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Adieu, flagrant délit...

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«C'est insupportable d'attendre encore huit jours...»«C'est insupportable d'attendre encore huit jours...»

La comparution immédiate a permis surtout la mise à mort de l'humiliante procédure du flagrant délit et ses désagréments...

Il aura suffi d'un «dépassement» des enquêteurs alertés par un voisin soupçonneux pour que deux familles marchent sur des peaux de bananes savamment placées sur les pieds de deux voisins dont la fille, stressée car seule, laissée par sa maman invitée cette journée-là à une fête familiale, avait appelé son jeune voisin pour lui tenir compagnie. Or, un des voisins «pro» dans la recherche de poux sur la tête, avait alerté le commissariat du coin dont les représentants se précipitèrent audit domicile - sans mandat de perquisition. Fatras!
La pluie de tuiles suite à ce piétinement de procédures allait être... forte.
L'avocate des deux inculpés d'attentats aux moeurs fait prévus et punis par l'article 333 (loi n°82-04 du 13 février 1982 du Code pénal, n'avait pas réussi à l'issue d'un chaud procès tenu à huis clos au tribunal de Bab El Oued (cour d'Alger) à pousser la présidente de l'audience du mercredi à juger l'affaire sur le siège, une affaire dont nous ne pouvons vous donner les détails...
«C'est insupportable d'attendre encore huit jours avant de connaître la décision du tribunal et ce, à la veille de l'entrée d'un printemps a murmuré Me Akila Drif-Teldja dont la mine était plus que défaite et le stress du piétinement des procédures, triste situation née probablement de la précipitation des enquêteurs qui ont entraîné dans la foulée le représentant du ministère public.
Oui, l'avocate d'Alger-Centre ne pourrait supporter le piétinement des procédures par les éléments de la police judiciaire qui ont «violé le domicile de l'inculpé, et ce, en l'absence d'un mandat de perquisition dûment délivré par le parquet», dit-elle, amère et déçue par le dramatique fait que les deux tourtereaux étaient en garde à vue abusive! Et la cerise sur le gâteau aura été la détention préventive d'une semaine...
Mieux! l'avocate qui crie à qui veut l'entendre que c'est une inconditionnelle de la réforme de la justice initiée par le président de la République, met l'accent sur le dysfonctionnement dans l'application des orientations relatives au respect de la loi par le premier procureur général du pays Tayeb Louh, le ministre de la Justice, garde des sceaux qui n'a eu de cesse de marteler que sans le parquet, point de police judiciaire i-e, finies les tracasseries, out la négation des lois, écrasé le mépris de ceux qui sont chargés de protéger les personnes et les biens.
Nous ne saurons vous narrer ce qui s'était passé durant l'audience tenue à huis clos, mais nous pouvons vous assurer qu'à la sortie de la salle d'audience, Me Drif ne se sentait pas bien du tout malgré le pressentiment que la présidente voudra donner une leçon au «faux-couple» et donc ne plus penser à des rendez-vous suspicieux.
L'avocate, elle, avait dû passer plus de la moitié de sa plaidoirie à protester contre le comportement anticonstitutionnel des enquêteurs ameutés par un voisin dont elle dénonce un fâcheux comportement indigne du bon voisinage: «Où est le mal qu'un jeune couple se voit chez la mémé pour une compagnie que le voisin voit d'un oeil très mauvais?», s'indigne l'avocate qui plonge encore une fois dans l'application des lois et attire l'attention de ses clients que notre justice doit être digne de la grandeur du pays.
Et cette jeune avocate qui n'arrive pas à oublier les moments noirs passés par ses deux clients s'oublie et pense haut: «Heureusement que la comparution immédiate est venue mettre hors d'état de nuire le flagrant délit.»
Elle sourit même à l'idée que les suspects soient présentés directement aux juges du siège. Elle était presque tentée de crier un sec et assourdissant: «Vive janvier 2016 et la naissance de cette nouvelle procédure!» Mais une force intérieure l'en empêcha car au même moment, l'idée seule de voir ces deux tourtereaux libres et revenir chez eux, libres...
Effectivement, à l'issue d'une courte mise en examen, les deux inculpés écopèrent d'une peine d'emprisonnement assorti du sursis, alors que le voisin qui a alerté les flics croyant «bêtement» que ces deux jeunes allaient passer le reste de leur longue vie à l'ombre. Ah! Ces voisins!

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