AFFAIRE HEND SLIMANA

20 ans de réclusion pour Salah Djamel

Avec la condamnation à 20 ans de Salah Djamel, le dernier malfaiteur de la bande qui a kidnappé et assassiné Slimana, le rideau est tombé sur le dossier noir.

Le procès d'un des assassins-ravisseurs de feu Hend Slimana, alors humble entrepreneur dans la région, a finalement eu lieu, avec, au box Djamel Salah, qui a fait opposition sur le verdict du 12 novembre 2012, annoncé par Farida Benamarane, présidente du tribunal criminel de Tizi Ouzou. Cette même magistrate qui a «fait» le premier procès en 2011 des faits qui avaient eu lieu en 2010 et bouleversé l'opinion publique dans tout le pays avec l'exécution du malheureux Hend dont la famille avait accueilli la sentence avec beaucoup de soulagement. Azazga n'a plus eu peur depuis...
En 2015, en septembre, Djamel Salah a été neutralisé à Oran qui serait la cité où exerçait l'accusé alors qu'il était en fuite.
«Vous étiez à Oran à près de 600 km par train, vous auriez pu vous manifester et visiter votre famille», a martelé le juge.
D'emblée, l'accusé se cache derrière la rigidité des gendarmes: «Jamais je n'ai fui la justice, mais les services de sécurité n'auraient jamais cru que j'étais innocent», a répliqué Salah qui niera tout ce qui lui sera reproché.
«Je n'ai jamais participé aux rapts de la région. Je n'ai jamais mis les pieds à Tam. Les fiches des hôtels sont une preuve matérielle. Je n'ai jamais fait l'épieur ni l'avertisseur du passage de Hend. Je n'ai jamais été aux côtés de Soufiane et les autres gars d'Aghrib.
L'accusé s'exprime dans un arabe impeccable. Il reconnaît connaître Youba qui a tout nié le jour de l'audience, en martelant travailler au noir dans tous les métiers qui font vivre et puis il éclate: «Il y a aussi la peur d'être enfermé avec eux. Ils m'auraient tué, car ils étaient convaincus que j'ai été l'indic de la gendarmerie. Les gens parlaient de moi partout», dit-il, les mains derrière le dos, en s'accrochant à son innocence.
L'accusé, avec un sang-froid... glacé n'a pas pu tromper les membres du tribunal criminel. «Où était-il le 14/11/2010?» marmonne Me Zaïdi, un des avocats de la partie civile. L'accusé répond évasivement. Bouamrane rappelle l'adage: «Il assassine le bonhomme et suit ses funérailles.»
Elle rappelle la marche populaire qui a permis à Amar d'être relâché et que Salah avait aussi participé à cette même marche.
Salah répond qu'il avait 20 ans et avait peur.
Me Zaïdi lui aussi rappelle que jamais aucun des 14 accusés n'a soufflé au juge d'instruction que Salah Djamel était l'indic.
«De quoi avait-il peur?» ajoute l'avocat qui est surpris d'apprendre par la bouche de Salah que ce dernier ignorait le verdict prononcé à son encontre par contumace. Ahmed Benmadani, le procureur général posera une autre question à propos des déclarations des acolytes qui avaient affirmé qu'il n'avait pas participé à toutes les opérations de kidnappings commises dans la région.
Salah sort alors le locataire du gîte loué aux malfaiteurs en 2010. Il s'exprime calmement en revenant à chaque réponse qu'il avait eu une peur bleue de rencontrer les ravisseurs et assassins de Slimana: «C'était un cauchemar. On en parlait dans toute la région!» réaffirme-t-il avec calme.
Benmadani est scandalisé en soulignant la cachotterie de l'accusé qui avait changé de numéro de puce de portable et l'adresse à Oran.
«Il y a eu 25 attaques dans la région et vous avez participé au moins aux deux - tiers!» martèle le procureur général qui lui redit qu'il n'avait pas tiré sur l'entrepreneur, mais l'oeuvre de Hassan qui a certifié que Salah avait tiré en l'air seulement!»
«J'ai été neutralisé par les Slimana armés qui m'ont remis à Medioni. Ce ne sont pas les services de sécurité qui m'ont neutralisé. On m'a toujours pris pour mon frère aîné Hani», dit sérieusement Djamel.
Bouamrane réplique avec un large sourire qui en dit long sur sa maîtrise du dossier.
«Djamel est dans le dossier! Hani aussi!»
Me Bouzegza pose six questions en vue de voir son client s'en tirer avec des réponses du genre: «Certains condamnés, Bourmel, Youba, venaient souvent chez moi. Ce sont des voisins, souligne Djamel qui nie circuler avec de faux papiers, mais que la seule peur l'obligeait à rester à Oran mettant tout sur le dos de son frangin à l'ombre pour 20 ans.
Me Zaïdi revient à la charge: «L'accusé dit que les Slimana l'ont menacé à l'aide d'une arme à feu avec mort proclamée. Pourquoi n'a-t-il pas déposé plainte? Il n'a même pas signalé le vol d'une chaînette en or.»
Le juge attend la dernière question de Zaïdi: «Connaissait-il Hend Slimana?»
L'accusé répond «non» en ajoutant: «Je ne savais pas qu'il était entrepreneur.»
Amar Slimana, l'ex-kidnappé, va presque sauver Djamel: «Je ne peux pas le dévisager, car ils étaient tous encagoulés!».
A la fin du témoignage de Amar, la présidente fait cette remarque: «Vous suez, Djamel! C'est le face-à-face avec l'accusé. Vous aviez eu peur qu'il vous reconnaisse.» Puis, le silence de l'accusé au box était éloquent. Les plaidoiries feront le reste avec le duo Zaïdi-Chikhaoui malgré les coups de boutoir de l'autre duo Bouzegza Mohamed et Me Moussaoui.