Le baâthiste se rebiffe

Il y a des étiquettes qui ont la vie longue et la peau dure: malgré le temps qui passe et le nombre de générations qui se sont laissé prendre aux pièges des clichés, des caricatures et des étiquettes perfides collées sur le profil de certains individus dont la réflexion dérange. Il y en a un qui a particulièrement la longévité d´une vie de chien, c´est celui de laïco-assimilationniste, qui, selon les propos d´un homme du passé antérieur, aurait été forgé par les mêmes hommes qui allaient prendre leurs ordres du Caire et allaient imposer au pays une chape de plomb durant des décennies. Parmi les partis qui composaient le paysage politique algérien, un seul était considéré sans ambages comme assimilationniste: c´était celui de M.Benjelloun. Quant au parti communiste algérien, il ne pouvait être classé dans aucune catégorie puisqu´il raisonnait en termes de classes et qu´il était internationaliste. Cela dit, ce vocable devint rapidement l´argument suprême et final des unanimistes qui allaient dominer le mouvement national et lancer imprécations et excommunions avant de procéder à la liquidation physique de ceux qui ne pensaient pas comme eux. Aït Ahmed, l´ancien chef de l´OS, raconte que son successeur lui avait un jour jeté à la figure: «Cela se voit que tu as été élevé par les Pères Blancs.» C´est dire les préjugés qui pèsent sur tout individu originaire d´une région particulière et qui n´a pas sans cesse le nez tourné vers le Levant! Il est inutile de revenir à la «crise berbériste» qui secoua le PPA-MTLD ou sur la perspicacité d´un Ben Boulaïd sur la stratégie à adopter dans l´organisation militaire du pays...Comme il est inutile de revenir sur les longues années où le parti unique alla même jusqu´à renier le fondement même de la personnalité algérienne et ignorer le socle de son histoire millénaire. Mais maintenant, après tant d´années écoulées et tant d´échecs enregistrés, ne faut-il pas abandonner un certain vocabulaire éculé. On pensait tous que le baâthisme était mort après les échecs successifs de Nasser et de Saddam Hussein, après que la «nation arabe» se soit présentée en désordre devant les défis de l´impérialisme occidental.
Quant à la laïcité, elle est présentée historiquement en Europe comme la séparation de l´Etat et des cultes: l´Etat ne finance et n´intervient pas ou peu dans les religions.
La religion est restée influente en Occident jusque dans les années 70 et l´adoption par le peuple portugais de la loi sur l´avortement marque le recul de la religion dans une Europe tournée vers l´efficacité économique. La laïcité correspond à un moment historique de la domination bourgeoise. En aucun cas, l´Etat ne devient l´ennemi du culte. Or, dans certains pays sous-développés, l´Etat finance le culte et permet ainsi à des mouvements intégristes de prendre le relais des mouvements nationalistes ou supranationalistes: l´islamisme, grâce à une conjonction de facteurs historiques nationaux et internationaux, a succédé au baâthisme. Or, il se trouve toujours des gens, ceux qui n´ont jamais raté l´occasion de dénigrer communistes et laïques mais n´ont jamais critiqué les islamistes à utiliser toujours ces armes surannées. Autant sortir l´arc et les flèches au temps du Kalachnikov! Il ne faut pas insulter l´avenir car les spécialistes prévoient que l´Allemagne sera à majorité musulmane en 2046, sans coup de feu ni bombe. Quel sera alors le régime en place? Bien malin celui qui le dira!
Puisqu´aujourd´hui, c´est la date anniversaire de sa disparition, il faut rappeler qu´au lendemain de la tentative de l´assassinat dont il a été l´objet, El Hachemi Chérif avait accepté en son bureau du Télemly toutes les marques de joie et les félicitations d´où qu´elles émanent. Il n´en a refusé qu´une seule: elle provenait du gouvernement d´alors.

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