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L'absence de confiance

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L'absence de confiance

L'inculpé est un brillant directeur financier d'une entreprise à deux têtes, en sous-location. Par cupidité, il s'est amusé à louer ses services à une troisième société. Des tuiles lui tombent alors sur la tête.

Salem. D. est un cadre émérite, gentil, mais avec un petit défaut qui grandira avec les bénéfices de la société qu'il gère bien jusqu'au moment où la cupidité entre en jeu. Mais comme toute entreprise assise sur le faux, le vol, les manigances et autres trafics de bandits de grands chemins, elle est vouée à l'échec et lorsque les jeux dangereux sont découverts, la lourde machine se met en branle, plus rien ne l'arrête, sauf le verdict que la loi a décidé.
Le procès en lui-même n'a valu que par la ténacité du juge du siège et la précieuse collaboration des deux jeunes conseils qui ont passé le plus clair de leur temps à tenter de donner de sérieux coups de main au juge. Ce magistrat était entré dans la vaste salle d'audience avec la ferme détermination d'en finir avec ce dossier reporté à plusieurs reprises.
L'inculpé était à la barre pour expliquer les mécanismes de fonctionnement des deux sociétés et a ajouté au passage que son salaire ne dépassait pas 30 millions de centimes.
Le magistrat a choisi de poser les questions, l'une après l'autre en attirant l'attention de Salem.D. Qu'il était inutile pour tout le monde de répéter et de ne pas chercher à perdre de temps. Mais le stress et l'émotion sont venus s'ajouter à la trouille, lorsqu'il pense au fond de lui-même, qu'à l'issue du procès, un verdict allant droit sur l'emprisonnement ferme, serait le glas qui allait sonner l'hallali. Surtout que dans la salle d'audience, il a bien remarqué la présence de ses parents, beaux-parents, voisins et amis.
La honte, elle, a achevé le pauvre bougre qui croyait que les biens mal acquis étaient éternels! C'est pourquoi, il donnait la nette impression qu'il répondait très mal à certaines questions. Ah!
L'émotion! Il évoquera ensuite le départ de certains cadres et la réception des fonds des partants en avouant à haute voix les avoir placés dans son coffre-fort. Là, le juge lui demande le pourquoi de cette bizarre cabriole: «En tant que valeurs dues, ces fonds font l'objet d'attention de ma part car je ne régularise que sur ordre de la tutelle.»
Il ajoute rapidement que jamais il n'a eu la saugrenue idée de faire le double des clés ou encore moins changé les clés, car l'expertise elle-même a démontré que de détournement d'argent, point.
«Le trou constaté par les experts, était la somme d'argent des sommes remises à leurs propriétaires», dit-il sans grande conviction, surtout quand le président lui rappelle la déclaration du directeur de la société qui s'est attardé sur le fait que l'énergumène a profité de la période des congés pour s'adonner à son exercice favori: le détournement de fonds. Il y a aussi cette autre déclaration du patron de l'entreprise qui a affirmé avec force, douleur et amertume, que l'inculpé lui avait fait part d'immenses et terribles problèmes familiaux, ce qui veut dire en clair et en termes plus explicites, qu'il va évidemment se servir et que si jamais il était pris, la réponse serait là, toute faite, comme très belle excuse inattaquable: «J'ai des problèmes familiaux, donc, je me sers.» L'avocat de la partie civile aura l'occasion plus tard lors d'une admirable intervention éprouvante pour l'inculpé principalement par ailleurs, de déclarer sans ambages: «C'est pour moi un privilège que de plaider devant ce brillant cadre, et brillant dans tous les domaines, du détournement notamment!», s'est écrié le défenseur qui ne lâchera plus le «micro», jusqu'à la fin de son intervention, laquelle a pris l'allure d'un véritable réquisitoire où il ne manquait que les demandes d'une peine de prison ferme, comme l'aurait demandée le procureur qui se frottait les mains de plaisir, tant l'avocat a fait le «sale boulot du parquet»!
En effet, il a tout mis sur le dos du «détourneur de fonds», du brillant cadre, qui a mis en chantier un scénario où point par point, il a estimé qu'il était mal payé pour le travail qu'il réalise au sein de l'entreprise qui le sous-estime. Voilà en gros ce qu'a claironné le défenseur des intérêts de la société dont le directeur était heureux d'avoir établi une convention avec lui.
Après quoi, le représentant du ministère public se leva et fit un travail remarquable. Tout en regrettant que «Ce brillant cadre aurait pu utiliser son intelligence au service de la boîte qui l'employait, il a préféré le gain facile, j'allais dire le vol facile, mais comme le procès n'est pas achevé, il est encore innocent jusqu'à preuve du contraire. Et c'est à lui de prouver sa bonne foi en disant la stricte vérité: nous dire par exemple pourquoi s'en est-il pris à la société qui lui assurait le pain, ainsi qu'à toute sa famille?
Les faits sont graves. C'est dans la ligne de cette gravité que je réclame l'application de la loi dans toute sa rigueur et la peine maximum, au cas où l'honorable tribunal le juge coupable!» Affalé sur le banc réservé aux avocats, le plaideur de l'inculpé se leva promptement et s'adonna à un véritable carrousel en vue de détruire et la plaidoirie de son aîné de confrère et surtout le réquisitoire «qui n'est pas heureusement le verdict final qui se trouve, lui, entre les mains du seul juge du siège qui a très bien mené les débats, brefs parce qu'il n'y avait rien à dire. Mieux! le président dont je salue la vigilance, a compris la mise en scène de mon client qui a réglé tout le monde et aucun centime ne manque à la caisse.
La preuve? Vous l'avez dans le dossier: c'est la fameuse expertise qui est la clé de toute l'affaire. Une triste affaire montée de toutes pièces par un individu aussi sournois que sinistre, qui a roulé les enquêteurs et est là dans la salle d'audience, suivant les péripéties de ce procès qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Monsieur le président, vous avez devant vous un cadre innocent. Faites en un père de famille heureux en le relâchant, même au bénéfice du doute!» Après que l'inculpé eut prononcé le dernier mot, le juge annonce la mise en examen du dossier.

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