Migrations

L´immigration préoccupe beaucoup les Européens. Il ne se passe pas un jour sans que ce thème ne soit abordé au cours d´un reportage, d´un débat télévisé ou ne soit servi par un dramatique fait divers arrivé en Méditerranée.
Il ne se passe pas une élection nationale ou européenne sans que ce sujet ne soit utilisé d´abord par les partis d´extrême droite puis par tous les partis comme repoussoir à une opinion publique travaillée au corps par toutes sortes de médias dont les commandes sont aux mains de ceux qui profitent de ce mouvement naturel qui pousse les populations à chercher d´autres pâturages où l´herbe est plus verte, plus abondante, comme le font certains animaux qui se déplacent au gré de la disponibilité de l´eau ou d´autres ressources de subsistance.
Cependant, depuis la fin de la guerre froide, le rideau de fer ne va plus de la Baltique jusqu´à la Méditerranée mais de Gibraltar jusqu´à Istanbul (avec cependant une petite exception pour les Israéliens qui sont admis dans tous les cercles européens, repentance oblige...).
Hier encore, on fustigeait les entraves à la liberté de circulation des personnes (on disait alors des idées) entre l´Est et l´Ouest, et aujourd´hui, le péril bronzé a remplacé le péril jaune.
Le déficit démographique affiché par les peuples du Nord est rapidement comblé par la croissance humaine des gens du Sud et cela est vécu comme une tragédie par une opinion publique déjà fragilisée par la précarité économique dans laquelle vivent les masses laborieuses, sans cesse menacées par des délocalisations vers des paradis fiscaux ou des super profits.
Et pourtant, ce ne sont pas les patrons qui se plaindront de cette main-d´oeuvre bon marché qui inonde le marché noir du travail.
Les boat people affrontent vents et marées, risquent le naufrage et connaissent des conditions d´existence pires que celles des esclaves des siècles passés.
Un récent reportage de propagande marocaine effectué en Andalousie, a montré avec justesse le martyre des immigrés clandestins qui travaillent dans les serres surchauffées et crèchent dans des taudis avant d´échouer dans les prisons de la Guardia civile.
Tout cela pour fuir le chômage! Mais, comme l´a fait remarquer l´histoirien Benjamin Stora, qu´est-ce qui pousse les Algériens à émigrer alors que l´Algérie importe des travailleurs chinois pour tenter de combler le déficit algérien en logements?
C´est simple, en passant par le fait que la Chine est en train d´investir en Afrique et qu´elle s´y prépare un avenir de superpuissance, on peut raisonnablement conclure que l´Algérien fuit la précarité, le non-respect des lois, l´absence de perspectives et surtout une érosion continue du pouvoir d´achat.
Aucune statistique sérieuse n´évalue la part du travail au noir sur des chantiers où le secteur privé fait désormais la loi.
Aucune organisation ne défend efficacement une législation du travail qui est piétinée chaque jour. Quant à l´érosion du pouvoir d´achat, elle s´explique par le fait que les spéculateurs aidés par le laisser-aller des autorités, n´attendent pas une tripartite pour augmenter leurs prix, leurs profits.
Les Algériens qui émigrent ne sont pas fous de démocratie, mais de justice sociale.

arez1946@yahoo.fr