VOL à LA MOSQUéE

VOL à LA MOSQUéE

Voler est en soi un acte pas recommandable: voler dans la maison d'Allah, on ne vous dit pas. Et pour cause...

Le vieil handicapé moteur avait tenté de chiper une paire de chaussures pratiquement neuves à l'entrée d'une mosquée d'un quartier populaire. Il avait reçu la visite de son jeune conseil qui lui avait suggéré, dès l'entame du procès, de présenter ses excuses au tribunal. «Après, nous verrons!» avait déclaré l'avocat. Durant les débats, l'inculpé eut des difficultés à répondre aux nombreuses questions posées avec parcimonie par un jeune juge du siège qui sait où il va contrairement à l'inculpé qui entrera dans ses grosses chaussures. En effet, le juge s'est décarcassé, en vain puisque ce sera le conseil qui jouera à l'arbitre, si l'on veut bien se permettre cette cabriole.
Le procureur se jettera à l'eau, rien! Mahfoud restera de marbre. Il ne voulait rien dire pour sa défense, histoire de montrer aux présents, son remord, au moins!
«Bien! Bien! Vous ne voulez pas parlez?» dit froidement le magistrat qui ordonne la levée de l'audience pour un moment, le temps que le prévenu reprenne ses esprits.
La «récréation» ne durera pas une éternité. Le temps pour le représentant du ministère public de griller une sèche et la reprise est de mise. Les débats vont se tenir dans des conditions assez spéciales pour ne pas dire perturbées par quelques «Allah Akbar!» lancés timidement par des gaillards vite arrêtés par le président qui avait jeté froidement: «Aux amateurs de slogans, il leur est expressément demandé d'aller en Palestine où là au moins le besoin se fait sentir!». Le juge regarda bien dans les yeux cernés de l'inculpé et attira l'attention de tous sur le fait que «la justice ne craignait personne, surtout pas ceux qui défient Allah. Ce coup de semonce frappera de plein fouet le vieux détenu qui s'appuie bien fort sur la barre pour ne pas s'écrouler, pas de trouille, mais de lassitude, surtout que la position debout n'est pas faite pour arranger les choses. D'ailleurs, le président a eu un geste humain en demandant un siège à l'huissier de l'audience, lorsqu'il a vu l'inculpé s'appuyer contre la barre. Ce geste va permettre au prévenu de mettre du sien en collaborant franchement avec le tribunal. C'est presque le miracle.
Il ouvre pour la première fois la bouche pour crier le malheur qui le frappe, la honte du mauvais geste commis à l'encontre d'Allah, la crainte de pourrir en taule. Il avait une envie folle de redemander pardon à tous car il l'a fait lorsqu'il a été neutralisé au moment de l'acte et heureusement pour lui, il n'y avait pas de fidèles fanatiques dans les parages, sinon il aurait reçu une mémorable raclée, pour ne pas dire un lynchage en règle.
Pour le moment, il ne s'agit nullement pour l'inculpé de recevoir une quelconque tannée ou correction, mais de voir la loi s'appliquer dans toute sa rigueur même si le président lui accorde de larges circonstances atténuantes vu son état lamentable et surtout de s'être excusé à temps.
Le vieil handicapé physique avait tenté de voler la paire de savates devant l'entrée de la mosquée du quartier. L'avocat avait eu l'idée de s'attarder sur les mots: «Avait tenté.». Comme quoi, l'intention ne valait pas l'action!
Peut-être qu'une pensée autre que celle de quelqu'un qui penserait «Droit» aurait eu un autre écho dans la salle d'audience. Le vieux regardait autour de lui, comme s'il cherchait une connaissance susceptible de le tirer de ce mauvais pas. Son long regard n'apportera rien qui vaille le coup d'être signalé! Tout était contre lui, le voleur celui qui avait souillé les lieux par un geste détestable, exécrable à souhait.
Et comme pour enfoncer encore plus le détenu, le procureur s'exclama, après avoir levé le bras en signe de demande d'intervention: «Allah n'aime pas les malfaiteurs et les fans de Satan et encore moins ceux qui s'amusent à se frotter à Sa Maison d'où on ne recueille que des bénédictions et à la tonne, SVP.
-Oh! Oui, vous allez rétorquer que le diable était à vos côtés et qu'il vous a incité à ouvrir les bras au péché. Mais pour votre gouverne, Lucifer, votre complice, lui, n'est pas ici à la barre ni en détention. Deux années d'emprisonnement ferme vous donneront à réfléchir désormais avant de passer à l'acte», avait articulé le représentant du ministère public qui avait ricané lorsque Me Nacéra Bouali-Hettak avait misé sur l'indulgence du tribunal assimilée à un acte de bienfaisance de la part de tous les présents y compris... Satan! Le juge avait estimé que le vieux détenu avait trop souffert devant les attaques incessantes du parquetier, notamment et infligea sur le siège une peine significative sur l'état du détenu qui n'avait que trop supporté des souffrances morales dont il se souviendra longtemps...
Et la peine fut un emprisonnement de un mois ferme, de quoi boucler la détention préventive! Me Bouali était heureuse comme tout!