"J'aime, même durant le Ramadhan"

Le Ramadhan ramène avec lui ses taches noires, blessant au passage des fidèles qui se seraient bien passés d'une audience du pénal.

Le tribunal de Hussein Dey (cour d'Alger) a abrité mercredi 6 juin 2018 un procès retentissant puisque le délit retenu était «attentat aux moeurs» fait prévu et puni par l'article 333 - alinéa 1 - (loi n°82-04 du 13 février 1982) du Code pénal. Les faits reconnus par la fille à peine âgée de 20 ans et le garçon, plus âgé, ont dépassé l'acte bestial en lui-même puisqu'il s'est déroulé en plein jeûne. Le choc de la nouvelle a en lui-même été violent car l'Arche d'Allah a tremblé devant cet inqualifiable acte.
Il était environ 13 heures lorsque le couple coupable est introduit dans la salle d'audience où trônait majestueusement cette bonne déjà ancienne présidente de la section correctionnelle du tribunal de Hussein Dey, nous nommons Madame Bahia Allalou-Tabi en superforme. Puisqu'elle avait, en cette journée clémente par la fraîcheur venue de la Glacière et de Mer et Soleil, renvoyé un sacré bouquet d'affaires. Aussi, les parties se sont abstenues et ont donc préféré continuer un sommeil salvateur que de se présenter devant la gracieuse juge pourtant bien en cette journée de mercredi ramadhanesque et tolérant.
A sa droite, est assis comme seul un parquetier sait le faire, la face démontée probablement par une veillée tardive, Choukri Laâla, le procureur n'aura pas beaucoup d'interventions à lancer, depuis le siège du ministère public, faute de nombreux acteurs à la barre. Elle avait entendu des messieurs venus se débarrasser de poursuites plus ou moins graves, c'est selon...
Les policiers de service, eux, étaient lucides et bien réveillés pour veiller sur le bon déroulement d'une audience où le public somnolait à cette heure faite pour un somme plutôt que suivre un procès d'un couple surpris en train de bouffer en roucoulant. Manger en période de jeûne est déjà en soi, un acte que n'importe quel fidèle qui a le sens de la religion, ne doit pas condamner puisque c'est le jeûneur qui est devant la colère d'Allah sauf si ce même jeûneur est excusable (maladie ou incapacité mentale à supporter le jeûne etc...).
Mais ce cas là est spécial: il s'agit de deux jeunes qui ont été surpris en train de mâcher et de jouer! Il y a eu aussi un attentat à la pudeur, car le jeune couple a été surpris, comme dirait un juriste qui domine aisément la jurisprudence musulmane «la plume dans l'encrier» outre l'infraction de «casser» le jeûne de Ramadhan!... Mais la justice n'a pas retenu l'infraction, l'attentat à la pudeur suffit!
Dans la vaste salle d'audience quasi vide et heureusement pour les contrevenants, un vent de gêne souffle sur l'espace qu'occupent les policiers de service qui avaient plutôt envie de s' allonger dans un coin frais de la bâtisse au lieu de surveiller un couple d' idiots qui pouvaient aller ailleurs, et qui ont choisi de se faire prendre en flagrant délit!
Tabi-Allallou, la juge, elle, n'en est pas à son premier procès de ce genre. Jeune déjà, en 2002, elle a eu à interroger des «malades», ces malades qui osent défier l'oeil d'Allah et ceux des flics qui patrouillent durant la journée de Ramadhan à la recherche des «casseurs» de jeûne!
On se rappelle que ce jour-là, elle avait entonné le chant du juste lorsqu'elle s'était exclamée sans s'énerver:
«Et alors, comme ça, vous ne pouviez pas vous passer de nourriture? Il fallait tout simplement vous enfermer et manger à votre guise! Non; vous avez préféré le scandale dans toute sa longueur, la honte dans toute sa largeur et les affres d'un procès qui va mettre à nu votre bêtise de ne pas supporter le jeûne à portée de n' importe quel individu normalement constitué et vous êtes normalement constitués! N'est-ce pas?» s'était-elle écriée à l'époque et au moment où elle avait décidé de rendre son verdict en fin d'audience, histoire de montrer à ce «casseur-de-jeûne» que la justice a le bras long, très long... mémé s'il n'est pas poursuivi pour ce motif!
Un proche de l'inculpé est venu dans l'espoir de voir la justice pardonner à «cet imbécile (le mot est de lui) en ces temps de piété et de pardon!».
Et quand sonnera la sonnerie signifiant la reprise de l'audience, les amis et les parents des inculpés retinrent leur souffle. Arrivés à la barre flanqués de leurs avocats, les deux inculpés demandèrent à être jugés plus tard. C'est leur droit de demander un report et la juge, Tabi-Allallou marchera, le jeûne commençant à faire des siennes. Rendez-vous donc le 4 juillet 2018 pour le procès...