Quelle est agréable, la relaxe!

Un procès d'où a échappé un jeune enfermé par méprise, cela n'arrive pas souvent en justice.

Maître Habib Benhadj, l'avocat brun de l'est d'Alger, était sur un brasero du fait que son client inculpé très lourdement dans une sale affaire de trafic de drogue, risquait une moche peine de prison ferme outre une forte amende. Pauvre Hamza! Il met du sien en interrompant les propos de Toufik, le coinculpé dont les réponses aux questions de l'avocat «soulageaient» le client. Hamza tient bon. Il a déclaré au tribunal qu'il a connu Toufik à Staouéli, «comme ça» et que ce n'est même pas une connaissance. «Ça a commencé par une chaude discussion sur le Mouloudia d'Alger. Nous sommes nés tous les deux à la place des Martyrs et là-bas, nous fêtions comme il le fallait les performances des Vert et Rouge». Evidemment, de souvenirs en blagues, nous nous étions rapprochés l'un de l'autre. «Je n'ai jamais touché à la drogue.
Je n'ai pas encore compris pourquoi il m'a mouillé». Toufik maintient ses dires: «Hamza a déposé le paquet chez moi. Trente minutes après, les policiers sont arrivés et découvert le «pot-aux stups», mâchonne-t-il avant que le procureur, ne s'exclame «sur le pourquoi Hamza et pas un autre jeune? Les deux inculpés revendent de la drogue, il dessine presque une liaison naturelle entre les deux jeunes, trop liés pour que cette amitié soit une simple coïncidence».
Rien que pour cela, il requiert trois ans d'emprisonnement ferme pour chacun des deux inculpés. Maître Habib Benhadj prend à bras-le-corps sa plaidoirie en s'appuyant sur la personnalité du codétenu venu aujourd'hui en qualité d'inculpé en liberté provisoire. «Si Toufik est un drogué notoire en pleins soins, Hamza, mon client, un tôlier, est loin de tout ce qui peut mener en taule.
Si seulement, vous saviez qui est le principal client de ce génial tôlier, vous changeriez d'avis!» Le juge interrompt cinq secondes le plaideur pour lui demander très poliment de ne pas citer de noms car, ce n'est pas le sujet de qui est ou pas le client de l'inculpé qui amasse trop de QARAINES pour être si blanc.
Le conseil reprend son intervention en sautant une ultime fois sur la personnalité de son client. «Il ne fume même pas de tabac ordinaire; relaxez-le au nom, d'abord, de la légitime présomption d'innocence. On peut même affirmer que la juge n'a pas suivi les réquisitions de la procureure qui a très mal étudié le dossier. D'où l'erreur du parquet qui a poursuivi le «gosse» sur du vent. Signalons tout de même le léger incident qui mit aux prises la juge et la procureure, concernant l'usage de la langue française par une des parties au procès, ce qui a fait réagir la représentante du ministère public, laquelle a mis en avant les lois de 1975 et de 1995, concernant l'usage de la langue arabe dans les institutions nationales.
Une gêne féroce gagna la magistrate qui laissa la procureure s'enfoncer dans sa bévue, car on n'a pas idée, en 2018, à faire de pareilles remarques qui font surtout perdre du temps au tribunal! Une fois la remontrance en direction du tribunal terminée, la présidente se tourna carrément vers la représentante du ministère public et se fit justice avec une maestria qui laissa l'assistance bouche bée.
En effet, elle s'adressa à son tour à la parquetière en lui rappelant avec mesure, que sa remarque tombait très mal à propos pour ce qui est de l'usage de la langue: «Je n'ai pas de leçons à recevoir pour ce qui est de la langue.
Ici, dans mon tribunal, les propos, pourvu qu'ils soient conformes à la vérité, sont les bienvenus, dans n'importe quelle langue!» précisa la présidente qui prononcera plus tard le verdict en fin d'audience.
Tarek est condamné à une peine de prison de six mois ferme tandis que Hamza a été relaxé purement et simplement. Disons le net: il a été victime d'une méprise. C'est le moins que l'on puisse affirmer! Hamza est relaxé faute de rien: de preuves, de témoins, de tout, quoi! Mais l'esprit de justice est là. Il veille à la bonne réputation de la magistrature et tant pis pour ceux qui n'y croient pas. La vie est ainsi faite, il faut la prendre telle quelle.