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Le doute, ce sauveur de...

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Il y a des juridictions qui ne valent le coup que par la compétence, l'intégrité ou l'expérience de leurs magistrats.

Lorsque ces juges sont décriés, c'est la justice qui prend un coup. Et en avant pour les «on dit que...». C'est le moment choisi par les spécialistes des expressions et mots sélectionnés pour tomber à bras... et g... déployés, sur les pauvres juges du siège et les appeler de tous les noms d'oiseaux de mauvaise augure sans oublier les allusions quant à leur intégrité, avec, comme prime, d'atroces accusations pour ce qui est des coups de fil et autres interventions d'en haut. Dans le cas contraire, les détenus sont repêchés grâce à des verdicts justes. Ce lundi, c'est un jeune inculpé d'usage et de détention de stups qui réclame justice...
Le détenu est rapidement «cuisiné» par le juge. Son avocat, en défenseur avisé, devra suivre l'interro sans sourciller, mais en prenant soin d'être aux côtés de Slimane, son jeune client. «Dites-nous un peu comment les policiers vous ont surpris le joint entre les phalanges?» marmonne le président dans un silence lourd, pesant et même agaçant.
«Je l'ai déjà dit, je n'avais rien entre les doigts. Lorsque la patrouille était passée dans le noir de la fin du crépuscule, le joint était jeté sur le sol à plus de six mètres de la murette sur laquelle j'étais assis. Je vous jure que...» Le magistrat l'interrompt en lui ordonnant de ne plus jurer ni d'évoquer Dieu, ses prophètes et ses saints. Son défenseur est tout à coup inquiet. Il sent que son client va vaciller. Il tente un coup en demandant au juge de lui permettre de poser une question à l'inculpé. Le juge dit oui tout curieux de prendre connaissance de ce qui va sortir de la
«gibecière» du Conseil. Ce dernier voudrait savoir si dans l'artère où se trouvait son client, il y avait du monde. «Oui et comment qu'il y a du monde. Il y a un café dans les parages et un 'Quatre saisons'' juste en face.» L'avocat est satisfait. Le procureur, lui, n'a aucune question à poser. il est sûr d'une chose: Slimane est coupable de détention et usage de stups, délits prévus et punis par la loi relative à la prévention et à la répression de l'usage et du trafic illicites de Stupéfiants et de substances psychotropes, N° 04-18 du 25 décembre 2004. Le juge n'est pas convaincu de l'innocence du détenu.
Il est vrai qu'il a sous les yeux le procès-verbal d'audition où il reconnaît avoir déjà fumé du cannabis, mais pas ce soir-là. Le magistrat tente un énième coup, histoire d'accélérer le cours des débats car il n'a pas que ce dossier à examiner: «Pouvez-vous nous apprendre s'il y avait quelqu'un avec vous et qui se serait débarrassé du joint?» La réponse est non et le jeune ado de Fouka-Marine va plus loin en martelant que quand bien même cette situation aurait existé, il ne jouerait jamais au délateur. Le président retient une remarque, se tourne vers le représentant du ministère public qui n'a toujours rien à dire ni de questions à poser si ce n'est - au moment voulu - de requérir un solide six mois de prison ferme et une amende conséquente. Le «gosse» confond les demandes du procureur et veut crier à la hogra. Heureusement pour lui, Maître M'hamed Yahia-Messaoud, le conseil de l'inculpé, débute sa plaidoirie en rendant hommage au procureur, lequel n'a osé poser aucune question enfonçante. Puis il s'accroche désespérément à l'absence de délits: «Mon client n'a pas été pris en flagrant délit d'usage et de détention de drogue. Pourquoi le tribunal ne le croit pas lorsqu'il a affirmé cent fois qu'il est innocent et qu'il était étranger à cette histoire?», s'est écrié le défenseur qui a attiré l'attention du juge sur la possibilité de la présence d'une seconde personne qui aurait pu très bien se débarrasser du joint en voyant la voiture radio de la police surgir du virage. Il brosse un bref aperçu sur la personnalité de son client: «C'est une victime du système scolaire.
Il est à l'abri du stress car sa famille est honorable et il n'a aucune raison de se shooter et se faire prendre comme un pigeon sous une pluie battante en ce début de printemps 2019.»
Il réclame avec rigueur la relaxe du jeune qui a passé certes, une courte détention préventive. «Nous n'avons même pas à demander l'application de l'article 53 car nous sommes innocents.
Il y a méprise quelque part», conclut l'avocat de la rue Abane-Ramdane, dont le visage s'éclaircit lorsque le juge prononça la relaxe au bénéfice du doute de Slimane qui a eu presque envie d'embrasser son avocat et de faire la bise au policier qui l'accompagne, tel un robot déréglé, au box, avant qu'il ne rejoigne le reste des 33 détenus au sort bien différent!

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