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Merci monsieur treksy!

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Si tout comme moi vous aviez cette lâcheté de déserter notre excellente télévision pour migrer vers le redoutable 20 heures de TF1, vous auriez vu ces images insoutenables d´un commissariat de police provincial pulvérisé par un engin bourré de TNT. Images de désolation (moignons de chair, flaques de sang, bâtiments éventrés), filmées au ralenti et vendues par des «boîtes de communication» algériennes à 300 euros la minute. Le marché du malheur reste quelque peu attractif pour ceux d´entre nous qui ont peine à faire bouillir la marmite. C´est ainsi. La vilenie a un prix. Sauf qu´en l´espèce, il s´agit là de rapports marchands (qu´importe au demeurant ce qu´on vend!) plutôt que de quelque idyllique et idéelle liberté d´expression. Il n´ y a rien de libre et de beau à vendre la dévastation et la mort. Et qui plus est, ces images obèrent l´économie d´un pays. Freinent son développement et découragent ceux parmi les étrangers qui ont encore quelque velléité d´y venir investir ou s´égayer. Les conséquences sont désastreuses, mais voilà, quand l´information n´est qu´une valeur marchande, alors pourquoi s´emberlificoter dans des considérations oiseuses d´éthique ou de règles morales. Heureusement, juste après ces images cauchemardesques d´un pays qu´on suppose définitivement installé dans une médiévalité barbare, voici venu Treksy. Un allumé qui est à la tecktonik ce que le fil d´aplomb est au maçon. Treksy est un danseur fou, déjanté et simplement un corps aussi fluide que l´eau vive. Il n´est pas politique, n´en fait pas et ne doit même pas savoir qu´il existe un paquet de planqués qui en font un juteux fonds de commerce. Il appartient à ce mouvement tecktonik seulement pour le look, pour une autre manière d´être et de danser. Tecktonik n´est pas, par ailleurs, quelque savante contraction de ces mouvements géologiques de plaques dites tectoniques. C´est seulement de la tonicité à mettre dans le moteur essoufflé de son ancêtre: la techno. Alors Treksy, interrogé par l´animateur Jean-Pierre Pernaut, avec des sourcils en sortie d´autoroute, déclara tout de go que sa tournée commencera par...Alger. Surpris, M.Pernaut écarquille l´oeil devant une telle énormité. Et M.Treksy confirme qu´il ira bien à Alger. C´est ainsi quand les patrons de «boîtes» envoient ces images poisseuses, d´autres aussi déchirés que Treksy les effacent pour indiquer de nouveau le bon cap. Pour Treksy, c´est à Alger où «ça se passe», pour reprendre l´expression de nos vingt ans. Alger, 2007, c´est un peu le Valparaiso du temps de Pablo Neruda, le Athènes de Melina Mercouri, le Prague de Milan Kundera. Pour Treksy, Alger (il n´est pas dupe), c´est le sang mais c´est aussi cette irrépressible insolence, c´est cette misère mais aussi cette vanité d´être. Ce sont ces responsables torves, mais aussi ces jeunes dans les veines desquelles coule la plus intransigeante des révoltes. Merci Treksy de venir danser. Déhanchez-vous M.Treksy. Suez de toutes vos eaux, comprenez bien qu´Alger aime le délire et la fantaisie. Et plus, si affinités. Merci à ceux qui vous ont invités.

Le repu et l´anxiogène
Le prix du baril de pétrole est désormais exponentiel. Il a connu une progression spectaculaire de 40% en un an. Du jamais-vu pour une matière première. Mais enfin, à 100 dollars, cette poussée n´a rien d´hormonal ou de conjoncturel. Elle est pérenne, quoiqu´en disent quelques autoproclamés spécialistes du Golfe qui dirigent des instituts «imaginaires» où l´on produit de la «stratégie» ou de la «prospective» (sic). De cette embellie, nous devrions en profiter, d´autant que durant les années de vaches maigres, on a failli se faire des galettes avec de la farine de caroube et se soigner au talisman et à la potion maraboutique. Non, il n´est pas de bon ton de faire la fine bouche devant cette inespérée abondance. Mais, toutefois, cette richesse exacerbe davantage les contrastes. Une Algérie opulente, un peuple pauvre. Des caisses qui débordent et un chômage décapant. Un pouvoir repu et une jeunesse anxiogène. Et ainsi de suite...Ces inégalités, si l´on peut dire, grossiront forcément le mécontentement social et finiront par être fatales à ceux qui les ont érigées en système de gouvernance. Que dire en effet à ces jeunes de cette manne miraculeuse de laquelle ils sont inexplicablement exclus? Que leur dire de ces projets faramineux auxquels ils ne participent pas. Ce sont des Japonais, des Chinois, des Allemands, des Turcs qui construisent nos routes, nos voies ferrées, nos logements, nos barrages et même bientôt nos mosquées, nous dit-on! Nos ministres, bombant le torse, se fixent des délais de réalisation comme s´il ne s´agissait que de faire une autoroute en 26 mois ou un barrage en 18 mois. Sans donner ce sentiment aux jeunes de participer à ce grand oeuvre national, sans ce pouvoir d´achat nécessaire pour profiter de ces infrastructures, à quoi cela sert de livrer à l´horizon 2009, qui un pont et qui une trémie? Demain, quand les Chinois regagneront leurs pénates, si tant est que cela se fasse, quel Algérien saura boucher un nid-de-poule, réparer une tuyauterie ou restaurer un minbar. Alors oui, cette envolée du baril, ça risque, a contrario, d´ébranler des certitudes et des destins et de conduire, paradoxalement, à l´échafaud.

Le génie algérien
Eureka! M.Temmar, théoricien émérite de la privatisation, a, enfin, trouvé les mécanismes pour que l´Etat se débarrasse, sans coup férir, de ses entreprises encombrantes ou déglinguées. Il suffit, nous dit l´enfant prodige de l´économie algérienne, de céder des actifs de l´Etat à...l´Etat lui-même. Cette abracadabrantesque manière de privatiser doit être consignée dans tous les manuels sérieux de l´économie. C´est géant, vraiment! Et ça nous laisse coi! Ainsi, le ministère de la Communication fait ses emplettes dans une SGP, celui de la Défense dans une société en perdition et la Sonatrach s´offre une carcasse de chez Gestour? La formule savante, sous la présidence avisée de M.Belkhadem, est donc mise en branle. Pour privatiser en Algérie, l´Etat cède à l´Etat et inversement. A quand le ministère des Affaires religieuses va-t-il lancer une OPA sur celui des Finances? Ne riez pas, sinon M.Temmar risque «d´accélérer le processus de privatisation». Il se fâche vite, notre génie.

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