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Le traumatisme des proches

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Le traumatisme des proches

Encore une histoire de famille, dont le divorce a fait de ses membres des acteurs de mauvaise réputation, car ce n'est pas la première comparution...

C'est la deuxième affaire devant la même juridiction et la même année. Il semble, d'après l'ordonnance de renvoi, que les faits ont mis en scène un vieillard de quatre-vingt ans, son épouse, plus jeune que lui de dix-huit ans, une jeune, vieille fille d'un premier lit, et deux gaillards venus en «renfort», on ne sait pourquoi!
A la barre, face à elle, une juge qui surveille tous les faits et gestes des cinq personnes dont des excités, car ils estiment amèrement et tristement qu'ils n'ont rien à faire dans ce dossier.
«-Ah, bon, mais alors que faisiez-vous chez l'ex-épouse? demande, l'oeil vif, la magistrate, qui tenait à l'oeil tout ce beau monde.
L'un des deux balèzes répondit aussitôt que Si El Hadj était connu pour ses excès lorsqu'il se mettait en colère, et cela était connu de tous les voisins de Saïda, «son ex-épouse qui nous a demandé de l'accompagner, pour exercer le droit de visite, prendre les filles dont Si El Hadj avait la garde depuis plus de dix ans, date de la séparation», répond timidement l'accompagnateur qui ne sera pas surpris par la deuxième question de la juge qui semble s'accrocher en vue d'avoir une idée précise de la situation, car ne l'oublions pas il y a dans le dossier un certificat médical d'incapacité de 15 jours, c'est dire que la preuve des faits était là, la violence s'est faite inviter dans ce mélodrame familial qui a fini en une grosse queue de poisson, un poisson mal pêché et pour cause, la victime n'est autre que Abderrahim. H. le second «garde du corps» de madame l'ex-épouse, qui a eu un mot malheureux envers le vieux qui a mal perçu la phrase où il y
avait la blessante expression: «espèce d'infirme à vie!». Une expression qui a vu Si El Hadj prendre la mouche et le bras du pilon qui se trouvait dans les parages, avant d'asséner plusieurs coups sur tout le corps de l'adolescent, blessé, mais heureusement pas aux parties sensibles du corps musclé du jeune homme.
Les coups ont été donnés aux épaules, sur le dos, et quelques coups aux mem-
bres inférieurs.
Les bleus constatés ont fait réagir le médecin-légiste qui a marmonné «qu'heureusement, les coups n'ont pas atteint la tête, cela aurait fait des dégâts, je ne vous dis pas!». Et si comme ça ne suffisait pas, en tant que correction, Abderrahim. H. a trouvé le courage d'ajouter ce commentaire superflu et dangereux: «Regardez-moi ce vieillard qui est venu agresser la mère de ses trois enfants, chez lui; frapper la femme qui a vécu avec lui trente ans!». Tout compte fait, la raison l'a emporté sur la passion et la vengeance!
La juge prit à son compte ce constat et décida enfin d'entendre le troisième inculpé, Si El Hadj qui s'est permis d'agresser au bras de pilon, le maladroit visiteur qui était là, debout et honteux d'être parmi une famille déchirée et où il n'avait rien à faire, et pourtant, il est bel bien ici en train de s'expliquer sur tout ce qu'il a vécu depuis qu'il a quitté son quartier, pour le domicile de Si El Hadj.
Le vieux s'avance vers la barre et au premier mot de la présidente, il commença par vociférer des bribes de syllabes, de mots et de phrases mal achevées. Ici, la juge intervint et énergiquement en vue de ne pas laisser l'audience sombrer dans la pagaille: «Inculpé, ne me laissez pas prendre des mesures que tout le monde regrettera. Vous allez vous calmer et après vous répondrez aux seules questions du tribunal et tout ira pour le mieux! On y va?», récita la magistrate en pleine forme en ce midi plutôt calme car le bruit venant de la salle «des pas perdus», avait disparu peu à peu laissant un vide bénéfique pour l'audience. Ce sera le moment rêvé pour la magistrate qui terminera l'audience comme à la parade! «Est-ce que madame est venue comme d'habitude, exercer le droit de visite? Répondez simplement et sans commentaire, s'il vous plaît.
-Oui, sauf... (soudain, il serra la mâchoire, comme pour se taire... et ne plus répondre aux questions de la juge, restée interdite un moment, avant d'enchaîner entre les lèvres sèches:
-Non, attendez que je pose la question avant de répondre! Lorsque votre ex-épouse vous a ouvert la porte, quelle était son attitude? Vous a-t-elle paru farouche? demande la magistrate, le tout dit sur un ton rassurant qui ne veut nullement signifier que le tribunal est désarmé, voire impuissant.
-Normal. Ce n'est qu'après avoir appelé mes deux filles, que j'ai vu ces étrangers à proximité, alors j'ai vu rouge et c'est là où j'ai carrément dérapé en demandant aux filles de revenir à la chambre où elles se trouvaient auparavant. J'ai eu un mauvais pressentiment, que mes deux très chères filles allaient monter avec ces deux gaillards, et on ne sait jamais, Satan est toujours là où il ne faut pas et peut prendre place avec les quatre occupants, et personne ne sait ce qui peut arriver et...
-Oh, là! Doucement, vous n'êtes pas dans une mosquée! Arrêtez ce prêche, cela ne sert à rien à vouloir chercher des prétextes à vos mouvements et sautes d'humeur qui vous ont amené ici! s'écrie la juge qui demande au procureur de requérir.
Après avoir fait un bref rappel des faits qui constituent un dangereux et très grave précédent, il réclame une peine de prison dissuasive, la première pour insultes et la seconde pour coups et, blessures volontaires.
Après le prononcé du dernier mot, la juge inflige sur le siège, une peine d'emprisonnement assortie du sursis, la magistrate ayant préféré le gant de velours au gant d'acier.

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