En attendant Godot

On peut ne pas être d´accord avec Tahar Ouettar (heureusement) pour ses diverses «sorties» depuis l´avènement du terrorisme intégriste, mais il y a une chose qu´on ne peut lui reprocher: c´est la formidable nouvelle qu´il a produite et qui a été adaptée et diffusée au plus grand nombre par les talentueux artistes du TNA. Les talents conjugués de l´écrivain et des hommes de théâtre ont mis à nu dans le texte Les Martyrs reviennent cette semaine l´abîme qui sépare la lettre des novembristes et la désastreuse situation sociale qu´affronte une bonne partie d´une population qui sait que, par ailleurs, les caisses de l´Etat sont pleines et qu´une mince frange de privilégiés bénéficie des retombées heureuses d´une manne pétrolière.
Bien que l´idée des Martyrs reviennent cette semaine ne soit qu´une adaptation du Revizor de Gogol, il faut reconnaître que cette nouvelle est conforme à la mentalité berbère qui, comme l´aurait fait justement remarquer le regretté Mouloud Mammeri, est très sensible à «l´avis» des ancêtres morts. Cela est vrai. La parole de l´ancêtre est sacrée et on s´y conforme, car on a toujours peur de quelque remontrance le jour où les jeunes os rejoindront la poussière des vieux os. Mais quand les ancêtres sont des martyrs qui ont sacrifié le bien suprême qui leur a été offert et qui est la vie, on n´aimerait pas être dans la peau de ceux qui ont ignoré, foulé, piétiné et contrarié l´esprit de la lettre de Novembre. Mais attention! Il y a des martyrs qui sont morts, au combat, sur le terrain, dans les geôles des tortionnaires, dans les chambres d´hôtel, dans la rue ou dans un couloir d´immeuble, d´autres ont survécu mais vivent dans la marginalisation la plus complète.
Pis, on essaie même de ridiculiser leur comportement, espérant ainsi amoindrir les effets de la justesse d´un raisonnement entièrement orienté vers l´intérêt national. Rien n´y fait. Peu à peu, l´opinion publique se détourne des sirènes de la formidable machine de propagande du pouvoir pour se ranger devant l´évidence.
C´est pour cette raison que la massive abstention du 17 mai doit être prise au sérieux par ceux qui prennent les décisions et aussi ceux qui animent la vie politique comme d´autres les moulins à vent...
En effet, il a suffi qu´on annonce une prochaine échéance électorale pour que tout le monde politique, qui avait passé l´été dans un semi-coma profond, se mette en mouvement et commence à s´agiter. Les permanences désertées commencent à entrouvrir leurs portes et les muets du sérail retrouvent leur voix. C´est à qui dénoncera le premier les spéculateurs, la mafia politico-financière, les lourdeurs bureaucratiques...
Tous les appareils des partis tétanisés par l´affront du 17 mai sortent de leur ankylose et l´on se met à promettre de nouveaux lendemains qui chanteront à coup sûr.
Toutes les institutions impliquées dans le processus électoral s´apprêtent à convoquer un corps électoral blasé pour une des élections locales: celle des APC dont le Code désuet dénoncé par tous remonte à 1999. Comme les salaires!
En attendant, un constructeur automobile français vient d´investir un milliard d´euros pour une usine à Tanger.
Les électeurs algériens attendent encore un miracle du gouvernement!