Ma femme, ma mère et... moi

Ce mercredi, Bourezg, en bon père de famille, a devant lui, un garnement de 44 ans, inculpé de menaces et de coups et blessures à l'encontre de sa... maman.

A Bir Mourad Raïs, tout comme Mourad Belalta, ce jeune président de la section correctionnelle du mardi et Samira Kirad, la juge du jeudi, Abdelhamid Bourezg, le magistrat du siège du mercredi, semble se satisfaire des monstrueux rôles hebdomadaires servis avec une terrible conviction que tous les inculpés seront entendus avec équité et classe.
Ce mercredi, Bourezg, en bon père de famille, a devant lui, un garnement de 44 ans, inculpé de menaces et de coups et blessures à l'encontre de sa... maman, fait prévu et puni par l'article 267 (ordonnance n°75-57 du 17 juin 1975) qui punit les coupables de coups et blessures à ses parents et autres ascendants légitimes,
1°) de l'emprisonnement à temps de cinq à 10 ans, si les blessures ou les coups n'ont occasionné aucune maladie ou incapacité totale de travail de l'espèce mentionnée à l'article 264.
2°) du maximum de l'emprisonnement de cinq à 10 ans, s'il y a eu incapacité totale de travail pendant plus de 15 jours.
3°) de la réclusion à temps de 10 ans à 20 ans, si les blessures ou les coups ont été suivis de mutilation, amputation ou privation de l'usage d'un membre, cécité, perte d'un oeil ou autres infirmités permanentes.
4°) de la réclusion perpétuelle, si les coups portés ou les blessures faites volontairement, mais sans intention de donner la mort l'ont pourtant occasionnée. Lorsqu'il y a eu préméditation ou guet-apens, la peine est:
- le maximum de l'emprisonnement de cinq à 10 ans dans le cas prévu au paragraphe 1er ci-dessus.
- La réclusion à temps de 10 à 20 ans, s'il est résulté des blessures faites ou coups portés, une incapacité totale de travail pendant plus de 15 jours.
- La réclusion perpétuelle, dans les cas prévus au paragraphe 3 du présent article.» Evidemment, les faits portés à la connaissance d'un juge du siège ne suffisent pas le jour des débats. Et tous les débats sont nécessairement contradictoires! Sinon, comment tirer les marrons du feu?
Et dans ce domaine, Bourezg est un as. Il s'y prend avec une maestra que l'on ne voit actuellement que chez Malika Djabali de Blida, Abdelhalim Bezzaoucha de Tizi Ouzou ou encore Saïdani de Médéa.
Ce magistrat a aussi le don de balancer de l'eau salée et poivrée dans les rotules des inculpés.
Il commence ses recommandations par la loi et les achève par la loi: C'est dire, si cet homme, en bon père de famille, cherche à tout prix à éviter les histoires avec la visite éventuelle d'un inspecteur à cheval sur les principes et le respect des procédures!
Le juge va prendre tout son temps pour mettre l'inculpé dont la mine a fait qu'il ne pouvait regarder les yeux de sa mère et encore moins ceux de Bourezg qui balance sans ire:
- «Alors, on évite les regards de ceux qu'on aime? Pas moi! Non! Celui de votre sage maman dont les tripes sont nouées jusqu'à l'extrême, car je suis sûr que dans quelques minutes, elle passera du statut de maman battue à celui d'avocat acharné!»
Miloud Z. baisse les yeux vers la dalle de sol. Il a envie que le sol s'ouvre afin de s'y cacher. Visiblement, il n'a pas peur! Non, pire! Il a honte, car son tonton maternel est dans la salle. Il dit entre les mâchoires: «Elle ne l'aime pas!» Et le «l'» n'est autre que... madame, la source de tout ce dossier. Madame serait le point de départ de tout ce tralala. Le juge sourit et permet à sa belle dentition d'être, pour cinq secondes, une «star-filante» dans un ciel serein. «Oui, c'est ça «elle»?» crache le magistrat qui voulait plus de précisions:
«Mon épouse (zaoudjati el mohtarama)! répond Miloud qui ajoute: «Ma mère est adorable!». Murmures dans la salle. Le magistrat en profite pour envoyer une balle de 12/7 en plein front de l'inculpé: «Personne ne vous demande de l'adorer.
Non, respectez-la si vous ne pouvez pas l'aimer!»
Et c'est sur ce rappel à l'ordre bénéfique que le président annonce la date de l'énoncé du verdict.