Passé décomposé

Et c´est parti! Comme en 14! Qui arrêtera la machine? Si les rumeurs ont quelque fondement, il faut s´attendre à ce que les lecteurs algériens aient du pain sur la planche et qu´il leur faille faire de la place dans leurs bibliothèques pour les innombrables volumes que comptent mettre sur le marché nos hommes politiques révolus. Jusqu´ici, il faut le dire, seuls certains opposants, en exil, avaient osé, pour briser le mur du silence du parti unique issu des divers coups d´Etat, coucher sur le papier leurs «mémoires» afin, certainement, de légitimer leurs prises de position et surtout d´expliquer leur itinéraire politique dans le mouvement national.
En général, ces ouvrages écrits dans l´urgence subissaient les effets de l´autocensure et ne faisaient qu´idéaliser la lutte de Libération. Il aura fallu l´oeuvre d´un journaliste français pour montrer que tout n´était pas rose derrière le front, apparemment uni.
Depuis, certains hommes politiques essaient, à travers leurs souvenirs, d´expliquer les causes de leur ascension ou de leur chute afin d´impliquer le reste de la classe politique en général, les décideurs en particulier, (il ne faut en aucun cas inclure les historiens qui essaient d´accomplir leur tâche scientifiquement, en essayant de ne pas tenir compte de leurs propres convictions politiques). Il faut surtout voir dans l´écriture de mémoire des hommes politiques une arrière-pensée, une volonté de vouloir régler des comptes avec un passé décomposé.
Le premier homme d´envergure qui a lancé le premier pavé dans les eaux dormantes de la politique fut, bien sûr, Da Velaïd, qui avait d´abord confié ses souvenirs à deux universitaires qui en ont fait un best-seller: pour la première fois, un Algérien donnait sa vision propre du régime de Boumediène, égratignant ici et là d´anciens ministres ou d´anciens cadres qui ont jugé bon de ne pas répondre.
On passera très vite sur les mémoires du général Rahal qui ne sont qu´un assemblage de généralités ou sur le premier livre de Nezzar qui retrace sans fioritures le parcours exemplaire d´un militaire, mais c´est le second testament de Da Velaïd qui va déclencher le feu nourri des divers protagonistes de la crise du régime. Après les militaires, ce sont, paraît-il, les anciens Premiers ministres, Mokdad Sifi et Sid-Ahmed Ghozali qui vont donner leur version des faits. Il est dommage que les autres acteurs de cette tragédie ne joignent pas leur plume à cette immense comédie humaine qui a été vécue comme une tragédie par le peuple algérien. Il serait souhaitable que tous les acteurs de ce drame joignent leurs efforts pour délier les fils emmêlés de cette Histoire où l´on a vu des Algériens tuer, égorger et torturer d´autres Algériens.
Les Premiers ministres, les chefs de parti, les émirs, les hommes de main et de sous-main, les mercenaires, les bourreaux, les victimes, les anciens présidents, enfin, tous ceux qui savent écrire, devraient le faire afin d´éclairer le citoyen sur le pourquoi du comment.
Quant à ceux qui ne savent pas écrire, ils n´auront qu´à confier leur voix à un microphone, ou s´ils ont le trac, se confier à un écrivain public. Il n´y a pas de sot métier et les confessions allègent les consciences.

arez1946@yahoo.fr