Pas aussi lourd, le verdict!

Le vol est un grand fléau que les juges combattent grâce à l'article 350 du Code pénal. Cette fois, c'est tout simplement la femme de ménage qui...

A la barre, neuf personnes étaient debout face à la rugueuse présidente de la section correctionnelle du tribunal.
Parmi ces personnes, il y avait deux individus, précisément, inculpés de vol, fait prévu et puni par l'article 350 du Code pénal, deux personnes poursuivies de recel, fait prévu et puni par l'article du Code pénal, et six avocats dont deux pour la seule victime, flanquée de son mari qui ne tient pas en place jusqu'au moment où la présidente, afin de prévenir tout incident, demande: «Vous êtes qui, monsieur, pour gigoter de la sorte depuis que l'audience a commencé? Voulez-vous nous fixer sur votre statut?» Il répond qu'il est l'époux de madame la victime et qu'il était là en qualité de témoin.
La juge est tranquillisée en ajoutant sans rire du tout, mais en fixant droit dans ses yeux gris l'homme qui n'en revenait pas d'être maltraité de la sorte. Mais que voulez-vous, elle détient seule la police de l'audience, et donc elle demeure seul maître à bord! «Parce qu'en vous voyant, nous avons l'impression d'avoir en face de nous un véritable «Zorro», tant votre attitude me semblait provocatrice! D'ailleurs, pour l'instant, un témoin, n'a pas de place à la barre. Passez à côté, nous vous rappellerons, s'il y a lieu. C'est compris?»
La juge avait fini son «savon» et était heureuse de se débarrasser du conjoint de la victime dont elle ne comprenait pas la présence, car ne l'oublions pas, elle a dû certainement lire à fond l'ordonnance de renvoi, dont elle est l'«esclave», par la seule force de la loi! Et en agissant ainsi, elle a sûrement constaté que l'homme ne pouvait rien apporter aux débats du jour. Puis, sans transition aucune, elle passe de suite à l'affaire du jour qui met en cause la femme de ménage de la victime, qui aurait craché le morceau devant les flics et surtout, le procureur. Elle pose la question à l'inculpée, concernant les aveux faits devant la police et le représentant du ministère public.
La femme, enveloppée dans un hidjab ample, sombre et convenablement repassé, s'approche bien du pupitre et fond en larmes accompagnées de sanglots hachurés.
La magistrate reste de marbre, regarde bien l'inculpée, puis jette un oeil du côté du procureur et s'exclame, en direction de la femme qui se tortillait, comme si, on la fouettait: «Inculpée, levez la tête pour voir l'émotion soulevée par votre crise de larmes! Regardez bien autour de vous, les pleurs de l'assistance! Quel drame, que cette comédie qui est finie, je suppose?» L'assistance, elle, était restée bouche bée devant tant de retournements de situation. Le calme plat plane dans l'immense salle d'audience et seule la voix portante de la magistrate, en pleine ire, mais paradoxalement calme. Elle avertit l'inculpée quant à la vérité qu'elle détient depuis le commissariat où elle avait été interrogée avec précision et modération, et elle avait répondu sans s'affoler, ni se dérober. Que s'est-il passé entre-temps pour que l'inculpée fasse un retournement de 360 degrés et même plus si les maths pouvaient le permettre. A-t-elle eu vent des termes assommants de l'article 350 (loi n° 06-23 du 20 décembre 2006) du Code pénal qui dispose nettement que: «Quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol et puni d'un emprisonnement d'un (1) an à cinq (5) ans et d'une amende de 100000 DA à 500000 DA. La même peine est applicable à la soustraction d'eau, de gaz et d'électricité. Le coupable peut, en outre,être frappé pour un an au moins et cinq ans au plus de l'interdiction d'un ou plusieurs des droits mentionnés à l' article 9 bis 1 et d' interdiction de séjour dans les conditions prévues aux articles 12 et 13 de la présente loi. La tentative du délit prévue à l'alinéa précédent est punie des mêmes peines que l'infraction consommée.» Ces termes dudit article, sont d'une clarté inégalable et toute tentative de ne pas les comprendre, est vouée à l'échec et aucune discussion n'est possible.«Vous avez dit la vérité avant de venir ici. Il n'est pas question pour le tribunal d'avaler votre nouvelle version! La vraie, c'est que vous aviez le double des clés, que vous étiez le soir assez tard à la maison et que vous aviez pris tout votre temps pour chercher convenablement les bijoux de madame, et au passage la somme de 800 millions de centimes, le tout étant caché dans le fraiseur au milieu de légumes congelés. L'astuce de madame n'a pas marché, car vous aviez tout votre temps pour la basse manoeuvre qui consiste à manger dans la main qui vous nourrit et que vous mordiez ensuite, sans état d'âme! L'inculpée ne dit mot car elle était à court d'idées, pour la simple raison qu'elle ne pouvait se défendre autrement. Soudain, elle s'effondre tout en larmes. C'est le signe évident qu'elle s'est mise à table! C'est pourquoi, dans un geste magnanime, la sympathique présidente prend acte des demandes du parquetier et inflige sur le siège une peine de deux mois d'emprisonnement ferme. Comme elle a déjà fait 30 jours, il ne lui reste que 30 nuits à passer avant de recouvrer la liberté, jurant sur tous les saints qu'on ne la prendrait plus!