Et patati, et batata!

Il n´y a pas de problème sans solution. Dans toutes les situations délicates qui s´imposent à la société, les individus organisés essaient de trouver des remèdes par des institutions ou organismes créés à cet effet. A chaque type de tâche correspond, en général, une institution chargée d´étudier les problèmes, de proposer des solutions et de gérer le secteur qui lui est imparti. Evidemment, dans un pays nouvellement indépendant, les choses ne vont pas si facilement: au moment où le pouvoir paraît nébuleux et quand les plus hauts responsables sont accaparés par des tâches de grande envergure, comme la restauration de l´autorité de l´Etat ou la prise effective du pouvoir, les questions qui relèvent de l´épicerie sont confiées à des compétences locales qui, ingénues, vont se casser griffes, ongles et dents. Une fois le précieux héritage dévalué, il est refilé à une institution nationale qui va mettre des années pour essayer de réparer les plaies et les dommages causés. Ce n´est pas fini, comme les résultats ne sont pas satisfaisants en dépit de changements fréquents de ministres, de directeurs, d´organigramme, de tutelle, une opération de dernière chance est alors mise en chantier: c´est une restructuration salutaire qui va permettre de multiplier les problèmes par le nombre d´unités issues de la première entité.
On nomme plusieurs nouveaux directeurs avec tous les avantages afférents à leurs charges et le cirque continue. Comme les restructurations ont accéléré et augmenté le déficit des unités restructurées, une solution miracle est alors trouvée, la privatisation. C´est alors une opération qui va être menée comme un tcha-tcha-tcha, deux pas en avant, trois pas en arrière et en avant la musique!
Tout cela, bien sûr, est accompagné par des mises en scène où la communication ne joue pas un second rôle. Mais les problèmes sans disparaître, changent de nature et le privé, tout en se remplissant les poches sur les dépouilles du secteur public, impose sa loi: il n´y a plus de pénurie, mais les prix grimpent allégrement sans que l´Etat n´y trouve à redire. Qu´importe. Ceux qui sont aptes à prendre des initiatives, à trouver des solutions, sont biens payés et pour eux, qui ont toujours connu les largesses de la mère patrie, payer quelques dizaines de dinars un produit qui n´est pas leur plat de résistance, est un problème de moindre importance. Alors les problèmes peuvent perdurer. Je ne parle pas du logement évidemment comme vous avez dû le penser, ni du secteur de la production audiovisuelle, mais de la pomme de terre dont la pénurie a poussé les prix au plafond depuis plus de six mois.
Pourquoi avoir attendu autant de mois pour annoncer qu´il y a une certaine quantité de ce tubercule qui attend dans les ports la fin des formalités policières et douanières? Quelle est la part de ce produit qui finira dans les congélateurs des spéculateurs en attendant le mois sacré où tous les mauvais coups sont permis?

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