Trop beau!

Il y a vraiment des moments où le simple citoyen commence à se demander si les dieux ne sont pas tombés sur la tête. Vit-il réellement en Algérie, ce pays longtemps béni avant d´être abandonné à un triste sort, ou bien a-t-il, pendant cette courte nuit d´été subi, à l´insu de son plein gré, une translation qui l´aurait emmené sur la rive droite du Rhin, dans un de ces fameux pays où la démocratie coule comme un fleuve tranquille, où la solidarité n´est pas un vain mot; un pays où l´agneau peut s´asseoir, sans crainte, à la table du loup, un pays où les hommes ne sont pas des loups pour leurs semblables; un pays où l´on tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de sortir une vérité qui ira fleurir ailleurs, sur d´autres bouches expertes en mensonges...Bref, il n´a pas rêvé, c´est bien à la Radio (encore que la radio n´est pas parole d´Evangile) puis à la une de la presse du matin (encore qu´il n´y a pas que la vérité qui sort de la déesse aux cent bouches...) qu´il a entendu puis lu que le patron des patrons, le président du Forum des chefs d´entreprise, M.Hamiani lui-même, a saisi le chef du gouvernement, en l´occurrence le sieur Belkhadem, de prendre mesures urgentes pour juguler la flambée des prix qui risque de mettre le feu aux poudres dès que nos chers (très chers!) députés seront rentrés de vacances. Jusqu´ici, tout le monde (ou presque) dénonçait l´ascension vertigineuse des prix de produits d´extrême nécessité sans qu´un quelconque remède ne soit proposé ici et là. Il y a bien eu des petites velléités par-ci, de fausses promesses par-là, des demi-mesures pour faire patienter le cochon de payeur, des fausses analyses pour montrer du doigt le complot ourdi contre tous les pays qui veulent sortir la tête de l´eau fangeuse où les maintient un système qui n´arrive pas à se décider pour une économie de marché et une économie de marché noir où le trafic d´influence est la monnaie de référence pour toutes les transactions illégales, illicites, informelles ou portant le masque de la bienséance. Bref, même Tartuffe y perdrait tout comme le citoyen naïf son latin de cuisine puisque apparemment, ce sont les nobles produits qui rentrent en cuisine qui sont frappés par la foudre de la spéculation. Et si c´est M. Hamiani qui se désole pour ce triste état de choses, il faut voir là quelque chose de suspect et être en droit de se poser quelques petites questions bien à propos au moment où se dévoilent petit à petit dans une presse qui a le mors aux dents, des petites révélations qui établissent les liens solides entre le politique et l´affairisme. Bien que tout le monde soit d´accord pour dire que le privé algérien s´est épanoui sur les dépouilles fumantes du secteur public et que des petites dérogations par-ci, des petits coups de pouce par-là et une fermeture des yeux de temps en temps ont permis à certains compatriotes de faire fortune plus rapidement que les colons qui, eux, avaient les lois, les armes et les arts de leur côté. Bref, les questions qu´il faudrait se poser à propos de l´heureuse initiative de M.Hamiani sont les suivantes:
M.Hamiani a-t-il atteint, et là il faut s´en féliciter, le haut degré de conscience des patrons d´outre-Rhin, qui préfèrent discuter avec les syndicats plutôt que d´avoir affaire à une grève coûteuse et stérile? Et là, on peut remarquer que M.Hamiani vient de dépasser ses collègues teutons en passant non seulement outre les syndicats, mais en devançant audacieusement le chef du gouvernement qui semble être très loin de ses propositions de l´année dernière, quand il préconisait une substantielle hausse des salaires rien que pour enquiquiner son rival bien-aimé Ouyahia qui jouait les Harpagon de service. Il vaut mieux ne pas tuer la poule aux oeufs d´or qu´est la main-d´oeuvre locale, mal défendue par le syndicat officiel et corvéable à merci.
Que font actuellement le Premier ministre et le secrétaire général de l´UGTA dont la fonction première est d´assurer les équilibres nécessaires à une paix sociale?
Est-ce que ce n´est pas un scénario habilement écrit par ceux qui ont l´habitude d´écrire les dialogues des tripartites, tout cela afin de réhabiliter l´image du secteur privé dans l´imaginaire d´une population qui en fait les frais par une transition mal négociée?
Cette troisième hypothèse est la plus retenue par les amateurs de l´art suprême: celui de l´arnaque!

arez1946@yahoo.fr