Lobby or not lobby

C´est un usage bien établi aussi bien au niveau diplomatique que dans le domaine politique: un pays trouve toujours à l´étranger des citoyens prêts à défendre ses intérêts par divers moyens. Il y en a qui le font pour des raisons uniquement financières et ils se font payer leurs services ou reçoivent en nature ou en espèces l´expression de la reconnaissance du pays qu´ils défendent.
D´autres, par contre, le font en raison des liens culturels qu´ils ont avec le pays qui les sollicite ou simplement, en de rares cas, par simple sympathie pour la nature du régime en question.
Avant de prendre les armes contre la pensante Rome, Jugurtha s´était rendu à Rome pour essayer d´«acheter» quelques sénateurs afin d´influer sur la politique romaine en Afrique du Nord. En vain. Dans toutes les cours du monde, ou dans les cercles diplomatiques, il y a toujours eu des personnes pour «conspirer» ou pour prêter une oreille attentive aux sollicitations d´un pays tiers. Ces groupes d´intérêts sont appelés, selon les Anglo-Saxons, du vocable de lobbies.
Députés, sénateurs, hommes d´affaires, artistes peuvent déployer leurs talents respectifs au service du pays, du régime étranger qu´ils défendent.
Ces lobbies n´interviennent pas seulement dans la préparation, la concoctation de traités d´amitié, d´alliance, de coopération militaire, judiciaire ou culturelle, mais aussi dans la conclusion d´accords financiers et commerciaux. Cela va naturellement sans dire que ce sont les accords commerciaux qui vont bouger le plus souvent les lobbies.
Ainsi, les gens liés au pouvoir trouvent de lucratifs avantages dans des relations commerciales intenses à long terme.
Et souvent, dans ces relations, les intérêts d´un des deux pays en questions se trouvent écornés. C´est l´explication que l´on donne souvent quand un pays va traiter dans un domaine particulier avec un autre qui n´est pas à la pointe de la technologie dans ce domaine proprement dit. L´accord commercial qui ne prend pas en charge les intérêts du pays client baigne souvent dans les eaux glauques de la corruption. Et souvent, c´est à l´occasion de conflits ou de scandales juridico-financiers qu´apparaît la collusion de certains milieux politico-financiers avec les pays fournisseurs.
Et c´est alors que des voix pas toujours ingénues s´élèvent pour dire à la suite de J. B.Poquelin: «Que diable allait-il faire dans cette galère?»
Tout le monde se souvient des récriminations des marins pêcheurs algériens après la fourniture de bateaux de pêche construits en RDA.
A l´époque, c´était bien vu de critiquer la mauvaise qualité des produits fabriqués dans les pays socialistes.
C´est la même question que se posent les observateurs algériens à propos des difficultés qu´éprouvent nos armateurs auprès de leurs fournisseurs turcs:
- Comment se fait-il que les contrats à prix fermes et non révisables sont bafoués par la partie turque?
- Pourquoi les armateurs algériens cèdent-ils au chantage des affairistes turcs?
- Quel doit être le rôle de la diplomatie algérienne dans des conflits où les intérêts algaériens sont entamés?
- Quand on sait que la Turquie n´est pas à la pointe de la technologie en matière de construction navale, qui a poussé les armateurs algériens dans cette direction?
- Et enfin, où, en Algérie, se cache le lobby turc, si lobby il y a?