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Mémoire

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Une fois de plus, mon ami Hassan a trouvé une occasion en or pour me taper sur les doigts: à peine avait-il lu ma chronique d´hier Le renard et le bouc qu´il m´envoya un SMS. Son message n´était, ni plus ni moins, qu´une convocation en bonne et due forme. A peine m´étais-je assis en face de lui dans ce discret café du côté du Sacré-coeur, qu´il me lança d´un air moqueur: Tu commences à te faire vieux! Je souris car je savais où il voulait en venir: la veille, j´avais fait une grossière erreur en citant, d´une façon approximative, La Fontaine. Il fallait dire: Ce n´est pas tout que de boire, il faut sortir d´ici Alors que moi, je n´avais fait que traduire l´idée du fabuliste pour rendre compte de la difficulté de se tirer d´un mauvais pas. J´en conviens que, quand il faut citer un auteur, il faut le citer avec exactitude car l´exactitude, c´est la politesse des rois. Je m´en excuse, mais que voulez-vous, la mémoire vous joue de ces tours! D´ailleurs, beaucoup d´auteurs se sont penchés sur ce phénomène et chacun d´aller de son explication, de ses méthodes, de ses techniques, pour garder le souvenir de telle ou telle chose. Marcel Proust a écrit une oeuvre consistante rien qu´en évoquant ses souvenirs dans A la recherche du temps perdu (Pourquoi perdu? Le temps n´est jamais perdu puisqu´il ne fait que passer...) D´ailleurs, Proust raconte comment fonctionne ce capricieux mécanisme de la mémoire dont les fils invisibles relient des mots à des visages, à des sonorités, à des parfums et d´autres mots. Il suffit, quelquefois, d´un petit rien, un mot jeté par hasard, une situation quelconque pour déclencher une avalanche de souvenirs. Ainsi, je ne peux évoquer l´interruption des élections législatives de 1991 sans que me revienne à l´esprit la caricature éloquente qu´avait exécutée le regretté Melouah, pour stigmatiser l´aventurisme d´une élection perdue d´avance: il montrait une peau de brebis avec la mention A voté!, tandis qu´une autre brebis s´apprêtait à passer dans l´isoloir et, à partir de là, s´enchaînait les fous-rire de l´équipe d´El Manchar qui passait joyeusement son temps à casser du sucre sur le dos des politicards. La mémoire a de ces caprices! Proust raconte qu´à chaque fois qu´il prenait une madeleine à son petit-déjeuner, le visage d´une jeune femme prénommée Madeleine s´imposait à lui: et c´est l´occasion pour lui de faire une digression dans le passé, le gâteau suspendu entre la tasse et la bouche (c´est du moins ce que j´imagine car ce sont des techniques de flash-back qui sont utilisées dans le septième art: le geste à peine ébauché est stoppé dans sa course, le regard qui se noie dans le vide et l´image qui devient floue. S´enchaîne alors la séquence du passé dans une symétrie parfaite. Hiroshima, mon amour et L´année dernière à Marienbad sont des chefs-d´oeuvre du genre dans l´exploration de la mémoire...). D´ailleurs, mon ami Hassan qui a quelques années de plus que moi mais qui a une mémoire d´éléphant (les éléphants ont-ils vraiment une mémoire plus grande que celle des saumons qui reviennent frayer dans les eaux qui les ont vu naître sept années auparavant et qui doivent surmonter des obstacles incroyables pour offrir à leur descendance les mêmes conditions que celles de leur naissance?), donc, mon ami Hassan m´a assuré que plus on vieillit, plus on se souvient des premières années de sa jeunesse: les souvenirs d´enfance sont plus frais dans le cerveau du vieillard qui évoque avec tendresse et regrets les premières images de sa vie commençante. C´est pathétique de voir le vieil homme s´attendrir sur des choses d´une banalité extrême, essayer de retrouver les sensations d´antan. Comme me l´avait fait remarquer mon ami Hassan, pour l´enfant, tout est beau parce que tout est nouveau et que ses souvenirs sont encore neufs et il est illusoire d´aller chercher, quelques décennies après, ses émotions d´enfant.
TV5 vient, d´ailleurs, de diffuser le pathétique voyage, effectué il y a deux ans en Algérie, de l´acteur français Jean-Claude Brialy: c´est l´illustration parfaite de la vanité humaine à vouloir rattraper le temps qui fuit. Mon ami Hassan avait fini sa brillante thèse sur la mémoire en me lançant pour paraphraser Voltaire: il faut cultiver sa mémoire. On ne doit pas avoir honte de son passé comme cette ministre française qui aurait fait des pressions sur Paris-Match pour qu´il ne publie point des photographies d´une enfance trop modeste: au contraire c´est tout à l´honneur de la titulaire du portefeuille du ministère de la Justice, d´être partie du bas de l´échelle! C´est la preuve que le système fonctionne bien et que les ascenseurs marchent. Mon ami Hassan était partisan des célébrations de toutes les dates historiques possibles: il voyait en cela, la nécessité d´entretenir la mémoire collective afin que nul n´oublie le passé, car les leçons du passé sont utiles pour l´avenir.
Nul ne doit oublier que le 5 juin est une date importante afin que les Arabes sachent qui sont leurs amis et qui sont leurs ennemis. Les défaites du présent ne peuvent s´expliquer que par les trahisons du passé.

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