêteurs n'ont procédé à aucun relevé d'empreintes digitales. Il s'en explique: «Madame la présidente, je n'ai jamais durant ma longue carrière tenté à la barre de m'attaquer au travail des policiers. Cette fois, je regrette mais en justice, il y a des ratés qu'aucun homme ou femme de droit ne peut laisser passer. Non! Jetez un oeil sur le procès-verbal, on y lit que Djamel a tenté de forcer la serrure de la portière. Bien!
Nous suivrons l'inculpation. Ramenez-nous les empreintes sur la portière, le par-brise, et autre capot», a récité presque la robe noire du bâtonnat d'Alger qui ira jusqu'à l'exclamer, le front en sueur abondante: «Je ne vais tout de même pas avoir la prétention de vous apprendre que la Cour suprême dans certains de ses arrêts à déjà évoqué ce problème de preuves matérielles.»
La juge sourit comme si elle voulait excuser le plaideur et battit des cils avant de demander à l'inculpé de dire le traditionnel dernier mot tel que la loi l'a prévu: «Je demande la relaxe!» dit, les sourcils en accent circonflexe, Djamel visiblement outré par les 18 mois fermes réclamés par le procureur.
Maître Djediat, lui, se souviendra longtemps des trois minutes durant lesquelles le magistrat avait vainement cherché, ne serait-ce qu'un bout de papier qui aurait étalé le relevé des empreintes digitales, juste de quoi lancer en direction de l'avocat d'Alger-Centre: «Allons, allons, maître. N'accablez pas les services de sécurité. Je viens de retrouver le papillon du relevé!»
Eh bien non! Elle n'a rien trouvé et ne trouvera rien. Cela suffit pour qu'elle débute la transcription du dispositif qui s'achève pour la relaxe, faute de preuves.
Le détenu est aux anges. Le jeune procureur hausse les épaules, ce qui peut signifier qu'il n'y est pour rien ou encore songe à ne pas interjeter appel, juste pour ne pas encombrer la cour d'appel.