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Se réconcilier? jamais!

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Se réconcilier? jamais!

La vie à deux est insupportable quand le couple n'en finit pas de se déchirer...!

Parce que les statistiques sont, soit en retard, soit irrégulières, le nombre des divorces n'est jamais définitif. D'un tribunal à un autre, cela varie. Alger avec les cinq tribunaux - Bab el Oued, Sidi-M'hamed, Bir Mourad Raïs, Hussein Dey et El Harrach, reste l'exception des statistiques régulières car les sections Statut personnel bossent en droite ligne avec, d'une part, l'application rigoureuse de la loi, et d'autre part les audiences consacrées aux réconciliations, ce qui fait que les procès concernant les divorces, sont relativement rapides, surtout pour les couples sans bambins. Naïma et Brahim forment le couple type des histoires à ne pas en finir.
C'est pratiquement la quatrième fois (en 2000, 2008, 2013 et cette fois en 2018) qu'ils décident de se séparer. Et la bonne? Les trois premières fois se sont achevées sur des réconciliations in extremis, grâce au doigté des magistrats qui, pourtant jouaient sur du velours puisqu'il n'y avait pas l'enjeu capital d'une famille: des enfants, mais un! Oui, il y a une seule fille et pourtant, les procédures engagées ont dû être avortées au dernier moment pour une raison ou pour une autre. Cette fois, Naïma est décidée à aller jusqu'au bout! «Je n'en peux plus! je suis à bout! Ce Brahim dépasse les limites.
Des menaces de me réduire à rien, il est passé aux injures, insultes et plus graves, aux coups et blessures; mais grâce à sa maman, j'ai évité de présenter un certificat de 21 jours, synonyme d'emprisonnement ferme, comme me l'ont précisé des hommes de loi, il reste mon enfant, je m'en occupe et elle comprendra la situation qu'elle partage avec moi.»
Elle s'est confiée dans l'espoir que son histoire arrive aux «milliers de Brahim» qui croient que les tribunaux chôment. «Loin de moi l'idée d'inciter les juges à la sévérité, mais je suis obligée d'avertir l'opinion publique pour que cessent les dépassements, la hogra et les écarts de conduite au sein des familles. Il est heureux pour moi en tout cas, qu'il n'y ait pas de gosses à mettre dans la rue, mais je vous le répète, j'ai laissé la moitié de ma vie avec lui pour rien! Oui, pour rien! A 42 ans, je vais me retrouver pratiquement seule! Il y a une tentative de réconciliation, mais, c'est tout réfléchi: je veux ma liberté, quel qu'en soit le prix!» Elle était décidée avant de rencontrer le juge à qui elle a demandé «le jugement public, car j'ai tout perdu; que vais-je perdre de plus?».
«Madame, il ne s'agit nullement de public ni de huis-clos ni de spectacle; il y a des procédures à respecter ni plus ni moins. L'essentiel est d'arriver à un accord d'un côté comme de l'autre.». La mise au point terminée, le magistrat demanda à l'homme s'il avait quelque chose à ajouter, avant de passer dans la salle de délibérations pour continuer les débats en vue trouver une issue à ce drame conjugal et familial qui empoisonne les relations entre deux êtres qui se sont aimés, disputés, déchirés, humiliés, réconciliés, à nouveau pris à la gorge, pour se retrouver une énième fois devant le juge.
Cette fois-ci, il est nettement apparu que la tension est à son maximum et que Naïma est déterminée à rompre définitivement le lien sacré du mariage qui, finalement, ne lui a servi à rien ou plutôt, si c'est une expérience de près de 27 ans de bruit, de fureur, de cris, de gros mots, de menaces, de coups et blessures qui a été servie sur un plateau ardent!
A la sortie du bureau du président de la section Statut personnel, Naïma avait la face rouge pourpre, les traits tirés, les yeux cernés profondément et une mine défaite:
«J'ai tout déballé, quitte à froisser Brahim qui n'a même pas été à la hauteur de l'évènement déchirant, certes, mais délivrant pour moi qui ai tout donné à un homme qui n'a jamais su me rendre la pareille!», récite la femme déprimée au plus haut point, tellement déprimée qu'elle s'est mise à parler haut et fort, juste pour que les gens qui sont à côté, entendent bien comme il faut ce qu'elle dit et redit. Elle va même répéter ce que Brahim a dit au juge en guise d'arguments fallacieux et parfois, mensongers.
«Vous rendez-vous compte qu'il a même soufflé au magistrat que je fréquentais des diseuses de bonne aventure, alors que les seules femmes qui viennent chez nous, sont mes deux cousines orphelines et sans profession. C'est pourquoi elles passent le plus clair du temps chez moi, quand je rentre du travail. Pis encore! Il a menti aussi à propos de l'argent de poche que j'ai sur moi; il a prétendu qu'il me dépannait un jour sur deux, alors que c'est moi qui achetait pratiquement tout sans compter et voilà le résultat!» s'offusque Naïma, malheureuse comme jamais, elle n'avait été, en ce jour de séparation, de déchirement écoeurant. Elle se remémore l'instant qui vit Brahim regretter les doux moments vécus ensemble!
De quels doux moments a-t-il parlé? Des moments durs? Oui! Des moments de bastonnade, de cris, de coups et j'en passe, car ayant le coeur plein, je préfère arrêter là; cela vaut mieux pour tous et ma fille, en tête. La fillette qui va entrer en plein dans l'adolescence, va peut-être me poser des questions sur notre avenir. Que vais-je répondre?»
De toutes les façons, le juge va décider le 29 du mois courant. Ce sera la délivrance définitive! Elle nous a salués d'un gros sourire amer et s'en est allée chez elle, presque détruite, car, probablement la pénible traversée du désert a déjà commencé et les soucis avec...

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