Le délit provoqué et l'avocate

Le délit provoqué et l'avocate

Attention, cette chronique a vu ses faits se dérouler avant 2013, soit avant la Constitution de 2016! C'est dire l'importance de bien suivre les péripéties!

Le délit provoqué est, en principe, interdit par la loi. Pourtant, çà et là, on l'utilise à des fins mesquines, basses et indignes pour ses auteurs! Une avocate, fille d'avocat, est tombée dans les travers de la profession, a mastiqué l' interdit. Prise en flagrant délit de corruption après avoir utilisé contre elle un véritable guet-apens, puis jugée d' une manière peu cavalière, elle a finalement été condamnée au sursis car, enceinte et à terme svp! Les faits étaient simples de prime abord: cette avocate vivait très bien et on ne peut pas affirmer qu'elle était dans le besoin. Loin s'en faut, sa famille était très riche. On la voyait mal mendier.
Sa famille, honorable, vivotait comme toutes les familles normales, c'est-à-dire correctement. Son époux était d'une gentillesse doublée d'une générosité sans égale. Mais, car il y avait un «mais». Elle avait pris le risque de connaître et de fréquenter un magistrat, très beau, élégant, courtois et... coureur de jupons, selon la rumeur (ah! cette sacrée rumeur!): il n' y avait aucune allusion à de prétendues relations extraconjugales. La rumeur aidant, le pauvre époux n'en pouvait plus des allusions et sous-entendus.
Cette même rumeur qui laissait sous- entendre que la relation qu'avait le juge avec cette avocate n'avait rien de sexuelle. Elle était une relation «d'affaires» et affaires est à mettre au pluriel! Là, les ennuis commencèrent par la mise en place d'une filature chapeautée par le procureur général qu' on disait jaloux fou du magistrat en question et qui mâchait une vengeance sans commune mesure, car, quelques semaines plus tôt, le magistrat avait refusé de tendre sa main au responsable de cour et ce, publiquement, pendant une suspension d' audience. Une humiliation que le parquetier n' avait pas digérée. Il mâchera longtemps sa vengeance! Si longtemps. jusqu'au jour où il tendra, -ce qu' on appelle dans le jargon juridico- policier, un délit provoqué! Aussi, l'avocate sera stoppée dans un endroit choisi, fouillée et confondue par la découverte d'un paquet contenant des coupures de canards qu' on pourrait facilement prendre pour du fric! Elle fera un long et pénible voyage et arrivera chez le procureur général juste avant la rupture du jeûne. Dans le bureau du parquetier, la musique s'allie au son des tambourins qui jouent une danse endiablée qui a pour nom: «Tu parles ou tu parles pas? Vous n'avez pas le choix.» Ici, nous constatons le changement de ton employé pour convaincre l'avocate de reconnaître que le sac trouvé sur elle dans la cafétéria ou le rendez - vous, véritable guet-apens fut fixé avec le greffier de la prison où elle allait être enfermée, malgré son état de grossesse (à terme) confirmé par le médecin.
Cela fut accompagné du refrain connu à l'époque des dépassements; «Alors, le sac que vous aviez sur vous, était pour le juge du siège de la cour? Vous avez intérêt à répondre et vite sinon vous serez privée de manger et le bébé risque gros!». Et nous vous évitons d'autres menaces indignes d'un chef de cour, il est vrai, pistonné et, évidemment couvert d'en haut. Et en haut, c'est la chancellerie, à l'époque occupée par des gredins, des malfrats, des trafiquants de tous bords, mais nettoyée depuis...La bonne dame répondit par la négative en appuyant fort sur l'argument suivant: «Je n'ai aucun renseignement à vous fournir. Je suis avocate, fille d'avocat honorable qui ignore où je me trouve actuellement.» Mais la volonté de liquider ce juge estimé et aimé de tous sauf du procureur général, jaloux et voulant à tout prix le liquider, avant de l'envoyer à l'échafaud du conseil de discipline, un conseil mis en place pour régler leurs comptes aux magistrats, qui ne veulent pas plier l'échine, dire «oui» à tout, sans chercher, ni à écouter les malheureux magistrats exécutés debout et sans leur laisser le temps ni les moyens de défense. Et à cette époque, il y avait une centaine de magistrats opprimés, lynchés, mis à l'index, emprisonnés, mis en examen etc.... Le «tyran» se déchaîna et exigea de l'avocate qu'elle dise oui, le sac est pour le juge! Elle s'arma de courage et récita:
«Ecoutez-moi bien! Nous sommes en pleine période de jeûne, si j'émets un faux témoignage en attendant un bébé, je risque fort bien un coup divin en retour. Non, non et non. Le magistrat n'a rien à voir dans cette histoire. Voyez plutôt avec une autre car moi j'ai peur pour le nom de mon père et le prestige de mon époux. Je n'ai plus rien à déclarer, je suis innocente.» Cela a suffi pour l'envoyer devant la criminelle après une détention préventive de quelques jours. Or, le bâtonnat d'où relève cette avocate, ayant menacé de cesser le travail, une catastrophe pour la justice dont les responsables, à cette époque, n'avaient peur que des grèves intempestives, des arrêts de travail momentanés et les menaces de rassemblements des robes noires, pour cause le siège du bâtonnat se trouve à quelques pas du Sénat et de l'APN. Le procès où la parodie de procès eut lieu donc devant une foule record dont plus d'une centaine de conseils révoltés, surtout durant les débats d'un niveau faible par la faute d'une inculpation non prouvée, voire nulle! Un procès où s'illustra en outre Maître Mostefa Bouchachi l'unique défenseur qui ébranla l'assistance venue nombreuse, surtout pour voir à l'oeuvre la présidente du tribunal criminel, réputée comme une grande juge non à-plat-ventriste, donc courageuse, prononcer une condamnation assortie du sursis, juste de quoi calmer l' ire du chef de cour et de la «bande «qui veillait, sur des intérêts d'aventuriers qui agissent dans l'ombre, et assez souvent en plein jour, au nom de la loi, pas la loi de la République, mais celle des copains et des coquins, cette loi qui dure un temps, mais jamais tout le temps!