Tractations

«Un arrangement vaut mieux qu´un bon procès», disent ceux qui se méfient des méandres de la justice et des renvois incessants de procès qui grèvent la bourse des justiciables. Alors, en ce qui concerne la guerre, il est indubitable que la voie diplomatique est infiniment moins coûteuse que des opérations belliqueuses qui entraînent morts et dégâts matériels considérables et provoquent des rancoeurs durables.
C´est pour cette raison que tous les régimes du monde entretiennent des services diplomatiques coûteux mais rentables dans leur grande majorité, (seules les républiques bananières entretiennent de dispendieux services consulaires ou des légations à des fins de prestige). Il faut dire que les diplomates sont choisis, en général, parmi les plus habiles et les plus talentueux commis d´Etat qui doivent avant tout faire honneur au pays d´origine (les gêneurs qu´on envoie aux antipodes, simplement pour ne pas les voir, sont des exceptions). Tout l´art de la diplomatie réside dans la préparation de dossiers pouvant servir à des négociations entre deux pays. Et quand la diplomatie officielle ne suffit pas, ou se révèle gênante pour les régimes en place, les chefs d´Etat font appel à des «missi dominici», ces chargés de mission très discrets qui jouissent de toute la confiance des chefs de l´Etat et qui sont réputés être tenaces à la tâche.
L´une des plus célèbres doublures d´ambassadeurs de la Maison-Blanche fut Adlaï Stevenson qui sillonna le globe pour des missions très délicates. L´Algérie s´est illustrée dans les difficiles tractations qui eurent lieu entre les deux irréductibles ennemis que furent les USA et l´Iran, au lendemain de la chute du régime du Shah. L´heureux dénouement de l´affaire des otages fut attribué au regretté Mohamed-Seddik Benyahia qui avait fourbi ses premières armes auprès de Ferhat Abbas, Saâd Dahlab et Krim Belkacem et s´est illustré avec ces deux derniers dans les difficiles négociations d´Evian.
C´est cette réputation de fin négociateur qui lui coûta la vie quand l´Algérie voulut mettre fin au conflit sanglant et absurde qui opposa l´Iran et l´Irak. Cependant, il arrive que dans des négociations qui présentent un volet humanitaire, les chefs d´Etat s´en remettent à d´autres personnes qu´aux habituels chargés de mission.
François Mitterrand avait chargé son épouse de plusieurs missions auprès d´anciennes colonies françaises. Et il faut saluer, aujourd´hui, le coup de maître que vient d´effectuer Nicolas Sarkozy en chargeant sa fringante épouse d´accompagner les infirmières bulgares et le médecin palestinien lors de leur sortie des geôles libyennes. Evidemment, seuls les naïfs n´auront pas saisi l´astuce qui a permis au président français de récolter, à son profit personnel, les fruits de plus de deux années d´âpres négociations entre l´Union européenne et le régime libyen.
Au-delà du prestige qu´engrange le président français, il ne faut pas oublier que le régime libyen a toujours le bras long dans les affaires sahariennes et que c´est un acteur incontournable dans les règlements des problèmes qui se posent dans la région, au Tchad où l´armée française est présente, et maintenant au Darfour.
Il faut aussi saluer la maîtrise du zaïm libyen qui a réussi, grâce à l´affaire des infirmières bulgares, à sortir de l´isolement où l´avaient confiné les affaires de Lockerbie ou du DC10 de l´UTA.
La diplomatie, c´est aussi cela.

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