Destin, vous avez dit?

Un dossier déjà étudié par une autre section pénale, vu que le conseil de l'inculpé, criait à la prescription car les faits...

Cette affaire a déjà été traitée par la section, par un autre juge qui n'est plus là pour que le second se fasse une idée plus précise du dossier, mal géré par le parquet réputé comme étant le champion des «bêtises». Heureusement pour l'honneur de la justice, il se trouve des juges du siège qui veillent au respect des procédures et de l'audience en tant que tout!
Le président de la section correctionnelle du tribunal, prend à coeur, comme il l'a toujours fait, les questions préjudicielles de l' avocat sûr et décidé, en toute souveraineté, de les examiner sur le siège en vue de trancher définitivement.
Il aura fallu, d'ailleurs, à ce percutant jeune magistrat du siège, beaucoup d'à-propos pour suivre le plaideur de Chéraga qui déversait ses idées bâties autour d'une motivation quant à cette affaire, qui remonte à neuf saisons judiciaires et ne valait pas le coup d'être revue. Cette situation est née par le fait que la prescription l'a atteinte, or la ré-aborder, devient systématiquement caduc. En outre, la perte sèche de temps pour le tribunal qui n'a pas que «ça» à faire, se fait lourdement sentir.
«Il nous plaît d'insister, monsieur le président, d'appuyer nos demandes sur la loi et uniquement sur elle», s'était écrié le conseil qui avait le front qui perlait de sueur, en ce mois d'avril 2018. Après quoi, le juge lâchera son plus beau sourire de la journée avec cette agréable remarque: «Maître, le tribunal a décidé de joindre vos demandes et d'aller au fond.» L'avocat n'a d'autre choix que d'acquiescer et continuer.
Les faits en eux-mêmes constituent le type d'accidents stupides, bêtes...Le chauffeur, aujourd'hui inculpé d'homicide involontaire et de blessures involontaires, avait, dans un moment d'étourderie, quitté la chaussée pour le trottoir par ailleurs, bas, aménagé au même niveau que la route et où se trouvaient au même moment trois piétons, dont une femme qui est aujourd'hui en pleine période de rééducation fonctionnelle! Et c'est autour de cette anomalie que le défenseur avait bâti sa stratégie de défense. Une stratégie savamment orchestrée, juste de quoi amener le magistrat sur ses «terres»! C'était sans compter sur le métier qui est entré par la grande porte. Ce dernier suivait, certes l'intervention du défenseur, mais, avec une observation sans pareille. L'avocat continuait allègrement son «speech», sans pouvoir s'arrêter une seconde, histoire de prouver qu'il maîtrisait le dossier. Le conseil dissertait longuement pour tirer le tribunal à lui. Le président, lui, semblait ne pas tout avaler:
«Maître, je veux bien vous suivre sur un seul point: l'état de la route. Mais, là où cela ne va plus, c'est lorsqu'il a déclaré au tout début qu'il a eu un moment d'étourderie. Et une étourderie est, jusqu' à preuve du contraire, sanctionnable...
- Monsieur le président, ce n'est point pour polémiquer, mais il est quasi impossible de ne pas mettre en valeur l'état de la route, du trottoir...», coupe l'avocat gêné que le juge évoque un autre point défavorable.
- Et l'état de votre client le jour du sinistre? On en parle?», fait remarquer, le sourire en coin, le magistrat visiblement vigilant, comme il avait pris l'habitude de le faire avec les plaideurs qui s'étalaient en longueur ou, au pire, qui se répétaient (le magistrat gigote sur son fauteuil, signe évident d'énervement maîtrisé!).
L'avocat se tait subitement. Le juge, lui, reprend la parole en soulevant un lièvre:
- «Et l'excès de vitesse? On en discute un moment?»
L'inculpé semble tomber des nues!
- «Quel excès de vitesse? Je roulais à 100 km/h. dit, pour sa défense l'inculpé, subitement effarouché.
- Et vous étiez à l'entrée d'une agglomération!», gronde le juge, pas fâché du tout puisqu'il va entrer dans le respect du Code de la route.
- Je vous rappelle, inculpé, qu'il y avait une plaque de signalisation qui donnait la vitesse à respecter: 30 km /h. Vous voyez donc que vous êtes loin du compte!»
L'avocat semble satisfait, surtout qu'il avait beaucoup compté sur les questions préjudicielles pour s'en sortir.
Le président passera alors au réquisitoire de monsieur le représentant du ministère public qui sera poussé à faire des demandes énoncées dans les limites de la loi, surtout que la mort l'a été par une maladie cachée, selon l'autopsie.
«A vous, Maître! Vous avez tout le temps nécessaire de défendre le dossier comme vous l'entendez», lance le jovial juge qui croise les doigts en signe d'écoute et d'attention.
- Je ne serai pas long du tout, car c'est un accident et personne en quittant son domicile, ne songe sérieusement à tuer quelqu'un! Quant aux arguments du parquet, le tribunal peut passer outre, car l'excès de vitesse n'a jamais été établi. Les circonstances atténuantes sont à prendre en considération et le verdict doit être à la hauteur du «qadha oul'qadar».
L'avocat ayant regagné sa place, il ne restait plus au président qu'à annoncer la mise en examen du dossier sous huitaine.