Prévisions pour le 23 Octobre 2018

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Acharnement contre entêtement

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De tout temps, lors des audiences pénales, il arrive rarement qu'un magistrat du siège se voie dans l'obligation de perdre son sang-froid, à la suite de l'attitude de l'inculpé...

L'immense salle d'audience du tribunal de Dar El Beida (cour d'Alger) a fait le plein ce lundi car le rôle était épouvantable du fait du nombre de délinquants neutralisés par les ser-vices de sécurité qui, ô comble du sort, ont sous leur coupe, l'aéroport Houari Boumediene. Et qui dit aéroport, dit toutes sortes de combines et trafics punis par la loi. Mais le délit qui nous concerne aujourd'hui n'est autre que le vol par escalade, fait prévu et puni par l'article 350 du Code pénal.
Fatah. S. est un jeune débrouillard qui réside dans les environs de Bab Ezzouar, et on peut même avancer, à vol d'oiseau, c'est presque un voisin du tribunal où il est jugé ce matin. Cette précision est fournie pour démontrer, si besoin est, l'audace de l'inculpé qui comparaît moins d'une journée après son arrestation. Lorsqu'il entre dans la salle d'audience, solidement surveillée par un flic balèze, il prend le soin de saluer l'assistance qui, évidemment, ne lui répond pas.
La présidente, elle, ne le regarde même pas, histoire de lui montrer qu'elle est seule maître à bord dans cette juridiction! Il lance en outre un bruyant «essalem alaïkom!» et là aussi, il n'obtient pas de réponse. Apparemment, il n'a aucune idée des tribunaux et des us et coutumes qui en émanent! Il se comporte comme s'il connaissait les gens sagement assis dans la salle d'audience, mais des gens qui se passent de ce qui se passe dans l'environnement de la salle. Il semble que des individus ne soient venus que pour des procès qui les intéressent directement. Il y a même une maman qui sanglote avant même que son rejeton ne passe à la barre. Elle redouble de pleurs plus forts, accompagnés de complaintes tristes à faire chialer le plus dur des courageux pères.
La juge le dévisage
Un jeune flic s'en approche, lui souffle des mots à l'oreille, puis s'en retourne à sa place, tout près du box des accusés, après que la vieille femme arrêta de sangloter, comme si un généreux et brave type était passé par là.
La présidente en regardant bien la maman meurtrie, a donné la nette impression qu'elle allait dire deux mots à la vieille femme, puis renonça, préférant appeler les premiers inculpés qui demanderont à constituer un conseil. Aussi, le report des débats est décidé sur place et la juge passe à l'affaire suivante: le non-paiement de la pension alimentaire. Les parties concernées ne répondent point: renvoi pour quinze jours. C'est au tour de Fatah. S. d'être appelé.
Le détenu se lève en criant presque:
«Présent, madame la présidente!», en pressant le pas alerte et léger, comme quelqu'un qui voulait rejoindre le bus qui allait démarrer d un instant à l'autre.
Le policier est à la gauche de l'inculpé, le tenant à l'oeil.
L'inculpé se met presque au garde à vous, avec un détail de taille; il a les épaules tombantes comme s'il portait quelque chose de très lourd.
La juge le dévisage quelques secondes avant d'articuler prestement en direction du détenu lequel semble franchement out et donc non intentionné; Nassima Saâda, la présidente s'en aperçoit, mais passe outre: «Alors, qu'a-t-on fait hier dans le secteur de Bab Ezzouar entre 15 et 16 heures, au moment où le vieux témoin qui est juste à côté et que nous entendrons tout à l'heure, le moment venu.
D'ailleurs, après qu'il ne vous surprenne et vous neutralise, vous aviez dit aux policiers accourus sur place que vous aviez vu le voleur s'enfuir, sitôt l'alerte donnée par le vieillard! Ce n'était pas moi que le monsieur a surpris en train de cambrioler la boutique. Je passais par là, quand cet individu a laissé s'échapper le vrai malfaiteur et m'a agrippé par le col de ma chemise qu'il a d'ailleurs déchirée, comme il m'a asséné deux gros coups de poing en pleine figure. C'est injuste! Je veux que le vieux témoin dise la vérité ou bien, je peux dire que c'est un complice rusé et qu'il sait où le voleur se terre et... je...
-- Ça suffit! Ici, c'est la justice et pas une cafétéria. Ce lieu a droit au respect absolu! Ce n'est pas un café où on discute à bâtons rompus d'un match de football!» hurle presque la présidente qui va alors passer un savon, mais alors un savon, comme il n'en a jamais reçu. Il est subitement devenu muet.
Le cri de la juge- qui n'était pas vraiment en colère, mais simulait- l'a paralysé, nous dirions même qu'il est incapable de prononcer la moindre syllabe!
Un bon magistrat dirait que ce bonhomme est sorti du procès avant même d'y entrer...
«Oui, ça suffit! Depuis un bon moment, vous avez enfilé la robe du procureur contre le statut d'inculpé, bravo! mais vous êtes un piètre comédien. Tout est contre vous! Alors, nous allons revenir au méfait et il n'est pas question de vouloir l'éviter ou le sauter.
Les faits sont avérés. Ils sont même têtus. Vous ne pourrez démentir ou travestir la vérité que le tribunal désire entendre» dit calmement la magistrate qui entra droit sur l'inculpation. Selon l'ordonnance de renvoi, il apparaît nettement que Fatah. S. était arrivé vers les 15h 35, selon l'unique témoin présent sur les lieux du méfait, et était passé directement à l'escalade du rez-de-chaussée, pour vite arriver sur le toit de boutique appartenant à un artisan-bijoutier qui faisait la sieste avec les quarante degrés à l'ombre et qui a fini la journée à 11h 00, comme tous les jours d'été.
Le toit est fait solidement à l'aide de longues planches en ébène, bien rivées à l'aide de gros clous.
Le voleur se penche de façon à ce que personne ne le voie et commence à démonter les planches qui résistent. C'est à ce moment-là, que le vieux fait une intrusion et déjoue la tentative de l'inculpé qui, entre-temps a réussi à s'emparer d'une pièce de voiture et d'un poste de soudure neuf, qui n'a jamais servi.
Un quatre ans ferme
Le vieillard crie à tue-tête et ameute les voisins qui accourent, gesticulent, s'écrient et prennent d'assaut rapidement le toit où s'est réfugié le voleur qui est pris comme un rat, en tentant en vain, de s'enfuir. Devant le juge, il se fait petit. Il veut parler en premier, mais la présidente lui demande de se taire. La parole est d'abord en priorité accordée au procureur qui l'a réclamée en premier: «En voulant voler par le toit, vous avez cru que le méfait ne serait jamais découvert. Mal vous en a pris.
Le vieux était là, par hasard et le plan est tombé à l'eau, vous envoyant à l'ombre pour un bon bout de temps.»
Le voleur pris en flagrant délit est dans ses petits souliers. Il est aussi muet qu'une carpe, la tête hors de l'eau. Il voudrait bien dire quelque chose, mais quoi?
D'ailleurs, la juge ne se fera pas de souci en l'interrogeant. Ce fut simple comme dialogue: deux mots et on passa aux demandes du parquetier qui ne se fait pas prier pour s'aligner sur l'article 350 du Code pénal. «Trois années d'emprisonnement ferme et une amende de 500 dinars» marmonne le procureur qui sourira lorsque l'inculpé se tiendra la tête au moment où la présidente griffonna le verdict et annonça sur le siège un quatre ans ferme. Ouf!

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