La mort était au rendez-vous

La vieille Aicha S. T. à 89 ans, était réputée comme sage et sans histoire à cause de son humour éternel avec les voisins qui, pourtant...

Amti Aïcha est une grand - mère connue dans le vieux quartier de la Zaouïa, légendaire cache pour - les fidaiyines du FLN et combattants de l' ALN, pendant la lutte de Libération nationale de 1954 à 1962, surtout dans l'îlot dit «Sal Sal», quartier interdit aux parachutistes, bérets verts, du général Ducourneau, envoyé par les ultras de l'Algérie française, pacifier la région et ce quartier entièrement acquis à la révolution.
Eh bien, ce pan de la ville, hier célèbre pour ses actes de bravoure, allait vivre un inattendu drame qui plongera toute le région dans la tristesse. Un drame qui allait voir Amti Aïcha succomber à une chute survenue à la suite d' une... bagarre entre elle et des voisines, pourtant en bons termes jusqu'au jour où... Un samedi de fin de printemps, Amti Aïcha est chez elle avec Habiba, sa fille aînée, une veuve, mère d'une famille nombreuse, en train de faire la vaisselle du petit -déjeuner. Le tout se passant dans une atmosphère de rires et de joie, et comme dirait un pessimiste des jours noirs:
«Qui rira un vendredi, pleurera forcément un samedi!». Habiba avait un mauvais tic que tout le monde dans le domicile considérait comme étant porte malheur. Ce tic commençait par un frottement de l'oeil gauche et qu'il ne fallait pas le dire au reste de la famille de peur de se rendre ridicule. Soudain, des cris et des expressions pas bonnes à reprendre dans cet espace, se firent entendre dans tout le paisible quartier d'où des dizaines de personnes accoururent. Arrivés sur lieux, il n' y avait que la vieille Aïcha. S.T. étendue de tout son long, comme si elle dormait d' un juste et reposant sommeil. Deux minutes après, Abdelkrim. A., son neveu qui habitait à 800 mètres de là, était venu par curiosité sur les lieux d' où étaient parvenus les cris des passants. Il jeta un oeil et fut étonné de voir, là, sa tata assommée et peut-être même décédée. Une voiture stoppa net devant le menu et frêle corps de la grand-mère. Un gaillard en descendit et l' embarqua illico presto pour l' hôpital d' à coté où elle fut examinée par le médecin de service qui, hélas, constata le décès de Amti Aïcha qui n'a pas survécu aux coups assénés par la voisine adolescente laquelle, interrogée par la police d'abord, le procureur et le juge d'instruction ensuite, nia avoir porté des coups mortels ou des coups pour donner la mort. La jeune voisine fut placée en détention préventive dans
l'espoir que le calme revienne en attendant les résultats de l'autopsie. La deuxième audience ne donnera rien. Les propos recueillis par les enquêteurs, ne furent pas changés d' un iota. La jeune suspecte répètera les mêmes expressions et les mêmes mots. On attendit donc les résultats qui ne sauraient tarder. Et alors là, place à la justice!
Enfin, le surlendemain, le juge d'instruction reçut les résultats de l' autopsie! Et la lecture du document médical allait édifier le magistrat! Amti Aicha n'a pas été tuée par la jeune voisine car, en effet, la médecine a décelé une maladie cachée de la vieille grand-mère qui a tout simplement succombé à sa maladie dont les proches confirmeront les prémices, mais reconnaîtront avoir sous- estimé la portée.
La nouvelle est tombée au parquet comme toute nouvelle normale, mais comment la transmettre à la famille dont la culture en matière judiciaire est probablement nulle. Alors, que doit faire le ministère public? Dans bien des affaires similaires, la procédure est simple: convoquer un ayant droit et l'informer de la nouvelle donne.Le lendemain, Abdellatif, Farouk, Ali-Abbès, Seddik -Mossadek, Soukehal et Salim seront les premiers neveux à arriver sur les lieux du drame. Sur place, ils trouvèrent les autres cousins paternels venus chercher des nouvelles de Amti Aïcha. Ali, Rebaï-Kamel, Hadda, Zoubida, rejoignirent les autres cousins et se rendirent au tribunal en vue d'avoir de meilleures informations, juste de quoi calmer les ardeurs des uns et des autres. Là, le procureur de la République fit entrer Abdellatif l'aîné, dans son austère bureau et lui tint ce rassurant et calmant discours: «Monsieur, votre tante n'a pas été assassinée, comme il a été dit avant l'autopsie. Le médecin-légiste est formel. Votre tante a succombé a une maladie cachée qui s'est déclarée pendant la rixe. En un mot comme en dix, la jeune fille n'a, à aucun moment, donné la mort à sa voisine Amti Aïcha, qu'Allah l'agrée en son Vaste Paradis!». Malheureux comme jamais ils ne l'ont été, les 26 neveux quittèrent la juridiction pour se diriger vers le domicile familial, annoncer la nouvelle à la famille déprimée qui aura alors l'occasion d'assister au procès de coups et blessures...