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De tout un peu le mercredi

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Du chèque sans provision au couple à problèmes, du snif au poivre noir, en voit de tout dans le prétoireDu chèque sans provision au couple à problèmes, du snif au poivre noir, en voit de tout dans le prétoire

Chaque mercredi, Abdelhalim Bourezg, le juge se met derrière le pupitre pour faire du bon boulot.

Au premier trio Jamel, Rida et Mounir, il dit sans baisser les yeux: «Regardez-vous les uns les autres. Voyez dans quel état vous vous trouvez avec le statut d'inculpés 21, 22 et 25 ans! Ce n'est pas bien à votre âge de vous empoisonner. Oui, vous êtes libres de faire ce qu'il vous plaît, mais pensez à votre avenir, à votre santé, à vos proches, à vos voisins.» Le tout dit sans aucune ponctuation, histoire de marteler les dangers dans lesquels nagent ces trois ados.
A un autre inculpé de 22 ans, Oualid qui a une taille où aucune rondeur n'est visible. Ni joues ni pectoraux ni hanches ni mollets (à voir le jean serré autour du fémur) ni même un beau dos que les omoplates semblent avoir déserté faute de muscles.
«Alors, votre visage, je ne vous dis pas! Avez-vous vu votre face? A voir la netteté de votre peau, vous avez dù vous laver...
Je regrette. Je demande pardon. Je suis confus. Je ne recommencerai plus...» coupe Oualid qui quittera la barre pour le banc en attendant le verdict pour la fin de l'audience.
Entre-temps, Bourezg appelle Louisa Hanoune et son adversaire qui aurait diffamé la dame de fer du P.T. dont les débats ont été renvoyés sous huitaine.
«De la came à Hanoune, la transition aura été hasardeuse» lance Kamel Maâchou dont l'affaire avait été renvoyée à sa demande «et pour la dernière fois» martèle le juge du siège qui avait un renfort de taille: le beau et attentif Nouredine Kassem, le procureur de l'audience très motivé en ce début de printemps qu'il savoure depuis le siège.
Et soudain, voilà un commerçant qui a roulé sa bosse aux côtés d'un vieux registre du commerce, que l'on a poursuivi pour toutes les audiences du mercredi à Bir Mourad Raïs (cour d'Alger) présidées par l'innénarrable Abdelhamid Bouzerg, ne se ressemblent nullement.
Mercredi, avec un rôle «raisonnable» outre ceux des inculpés jugés en comparution immédiate, Bourezg a énormément ressemblé à une journée communément appelée chez nous «Quatre saisons!».
La brume du matin a laissé la place à un beau rayon de soleil qui prendra ses jambes à son cou car juste après la première bise froide et glacée avant qu'un vent violent ne vienne rappeler avril 2016, ce mois instable, frère jumeau des mois de mars que l'on dit... fou!
Les premiers dossiers qui ont défilé concernaient des chèques en bois renvoyés sous quinzaine, le temps que l'inculpé régularise la situation à sa demande via son avocate, Me Linda Sadeloud, revenue en force après une éclipse trop longue aux yeux des puristes.
Le beau rôle a concerné la réconciliation entre un couple qui s'était trop déchiré avant que l'amour ne vienne au secours des deux tourtereaux qui ont (secrètement) juré de bien roucouler, histoire de rattraper le temps perdu. Le tout sous le chapiteau de la loi que le juge a appliquée avec discernement.
Le vent violent, lui, a vu une douzaine d'amateurs de snif pris les doigts sur les joints, le remord en plus. Un remords que le magistrat saisira au vol en intervenant tour à tour comme un imam, le vendredi, un curé, le dimanche et un papa désorienté, un lundi après-midi. Vente de marchandise périmée. Et pas n'importe quel produit! du poivre noir... Un produit exotique, même périmé, est bon à filer à une clientèle qui ne vérifie jamais ce qu'elle paie.
Heureusement que les services de l'Etat, de l'hygiène notamment, découvrent le pot- au... poivre pas digérable.
Le juge a fait une moue éloquente et balance en direction de l'inculpé cheveux «poivre et sel» qui fait une tête, mais alors une tête... Il a honte. Il a même plus honte en reconnaissant dans la salle quelques «ouled El Houma». Ô! Lahchouma!
Et ce juge qui est en plein réquisitoire juste de quoi préparer le vrai, celui de Kassem ce procureur qui ne rate jamais de balancer des demandes de peines et des lourdes, souvent!
Tout à coup, Bourezg regarde au premier rang où sont installés les avocats et s'adresse à l'une des avocates sagement installée.
«Me Gouasmia, vous êtes capable de reconnaître le bon produit du mauvais?»
L'avocate sourit et dit oui en ajoutant qu'elle ne peut se passer de poivre noir et poursuit: «En ce qui me concerne, je sais où je fais mes courses. Je choisis la sécurité, jamais les prix», mâchonne Faïza Gouasmia que le magistrat remercie pour ces précieuses précisions et une excellente mise en examen.
Une amende frappera le commerçant de plein fouet, juste de quoi ne jamais plus recommencer...

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